En obtenant les droits exclusifs de diffusion des grandes affiches de la Ligue 1 et en embauchant Denis Balbir, Youri Djorjaeff, Franck Sauzée et Céline Géraud, Orange a voulu frapper vite et fort pour tacler Canal+ sur son terrain préféré : le football. Mais les supporters déjà abonnés à la chaîne cryptée ne semblent pas prêts à investir encore davantage pour suivre chaque match de leur équipe. L'opérateur refuse de s'affoler et maintient sa stratégie.

Ca devait être le coup de la rentrée pour Orange, mais les choses semblent plus compliquées que prévu. Si l’on en croit les chiffres communiqués par Le Parisien, seulement 16.000 abonnés au service surtaxé de l’opérateur auraient regardé le match OM-Sochaux, diffusé le 30 août dernier avant la trève internationale. Cinq fois moins qu’au stade Vélodrôme.

Mais Orange conteste les chiffres. « Ce sont des chiffres grotesques qui n’ont rien à voir avec la réalité, même si, c’est vrai, il n’y a pas un million de téléspectateurs« , proteste Xavier Couture, le directeur des contenus de l’opérateur. « On s’est lancés dans un marathon, qu’on ne nous juge pas après quelques centaines de mètres !« .

« On ne peut pas demander à Orange Foot d’avoir le même nombre d’abonnés, dès le premier jour, que Canal +« , réitère le transfuge de la chaîne cryptée dans le journal L’Equipe. « Nous avons le temps devant nous, avec un contrat de quatre ans. Progressivement, nous allons acquérir de plus en plus d’abonnés« , assure-t-il.

Les clubs et leurs supporters mécontents

Mais s’il ne fait pas grimper sensiblement son audience, l’opérateur pourrait faire grimper la grogne dans le milieu sportif. Elle monte déjà. Car les présidents de club et les entraîneurs réalisent seulement maintenant qu’en saucissonnant les droits du foot entre Canal+ et Orange, deux chaînes à accès payant, la Ligue de Football Professionnel (LFP) a rendu certains de leurs matchs inaccessibles pour les fans qui font vivre leur club. Et Orange, dont la chaîne n’est en plus accessible qu’à ses seuls abonnés avec un surcoût de 6 euros, est particulièrement dans le collimateur.

« Il y a beaucoup de confusion et de frustration chez nos supporters, ils sont privés de nos matches. Une rencontre de l’OM sur Orange c’est plus difficile à voir que sur Kiosque. Orange a mis en place un super dispositif de diffusion, il est dommage que les téléspectateurs n’en profitent pas« , s’agaçait ainsi récemment Pape Diouf, le président de l’Olympique de Marseille.

Idem chez Charles Villeneuve, l’ancien cadre de TF1 passé président du Paris Saint-Germain. « Il y a un problème d’exposition des clubs de L1. C’est bien de ramasser beaucoup d’argent avec les droits télévisuels, mais faut-il encore qu’on puisse voir nos clubs« .

Les supporters ne doivent pas être les seuls à manifester leur mécontentement chaque samedi. Les sponsors aussi, eux qui dépensent chaque année plusieurs millions d’euros pour voir leur nom apparaître en gros sur le torse des plus grands joueurs. Si personne ne les voit plus, l’investissement n’est plus rentable, ni prestigieux.

Le problème est d’autant plus difficile à résoudre qu’Orange diffuse exclusivement les grandes affiches du championnat, occupées par les clubs qui ont le plus de supporters ou d’attractivité financière et populaire : l’OM, Lyon, Bordeaux et le PSG. C’est sur ces clubs que la pression des sponsors est la plus forte.

Pour augmenter l’audience d’Orange Foot, l’opérateur aurait une solution simple : permettre aux autres FAI de diffuser le service, de la même manière que Canal+ est disponible sur toutes les box ADSL. Mais la filiale de France Télécom, qui sait l’échéance inévitable à terme au regard du droit de la concurrence, veut la repousser le plus loin possible.

Saura-t-elle tenir quatre ans ? Rien n’est moins sûr…

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