L'Observatoire de la musique a publié son état des lieux du marché de l'offre numérique pour le 1er semestre 2009. Les conclusions sont sans concession à l'égard de l'industrie musicale, accusée de paralyser le marché en France par excès de gourmandise.

L’Observatoire de la musique, qui fait référence dans les études sur l’offre et la demande de musique en France, a publié un état des lieux très critique de l’offre de musique numérique au 1er semestre 2009.

Sur les six premiers de l’année, il s’est vendu en France 45,2 millions de titres téléchargés, ce qui ne représente qu’une progression de 31 % par rapport au 1er semestre 2008. Pour un marché aussi jeune, la croissance est trop faible pour espérer une compension efficace de la baisse des ventes de supports matériels. Par ailleurs, l’El Dorado de la vente sur mobiles semble déjà s’effondrer. Les ventes de musique sur PC ont gagné 48 % de progression avec 39,1 millions de titres vendus, tandis que les téléchargements sur mobile ont chuté de 26 % à 6,1 millions. En chiffre d’affaires, le prix de gros à l’unité des morceaux étant à la baisse, l’augmentation du marché n’a été que de 14 %, à 34,2 millions d’euros au premier semestre.

La part de marché du numérique s’établit à 8,1 %, en hausse de 1,9 point seulement. Ce qui confirme la stagnation du marché du numérique en France, malgré les discours propagandistes et culpabilisateurs qui ont entouré les débats sur la loi Hadopi. Mais contrairement au SNEP, qui avait le premier annoncé des chiffres de cet ordre, l’Observatoire ne pointe pas les responsabilités vers le piratage, mais bien vers les majors qui étouffent le développement de l’offre légale.

« On note, depuis cette année, un certain attentisme au point de ralentir les velléités d’entrant majeur dans la création de nouveaux sites de musique« , constate l’Observatoire dans son rapport (.pdf). « Avec la crise, chacun reste fixé à son modèle économique ou tente de se repositionner à moindre frais, notamment sur des services moins coûteux en achat de droits (licencing), voire non musicaux (cf l’évolution d’APPLE)« . La faute, pas seulement aux éditeurs de services qui seraient trop frileux, mais aussi aux majors qui seraient trop gourmandes. Ainsi, « si les catalogues sont généralement accessibles à l’ensemble des éditeurs de services en ligne, leur coût d’acquisition reste trop élevé au regard de leur potentiel de développement sur le net, rendant plus que problématique le manque de rentabilité du secteur de la diffusion numérique« , note l’Observatoire.

Il voit un un repositionnement des sites de streaming à la demande comme Deezer vers les webradios, « dont les redevances sont moindres« . Par ailleurs, l’Observatoire décrit « une forme d’inertie quant à la diversification des contenus associés à la cession des catalogues musicaux« , qui « ne permet toujours pas aux sites de proposer les paroles (lyrics) des chansons, ni des partitions. Les droits graphiques ne font pas l’objet, en France, d’une gestion collective au-delà d’une plate forme technique/commerciale commune de mise à disposition de fichiers« .

Même problème pour la diffusion en direct des concerts, gelée par « la chaîne des droits » qui est « dommageable pour l’offre légale« .

De plus, « malgré l’abandon des mesures techniques de protection, l’utilisation de la musique par les internautes demeure rigide, avec, souvent, des fichiers de qualité insuffisante et/ou non disponibles« .

« L’horizon de l’utilisateur lambda n’est que contrainte technicienne, juridique et demain judiciaire« , résume l’Observatoire. « C’est une des raisons de l’attractivité du spectacle vivant qui conserve toute sa puissance d’émotion et de partage. »

L’Observatoire regrette par ailleurs « les actions légales menées contre le site Seeqpod, qui a dû cesser son exploitation« , qui ont « entamé le développement des webplayers« .

Une bonne base de travail pour Patrick Zelnik.

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