Un internaute de 27 ans a été arrêté et mis en examen pour blasphème en Grèce, pour avoir caricaturé sur Facebook une figure respectée de l'Eglise Orthodoxe. Le gouvernement a agi de sa propre initiative, sans qu'une plainte ne soit déposée par l'organisation religieuse, à la demande d'un député d'extrême-droite.

L'affaire de l'Innocence des Musulmans et les caricatures publiées dans Charlie Hebdo ont rappelé qu'il n'était pas simple de conjuguer la liberté d'expression avec le respect de la religion. C'est difficile en particulier dans certains pays où le respect de l'islam est inscrit dans la loi étatique, mais c'est visiblement aussi difficile plus près de nous, au sein-même de l'Union Européenne, en Grèce, à l'égard d'une religion chrétienne.

Un internaute de 27 ans a en effet été arrêté lundi en Grèce, parce qu'il avait créé une page Facebook caricaturant l'Elder Paisios, sorte de Mère Thérésa de la religion orthodoxe, au masculin, et à qui l'on prête des dons de prophétie ou de faiseur de miracles. Né en Turquie sous le nom d'Arsenios Eznepidis, le moine Paisios est mort en 1994 à l'âge de 70 ans, et est devenu une figure extrêmement respectée par les croyants grecs, qui souhaitent sa canonisation. Mais il est aussi très contesté par ceux qui estiment que les prétendus miracles ne sont qu'inventions destinées à légitimer la très puissante Église orthodoxe de Grèce, largement financée par l'Etat.

"Pour les Chrétiens grecs, il s'agit du dernier "Saint" en Grèce, même s'il n'a pas encore été officiellement reconnu comme tel", nous explique Anestis Samourkasidis, le porte-parole du Parti Pirate en Grèce. "Pour tous les autres, c'est juste un moine qui est mort".

Pour se moquer d'Elder Paisios et du culte qui lui est voué, l'internaute avait créé le personnage d'Elder Pastisios, dont la tête était couverte d'un "pastisio", un plat de pâtes traditionnel proche de la moussaka. La page a fait rire, a choqué, mais elle n'avait pas fait grand bruit jusqu'à ce qu'un député de l'Aube Dorée, le parti néo-nazi grec, ne demande au gouvernement d'intervenir, le 17 septembre dernier.

Jusqu'à 3 mois de prison, commuables en amende

"L'utilisateur intimide, harcèle, et tente d'humilier la forme sacrée de l'Eglie orthodoxe grecque", s'indignait Christos Pappas, dans un message adressé au Ministère de l'Education Nationale, des Affaires Religieuses, de la Culture et des Sports. "Allez-vous prendre les mesures nécessaires dans le cadre de la poursuite de la cybercriminalité pour obtenir le retrait immédiat de ce profil, ou pensez-vous rester sourd et tolérer les moqueries honteuses contre Elder Paisios ?".

Une semaine plus tard, le 24 septembre, l'unité de lutte contre la cybercriminalité publiait un communiqué dans lequel il annonçait l'arrestation de l'auteur de la page Facebook, pour "contenu blasphématoire et malveillant à l'encontre de religions". La police grecque affirme avoir reçu "des milliers de plaintes en ligne émanant de résidents de pays différents à travers le monde", et rappelle les coordonnées que les internautes peuvent utiliser pour signaler d'autres cas.

L'auteur des caricatures a été arrêté, placé en garde à vue, et son ordinateur portable a été confisqué. La page Facebook, dont une copie est visible à cette adresse, a été fermée.

"Il a été libéré", nous précise Anestis Samourkasidis, mais il est bien poursuivi pour le caractère blasphématoire des montages photos réalisés sous Photoshop. "Lorsque l'affaire sera entendue par un tribunal, ce qui peut prendre 2 à 3 ans en Grèce, il risquera jusqu'à trois mois de prison", ajoute le porte-parole du Parti Pirate Grec, qui a réagi mardi en publiant des conseils permettant aux caricaturistes de protéger leur anonymat (rappelons que les faits se passent dans l'Union Européenne, et pas dans un pays sous dictature). Toutefois, le système d'aménagement des peines fait que "s'il est condamné, il ne sera pas emprisonné, mais devra plutôt payer entre 1 000 et 3000 euros d'amende".

Anestis Samourkasidis ajoute que l'affaire est entachée d'un contournement procédural puisque selon lui, "s'agissant d'un délit mineur et non d'un crime, le procureur n'aurait pas dû demander la levée de la confidentialité des communications de l'utilisateur de 27 ans, de façon à pouvoir l'identifier". Mais pour pouvoir le faire, le parquet aurait prétendu que la page représentait des "menaces de mort" de la part de ses membres.

L'internaute a livré une interview à sa sortie de garde à vue, mais malheureusement nous ne sommes pas en mesure de la traduire. S'il se trouve parmi vous des lecteurs parlant grec, n'hésitez à nous traduire les passages les plus intéressants dans les commentaires :

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