Quatre jours après avoir posté un billet assassin contre la riposte graduée, les jeunes UMP ont dû publier deux billets successifs pour soutenir le projet de loi, dont un argumentaire mal réchauffé puisqu'il date de l'année dernière.

A l’Union pour un Mouvement Populaire, on n’aime visiblement pas le mouvement, surtout lorsqu’il est populaire. On savait déjà les militants UMP internautes en très grande majorité hostiles au projet de loi Création et Internet. Les jeunes UMP aussi. C’est en tout cas le sens d’un billet intitulé « Que penser de l’Hadopi« , diffusé le 15 mars sur le blog de l’organisation des jeunes militants et dans sa newsletter officielle, qui critique notamment « le risque pour des innocents d’être condamné n’est pas nul« .

Mais hier, deux nouveaux billets beaucoup plus fidèles à la ligne imposée par l’UMP sont venus tenter d’éteindre le feu. Le premier assure que la loi est »juste et adaptée« , tandis que le second fournit un « argumentaire en faveur de la réforme Hadopi« . Une reprise en main en bonne et due forme.

Le premier billet qu’avaient publié les jeunes UMP était un déchaînement d’arguments contre le projet de loi présenté par Christine Albanel. On peut ainsi lire dans le premier texte que l’Hadopi « pose le problème de l’existence même des logiciels libres, dont l’éthique est par principe contraire à la récupération de données personnelles sans volonté de l’utilisateur » et que « le risque est grand de les condamner (les adeptes de Linux) à flotter dans un incertain flou juridique« . Ou encore que « le mode de sanction (la suspension de l’abonnement à internet, ndlr) pourrait, quant à lui, être purement et simplement retoqué devant le Conseil Constitutionnel devant lequel l’opposition prévoit déjà d’aller se pourvoir« .

Il rappelait que « l’association de consommateurs UFC-Que Choisir a fait constater par huissier que l’usurpation d’adresse IP (l’équivalent de l’empreinte digitale sur internet qui permet d’identifier chaque internaute) est tout à fait possible et ne requiert pas de connaissances particulières« . « Deux chercheurs et un étudiant américains auraient même réussi à faire accuser une imprimante d’avoir téléchargé de la musique « illégalement ! Le risque pour des innocents d’être condamné n’est donc pas nul« , estimait le billet à charge, qui s’en prend aux grandes maisons de disques. « Qu’en serait-il si elles (les majors, ndlr) avaient remis à plat leur modèle économique, proposé des formules innovantes, par exemple sous la forme d’abonnement, conclus des accords avec des opérateurs de téléphonie mobiles ou des fournisseurs d’accès à internet pour proposer de télécharger une quantité, limitée ou illimitée, de musique en échange d’un supplément raisonnable sur la facture téléphonique« , demandent ainsi les jeunes UMP.

Deux nouveaux billets pour faire oublier le premier ?

Mais les jeunes UMP se sont fait visiblement taper sur les doigts. Depuis, deux nouveaux billets intitulés « HADOPI, une loi juste et adaptée » et « L’essentiel sur la réforme HADOPI » ont fait leur apparition, le 19 mars.

Le premier reprend la propagande officielle dans la plus pur style albanien. Le texte devient forcément bon puisqu’on nous rappelle qu’il est « issu de la large consultation menée sous la houlette de l’ancien PDG de la Fnac Denis Olivennes« , et qu’on assure que « c’est une réalité, le piratage économique a un coût« . « D’après certaines estimations, 12 000 emplois supplémentaires, qui seraient directement à imputer au téléchargement illégal, pourraient disparaître à l’échelle 2012 dans le domaine de la culture« , indique le nouveau texte, beaucoup plus fidèles à la ligne sarkozyste.

« Par le biais de ce projet de loi, l’idée maîtresse est ainsi de faire de la pédagogie, et non de la répression. Les sondages réalisés à ce propos le prouvent : 90 % des internautes avertis à deux reprises cesseraient de télécharger illégalement à compter de la réception du recommandé. En outre, cela aurait l’avantage de développer l’offre légale qui est aujourd’hui balbutiante avec le téléchargement illégal« .

« Loin de l’image déformée et des débats que cela peut susciter actuellement, la loi HADOPI apparaît plutôt comme un projet de loi pragmatique, juste et adapté au problème du téléchargement. La pédagogie est au coeur du dispositif et du projet de loi« , assure le nouveau billet.

« La loi pourrait mise en œuvre au 1er janvier 2009 »

Le second texte, dont le titre tel qu’il apparaît sur la fenêtre du navigateur est éloquent (« Argumentaire en faveur de la réforme Hadopi »), énumère toute une série de chiffres et de contre-arguments pour soutenir Christine Albanel. Il est visiblement très frais puisque, bien que posté le 19 mars, il assure que le projet de loi « pourrait être mis en œuvre au 1er janvier 2009« . Ce sont assurément les jeunes UMP qui l’ont écrit. Aucun doute.

« Confier le mécanisme à une autorité indépendante et non à un juge ne rencontre pas d’obstacle juridique, car cette Haute Autorité présentera toutes les garanties nécessaires en matière de confidentialité et d’impartialité« , indique l’argumentaire, qu’il faut croire sur parole. « Nous voulons faire d’Internet un véritable outil de distribution des biens culturels, en développant l’offre légale en ligne. Toutes les parties sont gagnantes, et notamment les internautes. »

L’argumentaire réchauffé publié par les jeunes UMP conclut sur une citation à reprendre de Chrstine Albanel :  » J’entends que la loi  » Création et Internet  » serait « liberticide ». Mais à quelles libertés porte-t-elle atteinte ? A la liberté de se servir sur Internet comme dans les rayons d’un vaste supermarché de la culture enfin débarrassé des caisses ?  »

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