Au moins 11 agents de police allemands ont perquisitionné cette semaine le domicile de Theodor Reppe, le propriétaire du nom de domaine allemand du site d'investigation Wikileaks. Ses administrateurs pensent que la raison de cette descente réside dans la publication des listes de sites censurés dans plusieurs pays, au moment où l'Allemagne (comme la France) réfléchit elle-même à un mécanisme de censure du web piloté par l'Etat.

Les autorités de police allemandes ont effectué une perquisition mardi au domicile de Theodor Reppe, le titulaire du nom de domaine Wikileaks.de, rattaché au célèbre site d’investigation basé en Suède. Selon les documents dévoilés par Wikileaks, la police recherchait des preuves d’un délit de »distribution de contenus pornographiques« . Le site n’héberge pourtant aucun contenu pornographique ou pédophile, mais il a publié récemment des listes censées rester secrètes de sites censurés en Australie, en Thaïlande, et au Danemark. Le site pense que c’est ce qui a conduit à la perquisition.

En diffusant ces listes, Wikileaks a choisi de les laisser intactes, sans procéder lui-même à la moindre censure. Or les listes pointent dans leur grande majorité vers des sites de contenus pédophiles, mais aussi vers des sites qui ne devraient pas être bloqués. Nous rapportions ainsi récemment que la liste australienne semblait aussi pointer vers des sites pornographiques légaux à la YouTube, des sites religieux, différentes pages Wikipedia, des sites sur l’euthanasie, une agence de voyage, le site d’un dentiste ou des sites de liens BitTorrent.

En publiant ces listes, couvertes en Suède par le secret des sources des journalistes, Wikileaks souhaite alerter la population sur les risques de dérives d’un filtrage basée sur une liste qui n’est pas rendue publique, où le motif de censure pour chacun des sites listé n’est pas vérifiable.

Selon Wikileaks, Theodor Reppe est uniquement propriétaire de l’URL allemande de Wikileaks, et gère un miroir qui diffuse des documents américains sans rapport avec les listes de filtrage. Il est aussi par ailleurs l’administrateur de morphium.info, l’un des principaux serveurs Tor utilisés par les internautes qui souhaitent anonymiser leur navigation.

La police aurait demandé à Reppe les mots de passe du domaine Wikileaks.de pour le désactiver (ce qui ne semble pas être le cas). L’homme a par ailleurs refusé de signer le rapport de perquisition, qui mentionnait qu’il avait refusé un témoin alors qu’on ne lui aurait pas proposé. Le rapport reconnaît par ailleurs que Theodor Reppe n’a pas été informé de ses droits.

« La perquisition semble liée à une récente hystérie sociale allemande autour de la pédopornographie et la bataille controversée sur un système de censure national mené par la ministre allemande de la famille Ursula von der Leyen« , estime Wikileaks. « Elle survient juste quelques semaines après qu’un membre du parlement, le ministre SPD Joeg Tauss s’est fait fouiller son bureau et son domicile privé par la police. Des bloggeurs allemands qui discutaient du sujet ont également fait l’objet d’une perquisition« .

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