Après un mois et demi de tumulte lié à la démonétisation, New Delhi compte pousser l'Inde vers une économie sans cash avec une application de paiement biométrique.

Alors que le milliard d’Indiens se démène depuis début novembre pour rendre à la banque l’équivalents de ses billets de 10 € et 20 €, le gouvernement de Narendra Modi leur a fait pour Noël le cadeau d’une application mobile : Aadhaar Payment, qui vise à terme à ce que chacun règle ses achats ni en liquide, ni en carte, mais grâce à son doigt.

Aadhaar, qui signifie « base » ou « fondement » en hindi ( ? ? ? ?) et dans de nombreuses langues indiennes, est un projet de l’Autorité d’identification unique de l’Inde (UIDAI) qui vise, à défaut d’une carte d’identité physique, à attribuer un numéro unique à chaque Indien. Sur 1,2 milliard de personnes, 1,1 ont un identifiant Aadhaar, ce qui ne laisse de côté que 100 millions de gens. Il existe déjà de nombreuses applications Aadhaar, généralement non officielles, utilisées pour gérer sa carte d’identité virtuelle.

Cette application peut être utilisée pour effectuer des paiements sans aucun téléphone

Après avoir téléchargé l’application, il faut acheter un terminal biométrique qui coûte 2 000 ? (roupies, soit un peu moins de 30 €). Il suffit ensuite d’entrer son numéro Aadhaar, d’y relier son compte en banque si ce n’est pas déjà fait et de prendre son empreinte digitale. On pourra alors payer du bout du doigt dans n’importe quel commerce équipé du même terminal.

« Cette application peut être utilisée pour effectuer des paiements sans aucun téléphone, se réjouit Ajay Bhushan, président de l’UIDAI. Presque 400 millions de numéros Aadhaar sont déjà liés à des comptes en banque, soit la moitié des adultes d’Inde. Le but est de relier tous les numéros Aadhaar à des comptes bancaires avant mars 2017 ».

Extrait du journal indien Economic Times.
Extrait du journal indien Economic Times.

Bien que le marché indien du smartphone soit celui à la plus forte croissance dans le monde, seul 1 Indien sur 6 est équipé à l’heure actuelle, soit seulement 200 millions de personnes. Avec Aadhar Payment, le commerçant aura toujours besoin d’un smartphone et surtout d’une connexion à internet stable, et concède que « ce système est inutile dans une zone sans ou avec une faible couverture réseau ». L’Inde a en 2016 une pénétration internet de 35 %, soit 460 millions d’internautes ; c’est 100 millions de plus qu’en 2015 et le chiffre a doublé depuis 2014, mais cela laisse encore 860 millions de gens à l’écart.

Il n’existe que 1,5 million de lecteurs de carte pour 50 millions de commerçants. En effet, les entreprise de cartes bleues telles que Mastercard ou Visa prélèvent des commissions qui dissuadent les petits commerces, notamment dans les villages reculés. Neuf transactions sur dix effectuées avec les 700 millions de cartes bancaires en circulation servent à retirer du liquide. Il existe 200 millions de comptes de paiement sans contact, une partie conséquente étant inactive.

Pour l’instant, l’application est réservée à Android, hégémonique parmi les smartphones indiens. Bien que le logo Apple soit montré sans gêne dans le cinéma Bollywood comme marqueur de haute classe sociale, iOS peine à dépasser les 2 % de parts de marché dans le pays. Reste à savoir quelle sera la sécurité d’un tel dispositif : un fichier contenant des millions d’empreintes digitales permettant de faire des paiements serait une cible de choix pour des pirates. À l’heure où ces lignes sont écrites, le site web d’Aadhaar est tombé.

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