Alors que les consommateurs accueillent froidement la rumeur d'un rejet de l'octroi de la quatrième licence 3G à Free, le titre de la maison-mère Iliad s'envole sur le marché boursier. Les actionnaires sont inquiets des investissements envisagés par la direction du groupe, et semblent attendre une fusion de Free avec l'un des trois opérateurs concurrents.

Les intérêts des consommateurs et les intérêts des actionnaires ne sont pas toujours convergents, comme le démontre cette semaine le cours de l’action d’Iliad, la maison-mère de Free. Alors que l’Arcep appelle à l’entrée d’un nouveau concurrent sur le marché du mobile, le Figaro a assuré mercredi que le projet de confier la quatrième licence 3G à Free était « enterré à 98 % », sur décision de Nicolas Sarkozy qui veut protéger le triumvirat des opérateurs télécoms actuels. En ces temps de disette budgétaire, le Président vise le court terme et ne veut pas risquer de fragiliser un marché franco-français qui représente 1 % du PIB, au bénéfice d’autres achats qui pourraient cette fois profiter au marché extérieur (ce qui a fait dire très justement à l’un de nos lecteurs qu’il s’agissait d’un impôt déguisé). C’est une très mauvaise nouvelle pour les consommateurs qui espéraient une guerre des prix sur le marché des télécoms, mais les actionnaires de Free ont paradoxalement été ravis du bâton placé dans les roues dans leur carosse.

Mercredi, alors que le CAC 40 plongeait de 6,82 %, le titre Iliad a progressé de 4,63 % à la clôture, à 52,17 euros. Les actionnaires sont rassurés que les plans du groupe échouent, puisque l’entrée de Free sur le marché de la téléphonie mobile obligerait la maison-mère du fournisseur d’accès Internet à réaliser des investissements massifs qui grèveraient pour plusieurs années les distributions de dividendes.

Plus fondamentalement, sur le moyen terme, les actionnaires jugent les investissements nécessaires trop lourds et trop risqués pour la société de Xavier Niel (photo ci-contre), qui n’a pas su les convaincre de la viabilité de son projet. Le climat bancaire n’est d’ailleurs pas favorable à l’endettement, d’autant plus après le rachat d’Alice qui a déjà fait l’objet d’un emprunt d’environ 1 milliard d’euros.

Mais si la bourse réagit aussi bien à la mise en terre de la quatrième licence 3G, qui devrait être officialisée le 20 octobre par Nicolas Sarkozy, c’est aussi qu’elle fragilise considérablement les espoirs d’indépendance entretenus de longue date par Xavier Niel, et qu’elle annonce peut-être une nouvelle concentration du marché favorable aux dividendes.

Free est aujourd’hui le dernier fournisseur d’accès à Internet en France qui n’a pas de conflit d’intérêts internes avec des sociétés de production de contenus, et qui a su garder son indépendance en restant focalisé exclusivement sur la vente de moyens de communication. Cette indépendance est une garantie importante sur son image de marque, qui lui permet aujourd’hui de s’opposer sans rougir à la loi Création et Internet et de défendre le principe de la neutralité du net, de plus en plus contestée. Mais avec le développement d’offres quadruple-play qui intègrent dans un même forfait ADSL et mobile, Orange, SFR et Bouygues Telecom devraient bénéficier d’avantages concurrentiels importants sur Free, qui reste incapable d’offrir le même service sans licence 3G. Le rejet de la licence mobile de Free est donc perçu par les actionnaires comme le signe d’un possible rapprochement futur d’Iliad avec l’un des trois opérateurs en place, de façon à former un géant des télécommunications.

Sans licence 3G, il faudra que Free fasse preuve de beaucoup d’imagination et d’innovation pour réussir à rester attractif auprès des consommateurs et éviter ainsi d’être avalé par l’un de ses concurrents. Mais le peut-il encore ? Depuis le départ de son directeur général Michaël Boukobza, l’opérateur n’a plus montré de réelle capacité d’innovation et s’est laissé rattrapé par ses concurrents.

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