Quelles sont les marges financières des opérateurs télécoms ?

Guillaume Champeau - publié le Lundi 22 Août 2011 à 15h09 - posté dans Télécoms

Y a-t-il urgence financière à mettre place des quotas d'utilisation de l'accès à Internet chez les FAI ? Non, si l'on en juge par les résultats des quatre principaux opérateurs, et les investissements qu'ils prévoient.

Y a-t-il un argument économique implacable pour justifier la volonté de certains fournisseurs d'accès à internet de lutter contre les "net-goinfres", qui selon la Fédération Française des Télécoms "passent leur temps à télécharger des films, font de la vidéo en permanence, passent la journée sur Facebook avec de la vidéo, YouTube, Dailymotion" ?

Contrairement à l'internet mobile, où la saturation des ondes est un phénomène physique qui semble justifier le plafonnement de la consommation et le bridage des connexions, l'internet fixe ne connaît pas de limites à son expansion. Il suffit d'ajouter des routeurs et des tuyaux par lesquels faire passer de la fibre optique, pour augmenter immédiatement la capacité de distribution du réseau. Le seul obstacle n'est donc pas technique, mais économique. Déployer de nouveaux routeurs et des tuyaux a un coût que les opérateurs rechignent de plus en plus à financer. La solution qu'ils proposent est donc de freiner la croissance d'internet en bloquant ou en bridant les internautes qui sont les plus consommateurs.

Pourtant, les opérateurs sont très loin de risquer le déficit s'ils maintiennent leurs investissements pour accompagner la croissance en bande passante. En France, leurs marges d'exploitation, c'est-à-dire (à peu de choses près) leurs bénéfices avant impôts, représentent entre 12 et 28 % de leurs chiffres d'affaires, ce que jalouseraient plus d'un secteur industriel.

Bouygues Télécom, qui vient pourtant de renouveler son attachement à l'internet illimité, est le moins rentable avec 692 millions d'euros de résultat opérationnel (12,28 %) pour 2010. Free fait certes moins bien en valeur absolue, avec 538 millions d'euros, mais l'opérateur - qui est encore exclusivement dédié à l'internet fixe - bénéficie d'une marge très confortable de 26,4 %. SFR réalise une marge de 18,49 %, avec ses 2,3 milliards d'euros de marge opérationnelle. Enfin France Télécom a publié ses résultats pour le 1er semestre 2011, et ils indiquent qu'en France, l'opérateur historique réalise une marge impressionnante de 27,99 %. Sur la seule première moitié de l'année, FT réalise 11,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires, et dégage plus de 3,1 milliards de marge opérationnelle.

Dans son rapport annuel (.pdf), France Télécom rappelait qu'il a "annoncé en février 2010 son intention d’investir environ 2 milliards d’euros d’ici 2015 dans la fibre optique", et "en septembre 2010 son intention d’investir 60 millions d’euros sur trois ans dans la modernisation de son réseau, afin de rendre l’ADSL disponible pour plus de 99 % des foyers français en 2013". Il annonçait aussi divers investissements dans des câbles sous-marins, représentant environ 250 millions d'euros.

Au total, "les investissements corporels et incorporels hors licences des activités poursuivies du groupe France Télécom s’élèvent à 5 522 millions d’euros en 2010" (+ 3,9 % sur base comparable), soit un ratio d'investissements de 12,1 % du chiffre d'affaires. Largement inférieur à sa marge opérationnelle.

L'opérateur expliquait aussi dans ce rapport annuel sa préoccupation, qui justifie de brider la consommation de vidéos sur Internet, lorsqu'elle est fournie par des services concurrents aux siens :

Le développement rapide de la consommation de contenus audiovisuels via les réseaux de
télécommunications pourrait s’accompagner du remplacement des opérateurs de télécommunications par d’autres fournisseurs de contenus ou de services dans la relation client, ainsi que d’une saturation du réseau, privant les opérateurs de télécommunications tel que France Télécom d’une partie de leurs revenus et de leurs marges tout en augmentant les investissements nécessaires, et affectant de ce fait leur situation financière et leurs perspectives.

(...) cette relation directe avec les clients est source de valeur pour les opérateurs et sa perte (partielle ou totale) au profit des nouveaux entrants pourrait affecter les revenus, les marges, la situation financière et les perspectives des opérateurs de télécommunications tel que France Télécom

(...) France Télécom a choisi à moyen terme de procéder à des investissements importants afin d’adapter la capacité de ses réseaux de transport et de collecte. Il n’existe toutefois aucune garantie que de tels investissements soient suffisants face au volume croissant de contenus sur les réseaux de télécommunications, ou qu’ils puissent être rentabilisés face à la pression des nouveaux entrants ou des autorités réglementaires des pays concernés. Si la rentabilité de ces investissements ne pouvait être assurée, la situation financière et les perspectives de France Télécom pourraient alors en être affectées

Alors, les "net-goinfres" sont-ils les internautes qui vont à longueur de journée sur YouTube, ou les actionnaires qui ne veulent surtout pas voir s'affaiblir leurs juteux dividendes ?

Publié par Guillaume Champeau, le 22 Août 2011 à 15h09
 
 
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Commentaires à propos de «Quelles sont les marges financières des opérateurs télécoms ?»
 

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NovaIzHere, le 23/08/2011 - 11:03
@obcd > Les SFP à 8 euro l'unité, paye ta qualité pour un réseau opérateur, c'est tout juste bon pour installer chez toi, dès que tu tape dans du vrai (pas de la merde qui a l'optique foiré au bout de 2 semaines) SFP monomode Gigabit ça fait tout de suite dans les 500 euro l'unité, je ne te parle même pas des SFP bidirectionnels (qui n'utilisent qu'une fibre), eux peuvent aller jusqu'à 2000+ euro l'unité.


Fin bon, mine de rien ça coûte cher à faire de rajouter des chemins (:o

C'est ce que je disais: Tu vises le 99.999% de fiabilité.
Forcément, dans ces cas-là les équipements coûtent extrêmement cher. Je pense même que si tu attaque les SFP en CWDM, ca monte largement plus haut que 2k l'unité.
Comme tu dis, dans mon idée le SFP à 8€ c'est coté abonné, et coté NRO de l'autre coté de l'abonné. Après, je pense que même si ces optiques sont pas très bon, faut quand même pas déconner, ils foirent pas tous en 2 semaines non plus. Après, ils dureront pas 10 ans, c'est clair, surtout si ils prennent une châtaigne à la suite d'une coupure fibre ou autre.
Après, quand tu parles à des gens dans les cambrousses qui n'ont PAS d'ADSL, ou un ADSL 64k tellement mauvais qu'un modem 56k fait mieux, alors je pense que tu peux leur faire accepter que t'installer un réseau au moins cher (De toute façon le + cher c'est la pose de la fibre), qu'ils auront au départ une fiabilité moyenne (genre 2 semaines par an de coupures pour des problèmes divers & variés), et que ça s'améliorera avec le temps, au bout de 5 ans. Là, tu fait un NRO "cheap", et petit à petit, au fur & à mesure des baisses de prix et de la récup de matos, tu remplaces.
Parce que sinon, c'est sur que lâcher 200k de matos pour un patelin de 100 âmes, ben juste ca n'arrivera pas. Alors que 10k de matos, ça, oui, c'est finançable.
(D'autre par, dans cette hypothèse, ça implique que la maintenance est faite plutôt localement, par exemple via une PME ou une TPE du coin, et non pas piloté depuis Paris par la maison-mère)

Et si justement, un réseau opérateur doit être fiable (en théorie hein) à 100%, si tu veux pas une déferlante de clients mécontents qui partent chez le concurrent en disant que ton réseau est merdique et bancale.

Il est évident que ce raisonnement n'est pas applicable en ville, du moins là ou l'ADSL est suffisamment bon pour que les clients n'ai pas pas intérêt à perdre en fiabilité.

Dans ce cas il n'y a pas de départ pour un hypothétique "concurrent".
Je vois pas le problème, TANT QUE tu l'indique bien dès le départ aux clients potentiels, en expliquant que OK tu fibres leur village paumé, mais que pendant les premières années ça va être sportif, et que t'en explique les raisons.


Le business de l'équipement réseau (avec les SFP à 500€ parce que ya l'étiquette Cisco dessus, alors que ce sont strictement les même que les Finisar trouvé en Asie pour 10x moins cher, mis à part la garantie) c'est quand même une sacré mafia....
e=mc2, le 23/08/2011 - 01:42
Juste 1 million de kilomètres de fibres à tirer, le calcul a été fait : 15 milliards d'euro pour 500.000 kilomètres et 80% de la population ; 8,5 milliards d'euros pour 300.000 km et 15% de la population en plus ; 7,5 milliards d'euros pour 300.000 km et les 5 derniers %
Total : 30 milliards d'euros (en utilisant au maximum les fourreaux existants et les réseaux aériens basse tension et moyenne tension - soit donc 1/4 uniquement de la fibre optique enterrée et 3/4 en aérien).

"Le principal poste de coût de construction, représentant plus de quatre vingt pourcents du total, est le déploiement du réseau horizontal entre les locaux techniques des opérateurs et les logements. Ce coût reste raisonnable en zone urbaine, de quelques centaines d'euros par prise. En revanche en zone rurale, il est fréquent de devoir parcourir plusieurs centaines de mètres, voire plusieurs kilomètres, pour desservir le hameau suivant. Les coûts de construction sont alors de plusieurs milliers d'euros par abonné potentiel."

http://www.territoir...

Bref, les faux problèmes, ils ne le sont visiblement que lorsqu'on reste superficiel.


C'est le prix que tu donnes qui est superficiel.
Pour le calculer, ils ont pris le coût du Km en ville, et on multiplié par le nombre de Km en rural, en minorant légèrement sur l'aérien, mais en gardant les mêmes coûts en main-d'oeuvre, en particulier.
Or justement, si au lieu d'utiliser les 3 sous-traitants "historiques" des opérateurs télécoms, 3 sous-traitants qu'ils utilisent pour "rationnaliser leurs coûts" comme ils disent, ils employaient la main-d'oeuvre locale au lieu de faire venir les camions, les bonhommes (qu'il faut loger à l'hôtel pendant les 6 semaines du déploiement...), les soudeuses, et en utilisant les infra publiques, ben les coûts chutent dramatiquement.
Pareil, on pourrais même imaginer que dans les campagnes, là ou les liaisons avec les maisons sont aériennes, les FAI "terminent" au poteau, et c'est à l'abonné de payer pour qu'un électricien formé pour ça vienne faire la desserte finale.
Après tout, quand on veux recevoir la TV, on fait appelle à un antenniste, pas à TF1.
(Dans mon idée, on pourrais même connectoriser les boîtiers de rue pour simplifier la tâche... enfin bref).





Sinon, au lieu de faire du centralisé, le décentralisé ne leur coûterait presque rien en ' bande passante ' via le boyau transatlantique, car à part ce ' passage ' payant, le reste ne leur coûte presque rien...
Ca serait intéressant que tu développes. Tu as une solution magique et les FAI n'y ont pas pensé ? Explique-nous ce décentralisé qui ne coûte rien via le transatlantique mais qui est payant.

Je sais pas trop ce que ca veux dire non plus.

Ce que je sais par contre, c'est que France Télécom a TOUJOURS refusé de décentraliser son réseau, en particulier en interdisant formellement de placer des routeurs au NRA.
Il n'y a donc AUCUNE communication possible entre NRA pour les FAI tiers, alors même que les infrastructures existent. Même à l'intérieur d'un même FAI le routage est impossible, puisque FT indique bien que SEUL la partie tranceiver du DSLAM peut être installée au NRA, le lien devant être collecté ailleurs.
La raison est bien sur économique: Ca permet à FT de facturer TOUT trafic, même local, 2 fois, puisqu'ils facturent le lien de collecte à l'octet consommé.
(Donc 2 voisins tous 2 abonnés Free qui échangent entre eux du trafic provoque 2 paiement à France Télécom: Un en montant, l'autre en descendant)

La levé d'une telle restriction permettrait non seulement de diminuer la pression sur ces liens de collecte en terme de quantité de trafic, mais aussi d'échanger entre FAI, donc de diminuer le nombre de sauts.
Ca n'arrivera pas, mais c'est intéressant de noter que actuellement, en France, cette décentralisation au plus près des abonnés est impossible juridiquement, et non pas techniquement.

La preuve c'est que dans les expérimentations fibres ou bien sur d'autres réseau métropolitains (comme à Pau) , ben justement l'interconnexion entre opérateurs se fait au plus près des abonnés.
obcd, le 23/08/2011 - 12:07
Or justement, si au lieu d'utiliser les 3 sous-traitants "historiques" des opérateurs télécoms, 3 sous-traitants qu'ils utilisent pour "rationnaliser leurs coûts" comme ils disent, ils employaient la main-d'oeuvre locale au lieu de faire venir les camions, les bonhommes (qu'il faut loger à l'hôtel pendant les 6 semaines du déploiement...), les soudeuses, et en utilisant les infra publiques, ben les coûts chutent dramatiquement.
Pareil, on pourrais même imaginer que dans les campagnes, là ou les liaisons avec les maisons sont aériennes, les FAI "terminent" au poteau, et c'est à l'abonné de payer pour qu'un électricien formé pour ça vienne faire la desserte finale.
Après tout, quand on veux recevoir la TV, on fait appelle à un antenniste, pas à TF1.
(Dans mon idée, on pourrais même connectoriser les boîtiers de rue pour simplifier la tâche... enfin bref).

Un truc tout "con", c'est la mutualisation des travaux (eau, électricité, téléphone, gaz, entretient des routes,.....)

Je coute plus le nombre de fois où les tranchées sont ouvertes / fermées / rouvertes.. car c'est pas pour la même chose, au lieu d'en profiter pour passer les câbles pendant que tout est ouvert.

Pour les intervenants "lointains", c'est la "logique" de sous traitance: Ils embauchent des boites pour faire la sous traitance, payé au forfait. Forcement, elles ne peuvent avoir de sous traitant locaux partout en permanence, du cout, en dehors des grandes agglomérations, les gens viennent de très loin, alors qu'il y a la même à coté.

Dernier exemple en date près de chez moi, pour un simple raccordement de ligne téléphonique au réseau FT, c'est un sous traitant de Lille qui est venu dans mon coin (soit environ 170 km de distance, une journée entière de monopoliser "juste" pour monter une ligne.....)
Quand je lis que 10% des internautes français consomment 80% de la bande passante, pour moi cela signifie que les FAI font du "surbooking" de leur bande passante à 80%.
Si tu vends des connexions 20Mb/s à 100000 abonnés, tu prévois une bande passante de (20x100000)2000Gb/s pas 400Gb/s ....
Quand une compagnie aérienne fait du surbooking sur un avion de 300 places elle le fait sur 10 ou 20 sièges, pas 240 !!!
Apres quand j'arrive dans l'aéroport et l'hôtesse te dit que t'abuse , ils avaient prévus que tu viendrais pas alors vas falloir payer plus cher....

Si depuis des années le modèle économique des FAI c'est de vendre une bande passante qu'ils n'ont pas, pourquoi le consommateur qui c'est fait enflé pendant toutes ces années devrait payer plus ?

Mettre l'augmentation du forfait sur le dos du téléchargement c'est désavouer l'HADOPI qui d'après leurs chiffres, cette surconsommation tend à baisser.

Et pour les web TV c'est faute d'un accord entre FAI et hébergeur sur qui vas payer, les yeux se tournent vers la vache à lait.....l'abonné !
Ahhhh.... La mention du ' Max ' dans les descriptif des abonnements...
Tout un bonheur pour les FAI, cette ' mention '...

Leurs options pour augmenter leurs marges ne sont pas si nombreuses que cela, ils peuvent augmenter les prix des abonnements ( plutôt difficile avec free qui casse les c....... ), ils peuvent ' réduire ' la qualité de service ( l'optimisation, de ce côté là est déjà à son paroxysme... ), ils peuvent ' réduire ' leur coûts d'achats de données via le câble transatlantique ( là aussi, ils le font déjà plutôt bien, avec les ' déboires ' que l'on sait pour les utilisateurs... ),du coup, ils n'ont plus que la possibilité de ' forcer ' leurs clients à ne pas utiliser la connexion qu'ils paient... Ou faire payer plus cher ceux qui se servent de ce pour quoi ils payent, elle est pas belle leur vie ?

La notion de ' l'illimité ', comme argument commercial, ne va pas durer... ( à moins de réussir à en changer le sens commun, tant dans les dictionnaires que dans l'esprit des gens, chose qu'ils ont déjà commencé à faire avec leur ' définition ' de l'illimité contractuelle, dans leurs contrats.)

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