Du sang neuf coule dans les veines d'EMI. La major vient de débaucher un ancien responsable de chez Google pour lui confier la direction de son département numérique. Ce dernier critique les campagnes de lutte contre le piratage et estime même que le partage de fichiers pourrait être favorable à l'industrie.

Il y a un an de cela, EMI abandonnait les DRM dans un contexte où les autres majors clamaient encore à tue-tête leur amour pour ces protections. Elle faisait même entendre un peu plus tard, par la voix de son acquéreur Terra Firma, de vives critiques à l’égard de l’IFPI. Son PDG Guy Hands jugeant son action contre le piratage inefficace et coûteuse, ce dernier menaçait de retirer EMI de l’organisation. Des quatre majors, EMI semble la plus audacieuse. Elle en fait une nouvelle fois la preuve en débauchant aujourd’hui l’ancien responsable NTIC de Google Douglas Merrill pour le mettre à la tête de son département numérique.

Se présentant comme passionné des données et grand fan de Nine Inch Nails, Merrill tient en effet un discours assez peu conventionnel pour un cadre de major. C’est en cela qu’il rappelle un peu Rick Rubin, le DJ qui a révélé les Beastie Boys et qui professe, propulsé à la tête de Columbia Records, une industrie régie par un système de souscription ; une idée qui ne cesse de gagner du terrain chez les majors.

« De toute évidence, il y a du piratage qui est très destructeur » explique Merrill. « Mais je pense que les données montrent que dans certains cas, le partage de fichiers pourrait être bon. Ce dont nous avons besoin, c’est de comprendre ce qui est bien, et ce qui ne l’est pas… Poursuivre les fans ne semble pas une stratégie gagnante. » Douglas ne contente pas de battre en brèche l’idéologie dominante chez les majors, mais avoue ce qu’un certain nombre de jeunes cadres travaillant dans les maisons de disque préfèrent garder pour eux. Il a déjà téléchargé et partagé illégalement de la musique sur les réseaux Peer-to-Peer. Hérésie !

Le modèle qu’esquisse Douglas Merrill se déclinerait en plusieurs voies possibles : l’abonnement payant au service de téléchargement (aussi préconisé par Rick Rubin) ; la Licence Globale passant par une taxe imposée aux fournisseurs d’accès ; un modèle de financement publicitaire à la Google ; voire même une commercialisation à la Nine Inch Nails ! « Il y a des dizaines d’autres options… Nous devrions toutes les essayer«  recommande-t-il. « Nous devrions voir ce que disent les données, et quoiqu’elles disent, suivre ces chiffres et laisser les utilisateurs nous guider. »

Quoiqu’il en soit, Douglas Merrill fait preuve d’une très bonne compréhension des enjeux contemporains concernant l’industrie de la musique ; une compréhension qui s’affiche très bien dans cette seule phrase : « Il est évident que les gens dont nous pensons qu’ils n’achètent pas de musique en achètent. Ils ne s’en procurent simplement pas dans des formats que nous pouvons mesurer. »

C’est exactement de ce genre de personnage dont l’industrie du disque a besoin. Si le ou les modèles satisfaisants pour toutes la parties – industrie, artiste, auditeur – n’ont pas encore été trouvés (ou n’ont pas encore prouvé leur réussite), il est indispensable que quelques têtes brûlées s’en voient confier les rênes. C’est grâce à eux qu’elle pourra espérer épouser le nouveau paradigme Internet, quitte à s’y casser les dents ; pas avec les réactionnaires qui depuis une dizaine d’années la pourrissent de l’intérieur en croyant bien faire.

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