C’est un séisme qui s’annonce dans le monde des télécoms en France : SFR va disparaître, en raison de la signature d’un protocole d’accord avec Altice France pour racheter l’opérateur au carré rouge, désormais valorisé 20,35 milliards d’euros.
Initiée par une offre conjointe en octobre 2025, l’opération est entrée en négociations exclusives le 17 avril 2026. Sous la pression d’un ultimatum fixé au dimanche 7 juin, les trois acheteurs ont fini par sceller ce protocole d’accord historique au cœur de la nuit.
Depuis plusieurs mois déjà, on connait les grandes lignes du processus. On sait en particulier que la partie réseau, qui est matérialisée notamment par des infrastructures physiques, sera partagée par les trois repreneurs. Le communiqué initial, d’ailleurs, dessinait, de façon grossière, les contours envisagés :
« Les autres actifs et ressources (notamment les infrastructures et les fréquences) seraient partagés […], à l’exception du réseau mobile de SFR en zone non dense ». Pour ce cas particulier, c’est Bouygues Telecom qui reprend le tout.
L’accord de juin 2026 précise d’ailleurs que Bouygues ne s’arrête pas là : l’opérateur récupère également une partie du réseau fibre de SFR (FTTH), une prise de guerre logique en parallèle de l’activité B2B (SFR Business). Pour le reste, une répartition stricte entre les trois surviendra.
Assurer la continuité de service dans un premier temps
Dans tous les cas de figure, l’objectif est que la manœuvre soit transparente pour la clientèle de SFR. Il est en effet question que cette opération se passe « tout en assurant la continuité de service ». En clair, pas d’interruption des communications, dans le fixe comme dans le mobile.
C’est donc un certain statu quo qui attend la clientèle à court terme. Tout restera opérationnel, des cartes SIM aux box, en passant par les antennes-relais dispersées sur le territoire et les réseaux filaires pour acheminer l’Internet fixe.

La marque SFR pourrait également perdurer, au moins pour un temps, et les forfaits actuels devraient être maintenus — même si on devine que Bouygues, Free et Orange voudront rapatrier petit à petit ce nouveau contingent de clients dans des formules d’abonnement qu’ils ont concoctées.
D’ailleurs, le communiqué de l’époque précisait que les actifs en jeu « ne pourraient pas être transférés immédiatement à chacun des trois opérateurs concernés. »
Le protocole de juin 2026 donne un cadre très précis à cette transition : les actifs non repris immédiatement resteront gérés au sein de SFR SA pendant une phase transitoire d’au moins 30 mois, le temps de migrer les clients et de démanteler proprement les infrastructures. Durant cette période, la société sera détenue à parts égales (33,3%) par Bouygues, Free et Orange.
Une restructuration technique à prévoir
À l’horizon du second semestre 2027, en revanche, débutera une restructuration technique majeure.
Le protocole d’accord acte noir sur blanc le principe : le réseau de SFR va être physiquement découpé et ses fréquences radio (2G, 3G, 4G, 5G) seront entièrement réparties entre les trois repreneurs pour muscler leurs propres infrastructures.
Actuellement, des blocs concernent les bandes 700 MHz, 800 MHz, 900 MHz, 1800 MHz, 2100 MHz, 2600 MHz, 3,5 GHz pour toutes ces générations.
Ces transferts de licence se feront sous l’égide de l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep), qui a supervisé historiquement l’attribution de ces licences et des blocs de fréquences associés. Cette redistribution concernera aussi les antennes-relais, centres de données et autres emprises.

Côté équipement, SFR est sur 15 345 sites techniquement opérationnels (sur 18 989) en date du 1er octobre 2025. Et cela, uniquement pour la 5G. Pour la 4G, cela monte à 29 709 sites actifs (sur 31 946). Pour la 3G, c’est 29 062 (sur 31 485). Enfin, en 2G, on dénombre 20 660 sites (sur 21 020), selon le suivi de l’Agence nationale des fréquences (ANFR). Et on ne parle ici que de la métropole. L’outre-mer sera aussi un sujet.
On le voit, même si certains des sites autorisés sont mutualisés, on parle de quelques dizaines de milliers d’installations. Le partage à venir entre les trois opérateurs pourrait ponctuellement donner lieu à une mutualisation ou une fermeture de sites, en fonction des besoins de couverture, et, peut-être pour rationaliser le réseau. Cela, en tenant compte aussi de la division qui s’annonce entre zone peu dense et le reste.
Cette transition sera certainement longue et complexe. La signature de la documentation juridique définitive est attendue fin 2026, mais la réalisation effective du rachat et le dépeçage du réseau n’interviendront pas avant le second semestre 2027. Ce calendrier reste entièrement soumis au feu vert indispensable des autorités de la concurrence, qui ne se sont pas encore prononcées.
(mise à jour avec l’officialisation du rachat)
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