OnePlus a dévoilé le 16 mai son dernier vaisseau amiral Android. Difficile de se démarquer dans une année où le marché est trop occupé à cloner l'iPhone X pour innover, mais OnePlus a une proposition claire : pas de concession sur les performances.

Le nombre de smartphones Android posé sur mon bureau est souvent supérieur à trois. L’un d’eux enferme ma carte SIM, les autres tournent pour différentes prises en main, tests et guides. Hier, en partant un peu précipitamment de la rédaction, j’ai pris le mauvais smartphone. Quand je m’en suis aperçu, une fois chez moi, je me suis dit que c’était symptomatique du marché Android en 2018 : quelques modèles tirent vers le haut et une grande masse informe suit derrière, sans vraiment se démarquer.

Tous ont deux points communs pris à l’iPhone X, un aveu de faiblesse côté innovation qui transparaissait avant, mais qui touche cette année à l’absurde : le smartphone Android, en 2018, a deux capteurs positionnés horizontalement et une encoche sur la face avant. Pourquoi ? Au-delà de la copie d’Apple qui signe sa plus grosse victoire d’image depuis des années, personne ne le sait. Pas même les constructeurs, qui servent ces « innovations » avec des sauces différentes pour, au fond, ne pas avouer l’inavouable : ils n’ont aucune raison de faire ce qu’ils font.

Il faut donc composer avec la morosité de ce marché pour juger des smartphones de l’année. Chaque constructeur va avoir son petit plus, sa petite chose à lui. Pour OnePlus, le ton est donné : le OnePlus 6, commercialisé à 519 €, doit se démarquer sur le terrain de la puissance, en conservant un prix abordable. C’est précisément ce que nous apprend cette première prise en main avec le smartphone. Pari gagné ?

Un smartphone pour un processeur

Chaque année, Qualcomm présente des monstres de puissance côté processeurs mobiles. En 2018, le SnapDragon 845 est la puce qui anime les convoitises des fans de matériel mobile. L’engin se retrouve dans les modèles les plus haut de gamme, qui avoisinent les 1 000 € et qui sont vendus par des constructeurs avec la promesse de ne faire aucun compromis sur les performances tout en associant des caractéristiques haut de gamme au reste du produit — de l’écran à la photo en passant par l’interface ou le design.

Le OnePlus 6 semble avoir un cahier des charges complètement différent et qui répond à une question : comment faire un smartphone commercialisé 519 € qui embarque un Snapdragon 845 et 6 Go de RAM ? Et on voit que les éléments s’imbriquent alors autour de cette question. Le smartphone va par exemple manquer les caractéristiques de base d’un haut de gamme de 2018 : pas de recharge sans fil, pas de téléobjectif, pas de haut-parleur stéréo.

Mais il s’en tire tout de même avec une fiche technique complétant bien le processeur : l’écran AMOLED est défini en 2280 x 1080 pixels, le capteur principal fait 16 Mpx, ouvre à f/1.7 et peut prendre des vidéos jusqu’en 4K à 60 images par seconde et tout l’attirail de connectivité est complet : OnePlus précise même que le GPS du smartphone est « compatible Galileo ».

L’interface OxygenOS est sobre et fonctionnelle, sans fioriture et satisfera les plus attachés à la pureté d’Android. On aurait aimé que OnePlus saute définitivement le pas et propose des versions stock ou Android One de ses smartphones : gardons ce plaisir pour plus tard, la marque ayant été annoncée comme partenaire pouvant accueillir les bêtas d’Android. Une grande première qui débute avec Android P.

Pour faire tenir tout cela dans un prix réduit, il a fallu faire des concessions ailleurs. Passons par exemple sur le design : le OnePlus 6 est un smartphone sans aucune âme. Le corps est quasiment le même que celui du OnePlus 5T, sans la moindre prise de risque. Le modèle « de base » est un bloc noir mat qui fait le travail et qui se confondra avec tous les autres smartphones Android.

Le modèle mis en avant dans les publicités OnePlus est un modèle noir brillant qui reprend le concept du Jet Black d’Apple : une très mauvaise idée côté rayures que nous pouvons déjà éviter de vous recommander. Le dernier modèle est le plus en rupture : il reprend des couleurs passées de mode (le blanc et l’or rose) et qui, du coup, ne se retrouvent plus trop sur le marché actuel. Si vous souhaitez vous démarquer, c’est clairement vers celui-là qu’il faudra se tourner.

L’encoche et l’appareil à la verticale ont été librement inspirés de vous savez qui

L’encoche et l’appareil à la verticale ont été librement inspirés de vous savez qui, mais n’ont aucune justification pratique : ce n’est qu’avec un usage plus intensif que nous pourrons juger si OnePlus a été bon sur l’intégration de l’encoche, majoritairement ratée chez la concurrence qui ne dispose pas encore d’Android P, plus adapté à cette… mode ?

Photo et vidéo

OnePlus n’a pas su nous expliquer comment fonctionnaient les deux capteurs. Tous les constructeurs qui n’ont pas une solution qui parle d’elle-même et un deuxième capteur utilisable tiennent le même discours : le deuxième capteur « accompagne le premier ». L’utilisateur taquin pourrait pourtant prendre des tas de photos en masquant le capteur qui n’affiche pas son image à l’écran et ne voir que des différences marginales.

Aujourd’hui, il est utilisé pour « le mode portrait » : on imagine donc qu’il fait une deuxième mise au point en arrière-plan pour permettre au logiciel de créer un contour autour du sujet et d’appliquer en temps réel un effet de flou. OnePlus assure pourtant qu’il sera aussi disponible « dans deux semaines » sur la caméra selfie avant, qui travaille toute seule. Mystère.

Et pourtant, malgré cette communication technique imparfaite, ce ne serait pas honnête de dire que OnePlus n’a pas revu sa copie : tenu en échec les années précédentes par la concurrence, le constructeur propose enfin une solution de photo et de vidéo très correcte. Le traitement de l’image est bon et l’appareil dispose d’une stabilisation optique performante, qui lui permet de faire des vidéos en 4K à 60 images par seconde plutôt stables. On sent vraiment qu’on est monté d’un cran et que la déception des amateurs de photophones vis-à-vis de OnePlus ne sera pas au rendez-vous cette année.

Reste que sur Android, si 2018 ne brille pas par ses innovations, la concurrence est rude sur les prix. Aujourd’hui, Honor frappe fort avec Honor 10 affiché à 369 € dès le lancement, Asus a dégainé un ZenFone 5 particulièrement chouette à 350 €, Nokia revient nettement dans la course avec son 7 Plus à 340 €… et Xiaomi est en embuscade. Le constructeur chinois préféré des technophiles va faire son arrivée en France le 22 mai, avec a priori des prix défiant toute concurrence. Dans le haut du panier, il affronte le P20 de Huawei et le Nokia 8 Sirocco.

La question se pose aujourd’hui plus que jamais : si je veux un smartphone Android, qu’est-ce qui justifie 100 ou 200 € de plus ? Avec le OnePlus 6, la marque chinoise propose sa réponse : la performance brute dans un écrin minimaliste. À coup sûr, comme les années précédentes, cet argument fera mouche.

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