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La presse en ligne ne doit pas modérer tous les contenus illicites

Guillaume Champeau - publié le Vendredi 30 Octobre 2009 à 16h49 - posté dans Société 2.0

Un décret définissant les conditions d'exercice du statut d'éditeur de presse en ligne prévoit l'obligation pour les éditeurs de mettre en place des dispositfs de signalement des contenus illicites, et de les retirer promptement.

Nos respectés confrères de PC INpact se sont émus ce vendredi matin d'une disposition du décret "pris pour application de l'article 1er de la loi n° 86-897 du 1er août 1986 portant réforme du régime juridique de la presse". Dans son article 1er, le texte dit que "sur les espaces de contribution personnelle des internautes, l'éditeur met en oeuvre les dispositifs appropriés de lutte contre les contenus illicites. Ces dispositifs doivent permettre à toute personne de signaler la présence de tels contenus et à l'éditeur de les retirer promptement ou d'en rendre l'accès impossible".

Nos confrères ont cru voir dans cette disposition, il est vrai soupçonnable, une obligation pour la presse en ligne de "modérer tous les commentaires illicites", "clôturant la réaction des Internautes en temps réel et la spontanéité".

Or il nous semble qu'il y a là erreur d'interprétation. Rappelons que le régime des éditeurs de presse en ligne résout une difficulté du droit des sites de presse, qui transpose pour les éditeurs de presse le régime favorable applicable aux hébergeurs et fournisseurs d'accès à Internet. Un régime défini par la loi pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN).

L'éditeur est par principe considéré non responsable des contenus publiés sous l'initiative de ses contributeurs. Il n'a donc pas d'obligation de modérer a priori les contenus, ce qui est un progrès considérable pour la presse et la liberté d'expression des utilisateurs. Mais ce régime favorable a une contrepartie logique, que l'on ne saurait reprocher au gouvernement.

L'éditeur de presse n'est en effet pas responsable, sous réserve toutefois qu'il a agit promptement pour retirer les contenus illicites ou en rendre l'accès impossible dès lors qu'il en a eu connaissance. Le gouvernement oblige donc les sites de presse qu'il protège juridiquement à mettre en oeuvre des "dispositifs appropriés" pour permettre à chacun de lui signaler les contenus pouvant poser problème. L'éditeur qui ferait tout pour ne pas pouvoir être informé de la nature des contenus qu'il publie ne pourrait pas prétendre dans le même temps à une irresponsabilité totale. C'est une contrepartie on ne peut plus légitime.

Reste à définir ce qu'est un "contenu illicite", pour décider s'il doit être supprimé ou non. Comme le note PC Inpact, la LCEN parlait de "contenu manifestement illicite". Notre confrère pense que parce que l'adverbe a disparu, "l'éditeur de presse en ligne doit être juge et supprimer toutes les mentions diffamatoires présentes dans les commentaires". Or c'est exactement l'inverse !

En ajoutant l'adverbe "manifestement", la LCEN avait induit une responsabilité des hébergeurs de "ressentir" la qualité licite ou illicite des contenus, en anticipant le jugement de l'ordre judiciaire. Ce qui paraît "manifestement" illicite au regard des hébergeurs doit être retiré sans attendre un jugement.

Or avec cet adverbe en moins, il n'y a plus de doute possible. C'est le juge et uniquement le juge qui peut décider de la licéité d'un contenu. Le jugement personnel n'a plus sa place. Il est même extrêmement étrange que le gouvernement ait fait une telle erreur de rédaction, en redonnant au juge l'exclusivité de décider si un contenu doit être ou non retiré, parce qu'il aura été jugé illicite.

Aucun éditeur ne sera condamné pour ne pas avoir retiré un contenu dont il ne pouvait pas décider souverainement qu'il était "illicite", et dont il n'avait pas à décider s'il pouvait être éventuellement "manifestement" illicite.

C'est donc un régime extrêmement protecteur qu'assure le décret signé par Frédéric Mitterrand et Eric Woerth. Sans doute trop protecteur au regard des intentions, qui étaient sans doute plus proches de l'analyse qu'en fait PC Inpact.

Publié par Guillaume Champeau, le 30 Octobre 2009 à 16h49
 
 
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Commentaires à propos de «La presse en ligne ne doit pas modérer tous les contenus illicites»
 

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Pour une fois qu'une loi protège les éditeurs, c'est intéressant de le noter.

Pour ma part, je suis pour qu'un éditeur soit responsable de son site et des réactions. Les messages manifestement illicites (antisémitisme, racisme, diffamation, ...) seront retirés sans qu'il y ait besoin de faire appel à la justice et c'est très bien. Et ce texte définit la responsabilité de l'éditeur, celle de retirer "promptement" tout contenu qu'il lui sera signalé.

Si un éditeur a la main un peu lourde dans les censures, tout ce qu'il risque c'est que son forum soit déserté et abandonné. En revanche, on pourra toujours rappeler à un éditeur trop laxiste ses obligations.

Bref, un texte qui met chacun en face de ses responsabilités.
enter, le 30/10/2009 - 17:29
Pour une fois qu'une loi protège les éditeurs, c'est intéressant de le noter.

Pour ma part, je suis pour qu'un éditeur soit responsable de son site et des réactions. Les messages manifestement illicites (antisémitisme, racisme, diffamation, ...) seront retirés sans qu'il y ait besoin de faire appel à la justice et c'est très bien. Et ce texte définit la responsabilité de l'éditeur, celle de retirer "promptement" tout contenu qu'il lui sera signalé.

Si un éditeur a la main un peu lourde dans les censures, tout ce qu'il risque c'est que son forum soit déserté et abandonné. En revanche, on pourra toujours rappeler à un éditeur trop laxiste ses obligations.

Bref, un texte qui met chacun en face de ses responsabilités.
En fait c'est tout le contraire : Tant que ce n'est pas passé par un juge, il n'y a aucune obligation.
Personnellement, je fais l'interprétation inverse: le "manifestement" signifie que les éditeurs n'ont l'obligation que de supprimer les contenus dont l'illéicité ne fait aucun doute. S'il y a doute ou interprétations divergentes possibles, l'éditeur n'a pas obligation de supprimer un contenu possiblement illicite.

Alors que sans le "manifestement", au contraire, tout contenu illicite doit être supprimé sans attente. Et en cas d'interprétation floue ou divergente, je crains qu'il faille craindre une censure par défaut pour éviter le risque juridique.

De même qu'un militaire ou un fonctionnaire ont l'obligation de refuser d'obéir à un ordre *manifestement* illégal, et pas simplement illégal...
@ enter ite
En revanche, on pourra toujours rappeler à un éditeur trop laxiste ses obligations.
Qui ça on ? Ta bande de potes ? La justice ? Les politicards ? Qui veut tout contrôler sur le net ? « On » c'est un con en principe.
Tototlitoto, le 30/10/2009 - 17:41
Alors que sans le "manifestement", au contraire, tout contenu illicite doit être supprimé sans attente. Et en cas d'interprétation floue ou divergente, je crains qu'il faille craindre une censure par défaut pour éviter le risque juridique.
Tu utilises plusieurs fois le mot "craindre" et c'est révélateur. C'est une interprétation par la peur. Mais l'interprétation juridique, sauf erreur monumentale de ma part, est celle que j'ai exposée.
moi j'aimerai bien pouvoir revoir les guignols de l'info et leur slam sur jeajean sarko .... impossible de le retrouver sur agoravox tv ( tres bon site itou ;) )ni sur rue ... etc etc etc affectueusement et merd .... aux cons !
Bah tiens, étant manifestement admin. de blogs et forums, j'ai manifestement de quoi manifestement me réjouir à présent :D Quoique.. manifestement faut que je vérifie manifestement la validité selon la LCEN manifestement...

Meilleures salutations manifestement, ;)
Oui, manifestons ! oOps
Pour une fois qu'une loi protège les éditeurs, c'est intéressant de le noter.

Pour ma part, je suis pour qu'un éditeur soit responsable de son site et des réactions. Les messages manifestement illicites (antisémitisme, racisme, diffamation, ...) seront retirés sans qu'il y ait besoin de faire appel à la justice et c'est très bien. Et ce texte définit la responsabilité de l'éditeur, celle de retirer "promptement" tout contenu qu'il lui sera signalé.

Si un éditeur a la main un peu lourde dans les censures, tout ce qu'il risque c'est que son forum soit déserté et abandonné. En revanche, on pourra toujours rappeler à un éditeur trop laxiste ses obligations.

Bref, un texte qui met chacun en face de ses responsabilités.

je diverge de ton opinion... c'est bien dommage que nous soyons de nouveau en désaccord...

je ne vois pas en quoi un éditeur devrait être responsable des commentaires de ses lecteurs. qu'ils soit forcé à postériori de modérer, pourquoi pas, mais ce n'est pas à lui de rendre la justice, donc pas à lui de modérer à priori.*

ou alors qu'on autorise les milices privées citoyennes pour se défendre contre les bandes de délinquants des rues ainsi que la mise en place de tribunaux populaires pour juger les autorités incompétentes.
Je ne partage pas cette interprétation du "manifestement". Une chose n'a pas à être jugée illicite pour l'être. Par exemple, si un utilisateur de Numerama postait un message appelant au meurtre, ce message serait contraire à la loi, quand bien même la justice ne serait pas saisie. Par conséquent Numerama devrait, dès le signalement effectué, retirer le message en question.

Le "manifestement" laissait une certaine marge d'interprétation, alors que sa suppression n'en laisse plus du tout. L'éditeur devient ainsi responsable s'il décide de laisser le contenu en place.
Le "manifestement" laissait une certaine marge d'interprétation, alors que sa suppression n'en laisse plus du tout. L'éditeur devient ainsi responsable s'il décide de laisser le contenu en place.

Donc on serait moins responsable de laisser en ligne un contenu "manifestement illicite" qu'un contenu "illicite" tout court ? Au pire ça change rien, au mieux c'est bien les tribunaux qui devront d'abord juger du caractère licite ou illicite.
Effectivement, belle analyse ^^. D'un autre côté, ca laisse à des sites et forums manifestement racistes, antisémites, j'en passes et des meilleures, le droit de ne pas modérer les propos de leurs membres ... J'ai récemment été assez choqué en découvrant un bastion du racisme sur le net, nommé fdesouche.com (à savoir "Francais de souche") sur lequel les commentaires racistes et haineux sont légion pour chaque article qui y est diffusé ...

En tout cas, c'est une victoire pour la liberté de la presse ... mais ca autorise aussi certaines dérives malheureusement.
Kad, le 30/10/2009 - 21:11
Le "manifestement" laissait une certaine marge d'interprétation, alors que sa suppression n'en laisse plus du tout. L'éditeur devient ainsi responsable s'il décide de laisser le contenu en place.

Donc on serait moins responsable de laisser en ligne un contenu "manifestement illicite" qu'un contenu "illicite" tout court ? Au pire ça change rien, au mieux c'est bien les tribunaux qui devront d'abord juger du caractère licite ou illicite.
D'une certaine manière oui : dans le cas du "manifestement illicite" si le caractère manifeste n'apparaît pas dans les propos tenus l'hébergeur peut se contenter d'attendre une décision de justice, alors que sans le "manifestement" l'hébergeur devrait s'enquérir de la licéité du contenu selon moi (qui n'ait aucune compétence juridique) quitte pourquoi pas à demander que cela soit obligatoirement précisé dans le signalement pour être valable.

Maintenant on peut aussi considérer que le "manifestement" a été retiré du texte pour la raison qu'il n'y a pas de définition juridique de l'expression "manifestement illicite".
Il faut bien lire le texte : "Ces dispositifs doivent permettre à toute personne de signaler la présence de tels contenus et à l'éditeur de les retirer promptement ou d'en rendre l'accès impossible."

C'est la mise en place de ces dispositifs qui est une obligation, pas leur utilisation. Sinon il serait écrit "Toute personne doit signaler la présence de tels contenus et l'éditeur doit les retirer promptement ou en rendre l'accès impossible."
polar_bear, le 30/10/2009 - 22:20
Il faut bien lire le texte : "Ces dispositifs doivent permettre à toute personne de signaler la présence de tels contenus et à l'éditeur de les retirer promptement ou d'en rendre l'accès impossible."

C'est la mise en place de ces dispositifs qui est une obligation, pas leur utilisation. Sinon il serait écrit "Toute personne doit signaler la présence de tels contenus et l'éditeur doit les retirer promptement ou en rendre l'accès impossible."
Ils fournissent aussi le J.O. en ligne ?

car vu l'arsenal répressif qui est en train de se mettre en place en France, on ne sait plus très bien ce qui est autorisé ou pas sur internet....

(cf hadopi)
kraftonZ, le 30/10/2009 - 22:43
Ils fournissent aussi le J.O. en ligne ?
Oui ! :) http://www.journal-officiel.gouv.fr/
polar_bear, le 30/10/2009 - 22:20
C'est la mise en place de ces dispositifs qui est une obligation, pas leur utilisation.
L'hébergeur à aussi l'obligation de relever les signalements qui lui sont faits.
Personnellement, je pense que si on a besoin de débattre sur l'interprétation de la loi, c'est que la loi est mal écrite.
glopglop2, le 30/10/2009 - 23:07
Personnellement, je pense que si on a besoin de débattre sur l'interprétation de la loi, c'est que la loi est mal écrite.
Comme de plus en plus de lois... Cependant ça donne du travail à beaucoup d'avocats :)

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