"J'ai signé une feuille blanche". En marge de la présentation des résultats d'Iliad, le patron de la maison mère de Free Xavier Niel est revenu à la charge contre le projet de loi Création et Internet (ex Hadopi) et sur les accords Olivennes qui l'ont précédé, en contestant la légitimité du processus suivi par l'ancien patron de la Fnac. Ambiance.

Près d’un an après avoir signé les accords de l’Elysée négociés par Denis Olivennes, le fournisseur d’accès à Internet Free brise la loi du silence et remet publiquement en cause la légitimité du contrat social passé entre les FAI, les ayants droit et les pouvoirs publics. « Personnellement, moi j’ai signé une feuille blanche, dans laquelle tout le monde croit qu’il a signé des choses différentes« , accuse Xavier Niel (photo ci-contre), le président d’Iliad, qui confirme le récit publié en juin dernier par Emmanuel Berretta dans Le Point.

« Nous avons été à l’Elysée et nous avions une feuille avec les noms de tout le monde. La veille, nous avions vu monsieur Olivennes et des conseillers du ministère de la Culture. Ils ne nous voyaient jamais tous ensemble. Nous étions tous vus dans notre coin, on nous faisait une lecture [du texte] sans copie et on disait est-ce que c’est bon ou ce n’est pas bon. Puis tout le monde disait « on veut modifier ça.

« On pensait le lendemain avoir une version condensée puis lorsqu’on est arrivés à l’Elysée, on nous a dit « non, mais vous l’aurez l’après-midi »

« On l’a finalement découvert dans le communiqué de presse du soir même. Donc tout le monde a signé un document différent. C’est le mérite ou la force de Monsieur Olivennes qui est plutôt brillant puisqu’il a réussi d’obtenir pour la première fois la signature de tout le monde sur une feuille blanche, je vous le concède, mais à obtenir la signature de tout le monde. Ce qui est déjà très méritoire.« 

L’accusation est grave. C’est mandaté par l’Etat que Denis Olivennes a négocié ces accords, et c’est sous le toit de la République, au château de l’Elysée, que l’accord a été signé sous l’oeil viligeant de Nicolas Sarkozy.

C’est surout un profond camouflet pour la ministre de la Culture Christine Albanel, à quelques semaines de l’examen du projet de loi Création et Internet au Parlement.

Ni filtrage ni loi Hadopi, mais une licence globale ?

Comme il l’a déjà fait une première fois cet été, Xavier Niel est sorti de sa réserve pour attaquer sèchement le projet de loi né des accords Olivennes. Il ose même l’impossible, en ranimant l’idée d’une licence globale. « Hadopi n’est pas aujourd’hui une bonne loi pour les Français. S’il s’agit de préserver les intérêts de quelques artistes qui gagnent beaucoup d’argent, ça n’a peut-être pas grand sens. Redéfinissons un certain nombre de choses, reprenons la licence légale, étudions un certain nombre de solutions alternatives, ne forçons pas le filtrage de milliers de choses pour simplement rendre service à quelques-uns« , prévient le patron de Free.

« Nous, notre avis est qu’on peut faire beaucoup de choses, mais il faut que ce soit un juge qui regarde ce que vous faites, la manière dont vous le faites ; il ne faut pas de manière systématique qu’on essaye d’écouter tout ce qui se passe sur le réseau, sur ce que font nos abonnés« .

Il n’est pas non plus question de mettre en place le test de filtrage que prévoyait les accords Olivennes, sur lequel Free marche désormais allègrement en s’essuyant les pieds. « Nous n’avons fait aucun test, nous souhaitons faire aucun test et nous n’avons jamais pris l’engagement, en tout cas dans nos discussions, ayant signé une feuille blanche, de faire des tests de filtrage« . C’est dit.

Free est-il pris d’un soudain accès de philantropie de justicier ? Sans doute pas. L’opérateur se venge contre le gouvernement et contre Nicolas Sarkozy. Et on ne saurait lui en tenir rigueur, tout en souhaitant qu’à l’avenir, Xavier Niel s’abstienne de signer des feuilles blanches dans l’espoir d’obtenir une faveur du gouvernement, qui lui ferait oublier les intérêts de ses abonnés.

Illustration : rsepulveda, Creative Commons by-nc-sa

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