C’est une enquête particulièrement explosive qui a été diffusée à la télévision d’État chinoise (CCTV), selon CarNewsChina le 16 juin 2026. Alors que le pays a renforcé les réglementations concernant le recyclage de la batterie des véhicules électriques de première génération, les journalistes ont mis au jour une fraude aux conséquences directes sur la sécurité de millions de deux-roues.
Un réseau criminel a détourné les cellules de batteries usagées pour les revendre afin de leur donner une seconde vie. Au lieu de finir dans les centres de recyclage officiels, ces composants ont été récupérés par le marché noir, pour alimenter un parc de millions de deux-roues électriques (« e-bike » en Chine).
Des millions de scooters sont devenus des dangers ambulants
Il m’a fallu quelques minutes pour comprendre comment des cellules de batteries de voitures terminaient dans des « vélos électriques », selon le terme utilisé dans les articles. C’était avant de réaliser que cette terminologie n’a rien à voir avec les « vélos à assistance électrique » (VAE) que l’on croise chez nous. En Chine, l’écrasante majorité de ces « e-bikes » sont en réalité de petits scooters avec un plancher et un coffre sous la selle, souvent avec un système de batterie à extraire du véhicule pour la recharger ou l’échanger. Ce serait un peu comme l’équivalent de nos deux-roues en 50cc.



Pour conserver cette classification légale, et ne pas passer par l’obligation d’avoir un permis et une immatriculation, ces « vélos électriques » doivent respecter certaines limites techniques. La principale concerne le fait que la batterie ne doit pas dépasser une tension de 48V. C’est précisément cette limite que le marché noir fait sauter : ce qui n’est pas sans faire écho au cas des trottinettes et des fatbikes débridés en Europe.
Les fraudeurs proposaient ainsi des batteries modifiées qui montaient à 60V ou 72V, permettant de débrider de la puissance et de l’autonomie pour ces véhicules. Et pour alimenter ces packs à moindre coût, ces faussaires ont trouvé une astuce particulièrement rentable : le recyclage sauvage de batteries de voitures électriques.
Un détournement des batteries usagées de voitures
Il n’est évidemment pas question de greffer le pack batterie d’une voiture dans un cadre de deux-roues, c’est impossible. Les batteries de voitures électriques en fin de vie ou issues de véhicules accidentés sont désossées pour en extraire les cellules. Ces cellules de qualité automobile sont ensuite triées (par tension), ressoudées entre elles pour reconstituer un module compatible avec le gabarit des scooters. Une opération réalisée à très bas coût, de l’ordre de 2,50 € (20 yuans).

Vous imaginez sans mal que ces modules de batterie reconstitués n’offrent pas la même sécurité que des batteries neuves d’origine. Les systèmes de protection contre les surcharges, les courts-circuits et les surintensités sont supprimés. Sans BMS (le système électronique chargé de surveiller la batterie), ces packs deviennent particulièrement vulnérables aux incidents électriques. Chaque recharge de la batterie revient à jouer à la roulette russe, avec un risque d’emballement thermique. Les données officielles indiquent d’ailleurs que 33 % des incendies de cette catégorie de véhicules sont causés par ces modifications illégales.
Un marché noir qui défie le plan de traçabilité du gouvernement chinois
Cette enquête jette un gros pavé dans la mare en Chine. Elle intervient alors que le gouvernement a mis en place à partir du 1er avril 2026 une réglementation stricte visant à suivre le pack batterie du berceau à la tombe. Y a-t-il des trous dans la raquette ?
C’est apparemment le cas, puisqu’une des entreprises enregistrées sur la liste blanche du ministère de l’Industrie a été prise la main dans le sac, en train de détourner une partie de son stock de cellules automobiles pour les revendre sous le manteau au marché noir. D’autres méthodes d’approvisionnement ont également été révélées par l’enquête, notamment au travers de fausses stations d’échange de batteries et d’entrepôts non référencés.
Si le gouvernement chinois est conscient de la difficulté à contrôler l’ensemble de la filière du recyclage, les autorités misent désormais sur la baisse du coût des batteries neuves pour rendre ce marché parallèle économiquement moins attractif.
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