A l'occasion d'un colloque sur la lutte contre la contrefaçon, la lobbyiste de Vivendi a communiqué des chiffres que seule la Commission de protection des droits de l'Hadopi est censée connaître, et qu'elle a toujours refusé de dévoiler.

Jeudi se tenait à Paris un colloque sur la lutte contre la contrefaçon organisé par l’Union des Fabricants (Unifab), auquel participait notamment Vivendi et sa fameuse lobbyiste Sylvie Forbin. Ancienne haute fonctionnaire européenne, celle-ci défend les intérêts du groupe de médias depuis 2001 avec une efficacité telle qu’elle en avait été récompensé en 2006 d’une insigne de Chevalier de l’Ordre du Mérite. C’était juste après la promulgation de la loi DADVSI, qui renforçait les sanctions contre le piratage et le contournement des DRM. Les dirigeants de Vivendi « vous ont appelée avant tout pour votre compétence et votre influence« , l’avait félicitée la ministre Catherine Colonna, en charge des affaires européennes. « Ce travail d’influence, vous avez eu l’occasion de l’accomplir récemment sur un sujet qui a mobilisé la France entière, de Charles Aznavour à l’internaute militant« .

Omniprésente dans les couloirs, la lobbyiste a confié hier des données que l’Hadopi se refuse pourtant à communiquer publiquement. Sans que ça n’entraîne la moindre réaction de la part de la présidente de la Haute Autorité, présente à ses côtés sur l’estrade, Sylvie Forbin a détaillé jeudi le nombre d’adresses IP identifiées chaque jour par les FAI pour le compte des ayants droit. C’est ainsi ce que rapporte PCInpact  :

  • Orange : 3000 demandes
  • SFR : 1800 demandes
  • Free : 1500 demandes
  • Bouygues 300 demandes

Or jamais l’Hadopi n’a accepté de communiquer de tels chiffres, qu’elle estime confidentiels et relever de la seule Commission de Protection des Droits, en principe totalement indépendante des ayants droit. Tous les tiers sont censés être au même régime de confidentialité, qu’il s’agisse des journalistes, du grand public, ou des professionnels du monde culturel qui la saisissent. Il est donc « étonnant », pour le dire avec une fausse naïveté, que l’une des plus efficaces lobbyistes de l’industrie culturelle française soit ainsi dans le secret de l’Hadopi, et trouve cela tellement normal qu’elle se permette même de communiquer à sa place.

Par ailleurs, toujours très bien informée, Sylvie Forbin croit savoir que les futures fonctionnalités pertinentes des moyens de sécurisation labellisés par l’Hadopi vont permettre une sécurisation au niveau des box des FAI, comme l’avait imaginé Michel Riguidel dans la première version. En effet selon la lobbyiste de Vivendi, maison-mère de SFR, la sécurisation labellisée Hadopi « va permettre aux usagers de bonne foi d’introduire ou d’activer dans les nouvelles box qu’ils achèteront, des dispositifs qui permettront de les aider à faire ce cheminement et à paramétrer l’usage de leurs enfants, l’usage de leur famille vers des offres légales et à pouvoir eux-mêmes aussi organiser leur propre espace« .

Selon nos informations, de source très proche du dossier, aucun fournisseur d’accès n’a transmis ses observations à l’Hadopi lors de la première consultation sur les moyens de sécurisation. Une abstention, là aussi, étonnante.

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