Le gouvernement américain va s'en prendre frontalement au monopole de Google sur le marché des moteurs de recherche et des publicités qui y sont liées. Ce procès sera suivi de près, et pourrait définir la régulation des géants de la tech dans les années à venir.

D’après le Wall Street Journal, le ministère américain de la Justice va déposer une plainte contre Google, ce mardi 20 octobre 2020. Le gouvernement accuserait le géant de la tech d’avoir des pratiques déloyales sur deux marchés qu’il écrase : celui des moteurs de recherches, et celui de la publicité liée à ces recherches. Google a déjà été confronté à la justice à de nombreuses reprises pour sa position dominante sur différents marchés. En Europe, le groupe a été sanctionné par trois lourdes amendes ces trois dernières années pour des pratiques anticoncurrentielles dans trois domaines différents de ses activités.

Mais ce nouveau procès, cette fois sur les terres natales de l’entreprise, pourrait atteindre d’autres proportions. Au-delà du cas Google, il pourrait définir de nouveaux standards dans la régulation de la tech.

Homepage de Google

Environ 90 % des recherches à l’échelle mondiale

Le moteur de recherche de Google concentre plus de 90 % de l’ensemble des recherches mondiales, selon les différentes estimations. Cette domination écrasante lui permettrait de limiter les perspectives de ses concurrents (Bing, DuckDuckGo, Qwant, Ecosia…), d’après la plainte. Ces derniers ne pourraient pas atteindre une taille suffisante pour déployer des économies d’échelle et renforcer leur construction d’une alternative solide à Google, argumenteraient les plaignants.

Dans le viseur du gouvernement se trouvent notamment les pratiques liées au système d’exploitation Android, développé par le groupe. Android équipe plus de 74 % des smartphones du marché, et le moteur de recherche Google y est préinstallé par défaut. Surtout, il ne peut pas être désinstallé. L’administration avancerait qu’il s’agit d’une pratique anticoncurrentielle, qui empêche les moteurs de ses concurrents d’être préinstallés, à la faveur d’arrangements financiers avec les constructeurs.

De cette domination sur le marché de la recherche en découle une autre, sur le gigantesque marché publicitaire qui y est lié. Grâce à cette position préférentielle, l’entreprise aspire plus de 30 % de la totalité du chiffre d’affaires issu de la publicité en ligne, soit plus de 40 milliards de dollars en 2020.

Google met en avant le faible coût de ses services

Cet été, Google se défendait face aux élus du Congrès, lors d’une série d’auditions qui ont aussi impliqué Facebook, Apple et Amazon. La ligne de défense de Google s’appuie sur la gratuité (ou le faible coût) des services qu’il offre à ces clients. Comme le souligne le Wall Street Journal, cet argument vient pourfendre le pilier habituel des procédures antitrust (visant à limiter un monopole) : en général, l’entreprise se sert de son monopole pour imposer des prix trop élevés, ce qui ferme de façon injuste un marché à certains consommateurs, et justifie une intervention.

Toujours d’après le Wall Street Journal, la justice n’a pas encore prévu de sanction. Mais une des sources explique qu’aucune possibilité n’est écartée à l’heure actuelle, même si elle forcerait Google à faire des changements structurels dans son modèle économique.

Puisque les procédures antitrust sont relativement rares aux États-Unis, toute nouvelle décision de justice est susceptible de faire jurisprudence. Nul doute que les trois autres Gafa, Amazon, Apple et Facebook, suivront le procès de près.

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