Mise à jour : La mort de Joost est officielle. Dans un enterrement sans fleurs, le service autrefois très prometteur créé par les inventeurs de Kazaa et de Skype a été racheté par Adconion Media, qui n’exploitera que ses actifs technologiques. Peut-être Joost aurait-il connu un destin plus prolifique s’il n’avait pas voulu dès le départ respecter les ayants droit et obtenir leur accord pour diffuser des programmes. Il n’a obtenu au final que très peu de programmes attractifs, ce qui a provoqué sa mort à petit feu. En tournant le dos aux studios et en laissant les utilisateurs s’approprier la diffusion des contenus, Kazaa avait connu un bien meilleur succès. Ce qui fait tout le paradoxe de l’industrie culturelle, qui tue dans l’oeuf les services légaux et encourage les développeurs à inventer des services qui n’ont pas besoin de l’autorisation des ayants droit pour prospérer. A méditer.

Article du 2 juillet 2009 – C’est le premier échec des nordistes Janus Friis et Niklas Zennström. Joost, conçu par les deux créateurs de Kazaa et de Skype, n’ambitionne plus de jouer dans la cour des grands. Le service de télévision en ligne a annoncé qu’il abandonnait le marché grand-public, pour se concentrer sur les services aux entreprises de médias comme les câblo-opérateurs ou les fournisseurs de télévision par satellite. C’est un échec considérable par rapport aux ambitions premières de Friis et Zennström, qui pensaient avoir trouvé avec Joost la formule idéale pour dominer la TV de demain et gagner encore plusieurs milliards de dollars.

L’idée de base de Joost était de s’affranchir des grilles de programmes pour donner à tous les éditeurs de télévision la possibilité d’exposer leurs chaînes sur Joost, avec des programmes à la demande financés par des publicités interactives, par du paiement à l’acte ou sur abonnement. Pour économiser en frais de bande passante, Joost devait reprendre la technologie P2P de Joltid (la société mère des deux nordistes), pour que les vidéos soient distribuées par les spectateurs entre eux, et non plus uniquement servies par un serveur central. Joost promettait en outre aux studios de télévision et de cinéma de protéger leurs contenus avec un système de chiffrage emprunté à celui de Skype, qui devait rendre les contenus très difficiles à copier.

Mais Joost n’a jamais fonctionné. La technologie P2P a obligé la société à imposer l’installation d’un logiciel spécifique sur l’ordinateur des spectateurs, au moment où YouTube, Dailymotion ou Hulu proposaient avec succès des vidéos lisibles directement sur un navigateur, et exportables sur les blogs pour faciliter leur marketing viral.

Joost n’a pas non plus réussi à séduire suffisamment d’éditeurs de contenus pour convaincre les internautes de l’intérêt d’installer le logiciel. Par peur de véhiculer des contenus pirates, alors que ses concurrents web permettent à tous les internautes de diffuser de leurs propres vidéos, Joost reposait sur un modèle propriétaire qui ne permettait la diffusion que des vidéos partenaires. Un contre-sens à l’heure où les médias doivent au contraire se déconcentrer et proposer le plus possible de contenus.

Après une vague de licenciements en début d’année dernière, Joost a finalement changé d’optique en fin d’année pour lancer son service sur le web, avec Flash. Mais trop tard.

Joost a annoncé une restructuration (donc des licenciements), le remplacement de son président Mike Volpi par son responsable technologique Matt Zelesko, et un changement complet de stratégie. Il développera désormais des portails vidéo pour les entreprises.

La morale de l’histoire : proposer un service propriétaire, fermé, avec l’obsession de contrôler les contenus pour éviter tout piratage est la recette idéale de l’échec assuré.

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