Taxe copie privée : les ayants droit confirment leur entêtement

Guillaume Champeau - publié le Mardi 15 Juillet 2008 à 12h31 - posté dans Société 2.0

Le Conseil d'Etat a annulé vendredi une des décisions de la commission pour copie privée, ce qui remet en cause le montant actuel de la taxe payée sur les supports vierges et les appareils électroniques. Les ayants droit devraient cependant profiter d'un délai dans l'application de la décision pour voter à nouveau une taxe du même montant, avant que le fonctionnement de la Commission ne soit enfin revu et corrigé vers plus de transparence et d'objectivité.

Alors que le Conseil d'Etat a sanctionné vendredi le mode de calcul de la rémunération pour copie privée en exigeant que les copies illicites (en particulier le téléchargement) soient exclues du champ de la compensation du préjudice subi par la copie privée, les ayants droit ont très vite dégainé la réplique. Le soir-même, le représentant des majors du disque menaçait les consommateurs d'une possible augmentation de la taxe pour copie privée, à contre-courant de l'effet attendu de la décision de la juridiction administrative.

La stratégie était visiblement préparée. Dès mardi, premier jour ouvré depuis la publication de l'arrêt du Conseil d'Etat, l'ensemble des organisations d'auteurs, compositeurs, artistes-interprètes, éditeurs et maisons de disques se sont réunies pour publier un communiqué commun pour prendre acte de la décision du CE, et confirmer les menaces. "Les organisations soussignées font observer que les barèmes prévus par la décision du 20 juillet 2006 (celle qui a été annulée, ndlr) ont été adoptés après qu'elles aient accepté de faire des concessions extrêmement importantes, dans un contexte où la détermination du montant des rémunérations ne prenait pas en compte l'origine - licite ou illicite -des copies", indique le communiqué. "Dès lors que seule une partie des copies privées effectuées sera prise en compte, les ayants droit seront fondés à réexaminer l'importance de ces concessions, ce qui est susceptible, dans le respect de la décision du Conseil d'Etat, de préserver le niveau actuel des barèmes de rémunération".

Les ayants droit ne vont pas jusqu'à menacer d'une hausse de la rémunération, mais prétendent également qu'elle pourrait être maintenue à son niveau actuel, en revenant sur de soit-disantes "concessions" dont on se demande d'où elles émergent. Les montants de la rémunération pour copie privée appliqués en France sont déjà parmi les plus forts d'Europe, et ça n'est certainement pas grâce à des "concessions" imaginaires.

Le communiqué publié mardi confirme en tout cas enfin explicitement que les ayants droit prenaient effectivement en compte dans la rémunération pour copie privée les copies dont la source est illicite, c'est-à-dire les téléchargements qu'elle sanctionne. Jamais, auparavant, les organisations de la filière musicale n'avaient reconnu publiquement qu'elles taxaient d'une main ce qu'elles sanctionnaient de l'autre. Les masques sont tombés.

Par ailleurs, les organisations affirment à raison que le Conseil d'Etat "ne met pas en cause le niveau des rémunérations adoptées". Comme si l'adage "qui ne dit rien consent" s'appliquait aux décisions de justice. Mais si le Conseil d'Etat n'a rien dit sur le montant, c'est que rien ne l'autorise à le faire. Le haut tribunal administratif doit se contenter de rappeler les règles à suivre pour calculer la rémunération, et en l'espèce il a constaté que ces règles étaient violées par les ayants droit et par la commission dans laquelle ils siègent en roue libre. A aucun moment la loi ne permet au Conseil d'Etat de juger du montant-même de la taxe.

Et c'est justement un problème.

Puisque la décision du CE ne sera effective que dans 6 mois, les ayants droit peuvent profiter du créneau pendant lequel la commission siège encore dans sa composition et avec ses statuts actuels pour voter une nouvelle décision prenant soit-disant en compte les règles rappelées par le Conseil d'Etat, avec en fin de compte les mêmes montants. Puisque les règles auront été respectées sur le papier, personne ne pourra cette fois la contester. Jusqu'à ce que de nouvelles décisions interviennent sous l'égide de la nouvelle commission pour copie privée, au fonctionnement plus démocratique...

On fait difficilement plus cynique.

Publié par Guillaume Champeau, le 15 Juillet 2008 à 12h31
 
 
27
Commentaires à propos de «Taxe copie privée : les ayants droit confirment leur entêtement»
 

1
2
'Ashareth', le 01/01/1970 - 01:00
Quand je pense qu'à côté les même représentants des ayants droits sont capables de poursuivre des gens pour à peine une trentaine d'albums, c'est mignon.

C'est vrai que c'est que dalle là, juste une violation d'un paquet de loi, et des indemnités indumment percues et réparties.
Une broutille quoi... :D
Autant je trouve normal qu'on proège le droit d'auteur intelligement et en juste proportion, autant là, ils font fort: pratique illégale depuis des années et même pas de sanctions.


Mieux, ils annoncent qu'ils vont contourner la loi pour toucher autant voire plus et personne ne dit rien (où sont nos chers politiques, habituellement si prompts à voir des scandales dans toute grande décision devant de l'autre côté de l'assemblée?)...


Entre ça et Sarkozy qui veut faire revoter les Irlandais, on aura tout vu...bienvenue en république bananière de France! :france:
Je suis vraiment dégouté de devoir acheté mes DVD à l'étranger pour ne pas me faire racketter. C'est vraiment lamentable avec le niveau de chômage actuel de forcer les gens à acheter leur DVD à l'étranger. Tout ça pour une bande de mafieux qui ne pensent qu'à s'engraisser sans contrepartie.
Vivement que les majors disparaissent pour qu'il y ai enfin des créations d'emplois dans le domaine musical et de la création tout court.
Don Quichotte se battait contre des moulins à vent, nous, nous nous battons contre des moulins à fric. Qui sortira vainqueur de cette lutte?

Nous, enfin ceux qui n'achètent pas sans réfléchir ou pour être au toptech.
Je pense que ça fera encore beaucoup trop pour eux. Ils seront OBLIGES de trouver encore "autre chose" pour garantir leur paye éternelle.

Ce qui m'interpelle dans cette poubelle du faux problème des "ayants droit"; c'est que plus le temps passe moins le respect du droit d'auteur ne figure dans les revendications des "pseudos réclameurs défenseurs" de ce même droit. Ils se fichent éperdument des auteurs, compositeurs, interprètes et con...sommateurs. Qui, à part quelques artistes "dans le besoin", les pauvres, s'arc-boute pour préserver cette manne financière?
Ils veulent notre fric et s'ils pouvaient arnaquer les artistes (les petits nouveaux talentueux), ça serait tout bénef pour ces extraterrestres.
Ce sont des cancers de notre société qui n'existent et ne vivent que par le travail des autres et ne respectent aucune loi ou/et institution.
Pour ces "gens la" l'humain n'existe pas (à part eux bien sur). Seule la pompe à fric compte.

Que tous ces "auteurs" sortent dans la vraie rue, et que simplement, ils regardent ce qu'il s'y passe, qu'ils découvrent ceux qui la peuple et surtout ceux qui y vivent et qui crèvent de faim. Après ils pourront se plaindre de leur manque à gagner.

Leurs revendications méritent certainement à être débattues, mais il y a des limites et ils les ont largement dépassées. Le législateur dans tout ça, inexistant.

Société du fric pour le fric par le fric = société de robots.
On va bientôt trouver la Russie super démocratique .....:)
Y3p combien tu les achetes tes CD à Auchan même avec des prix cassé soit disant, mais tu trouve mieux sur des site etrangez, juste un exemple un boite de 100 CDR carouf 68€ tu les ha à l'etranger pour 15€.

y à pas photo
'Seri', le 01/01/1970 - 01:00
'baboon', le 01/01/1970 - 01:00
Les concessions serait principalement sur la base de calcul de la taxe axé sur un taux de compression peu élevé des fichiers copiés
Et ils ont pris quoi comme taux de compression, qu'on rigole un peu ?
Pour un même format avec perte de qualité (et il n'y en a pas des masses qui soient vraiment utilisés vu qu'il faut que le baladeur puisse les lire), la tendance est plutôt à diminuer la compression pour avoir une meilleure qualité.
Pour un format sans perte de qualité, il me semble que le FLAC, même si bien plus léger que le WAV, reste plus lourd qu'un MP3 à 192 kb/s (un qu'on trouve légalement sur un site marchand quoi).
J'imagine déjà le taux de compression pris pour l'estimation, un truc genre mp3 64k ou 128k, comme sur les boîtes des lecteurs mp3 quand ils te disent le nombre de chansons possibles sur le lecteur.

Le pire, c'est que je serais pas étonné que ce genre de débits ridicules correspond à celui utilisé en général par le péquin moyen, qui y fait même pas gaffe... Image IPB
quand tu parles de débit aux gens... ils pensent tout d'abord à leur relevé de compte :biggrinthumb:

1
2
Télécharger
Eye On Network
Outils Réseau - Surveiller l'activité réseau et Internet
 
OpenSuse
OS - Version de Linux performante.
 
Hitman Pro
Anti-spywares - Un antispyware automatique
 
QuickPar
Compression et décompression - Réparez vos archives
 
Juillet 2008
 
Lu Ma Me Je Ve Sa Di
30 1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31 1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
Matoumba
EntrepreNantes
Numerama est un site du réseau PressTIC