La Russie envisage de renforcer sa législation pour réprimer les usages illicites sur Internet. Dans un entretien accordé à la presse russe, le secrétaire du conseil de sécurité a expliqué que le gouvernement veut empêcher les criminels et les terroristes de se servir du réseau des réseaux. Mais d'aucuns pensent qu'il s'agit d'un écran de fumée et que le pouvoir poursuit d'autres objectifs.

Lors de la 66ème session de l’assemblée générale des Nations Unies, la Russie s’est associée à trois autres pays pour défendre le principe d’un code de bonne conduite à respecter sur Internet. L’initiative, défendue par la Chine, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan, avait été perçue d’un mauvais œil par les États-Unis. Mais la Russie n’a visiblement pas abandonné son objectif de réguler Internet.

Lors d’un entretien avec la presse russe, le secrétaire du conseil de sécurité, Nikolaï Patrouchev, est revenu sur l’intérêt de réglementer le réseau des réseaux pour assurer la sécurité des citoyens russes. « La Russie doit réglementer de manière raisonnable l’Internet comme cela se fait aux États-Unis, en Chine et dans d’autres pays. Nous ne pouvons pas ignorer l’utilisation d’internet par des criminels et des groupes terroristes« .

Dans la charte de bonne conduite proposée par la Russie, il était notamment question de s’engager à « réduire la dissémination de l’information qui incite au terrorisme, à la sécession, à l’extrémisme ou qui nuit à la stabilité politique, économique et sociale ainsi qu’à l’environnement spirituel et culturel« . Or, une telle formation laisse la porte ouverte à de nombreuses dérives possibles.

Selon le quotidien économique Vedomosti, cité par l’AFP, le gouvernement planche également sur un projet de loi visant à forcer les opérateurs télécoms à bloquer les sites ayant un contenu hors-la-loi, comme des matériaux extrémistes ou pédopornographiques. Or, l’extrêmisme est une notion particulièrement floue dans la législation russe, selon une analyste de l’association russe des communications électroniques.

Les propos de Nikolaï Patrouchev surviennent en tout cas dans un contexte agité en Russie, suite aux élections législatives. Alors que le dépouillement a placé le parti de Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev en tête, avec 49,32 % des suffrages, de nombreux observateurs internationaux, de membres de l’opposition et de militants ont pointé du doigt de nombreuses irrégularités et des cas de fraudes massives.

De nombreuses manifestations ont éclaté depuis, rassemblant jusqu’à 80 000 personnes dans certains cortèges. De son côté, le Parlement européen a demandé l’organisation de nouvelles élections libres et régulières en Russie suite aux nombreux incidents survenus le 4 décembre dernier. Il demande également l’inscription de tous les partis d’opposition afin de permettre un large choix aux électeurs.

D’aucuns affirment que le pouvoir russe cherche à resserrer la liberté d’expression en Russie sous couvert de motifs fallacieux ou secondaires. Sur les réseaux sociaux, nombreux sont en effet les Russes qui protestent contre Vladimir Poutine, qui compte se représenter aux élections présidentielles prévues en 2012. Les sites communautaires seraient ainsi indirectement visés par le pouvoir pour limiter la protestation.

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