L'ancien responsable de la stratégie numérique d'EMI, Douglas C. Merrill, a taclé la politique de la maison de disques au cours d'une conférence donnée en Australie. Il affirme que, dans l'ensemble, les plus actifs sur les réseaux P2P sont aussi les plus disposés à consommer de la musique légalement.

Douglas C. Merrill a-t-il été écarté d’EMI à cause de ses positions sur le piratage ? En 2008, la maison de disques avait annoncé l’embauche de l’ancien directeur des systèmes d’information (DSI) de Google afin qu’il dirige la stratégie numérique de la major britannique. Sans grand succès. Un an après avoir rejoint la maison de disques, Douglas C. Merrill quittait son poste sur un constat d’échec.

À l’époque, EMI avait choisi de taire les raisons du départ de l’ancien DSI de Google. À la place, la maison de disques avait publié un mémo dans lequel elle expliquait « qu’avec des revenus numériques […] en pleine croissance et avec le progrès que nous avons réalisé dans l’intégration de notre opération numérique au sein de l’ensemble de la structure, nous n’avons plus besoin de faire fonctionner une division numérique indépendante« .

Or, l’une de ces raisons pourrait bien être la vision de Douglas C. Merrill sur le téléchargement illicite. Computer World rapporte une conférence donnée lundi au CA World Expo Sydney 2011 par l’ancien directeur des systèmes d’information de Google. Il a ainsi confié que, lorsqu’il était en poste chez EMI, il savait que l’industrie du disque était en train de s’effondrer.

Douglas C. Merrill a également remarqué que, contrairement à ce que pensent généralement les maisons de disques, les internautes fréquentant les réseaux peer-to-peer sont dans l’ensemble les plus gros consommateurs légaux dans la musique. Il a également pointé du doigt la mauvaise musique produite par l’industrie du disque et qui constitue, selon lui, l’un des motifs poussant les internautes à pirater.

En 2008, nous écrivions à propos de cette embauche que « Douglas C. Merrill devra soit se convertir à la religion du droit d’auteur exclusif, soit au contraire se faire prophète d’un changement de philosophie au sein de la maison de disques, pour apprendre notamment à gagner de l’argent grâce à la gratuité. Pour l’avenir d’EMI, il vaut mieux préférer le deuxième scénario« . C’est finalement le premier qui a été privilégié.

« De toute évidence, il y a du piratage qui est très destructeur. Mais je pense que les données montrent que dans certains cas, le partage de fichiers pourrait être bon. Ce dont nous avons besoin, c’est de comprendre ce qui est bien, et ce qui ne l’est pas… Poursuivre les fans ne semble pas une stratégie gagnante » avait-il défendu à l’époque. Pour rien, puisque la stratégie d’EMI n’a pas bougé d’un iota.

On ne compte d’ailleurs plus les erreurs de la major. Au fil des ans, elle s’est attaquée à ses propres artistes, a refusé le principe de la copie privée numérique, porté plainte contre des sites qui ont déjà cessé leurs activités ou poursuivi des développeurs indépendants parce qu’ils ont utilisé des interfaces de programmation (API) fournies par des tiers et qui déplaisent à EMI.

Et malgré cela, EMI trouve encore le moyen de s’alarmer de l’influence d’iTunes sans remettre en cause sa propre stratégie. « La dépendance substantielle vis-à-vis d’un nombre limité de boutiques de musique en ligne, en particulier l’iTunes Store, pour les ventes de musique enregistrée sur Internet, et sur l’influence significative de ces boutiques sur la structure des prix » est-il écrit dans son bilan financier 2010.

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