Telegram a mis en place une tactique pour contourner la censure russe. Toutefois, elle nécessite une certaine passivité des plateformes qui servent de façade. Or, Google, qui pouvait en être une, a procédé à une mise à jour qui annihile cette tactique. Des voix s'élèvent pour demander à Google de revenir sur cette décision, qui a un effet néfaste sur les outils anti-censure.

Pour échapper à la censure en Russie, l’application de messagerie Telegram a mis en place un stratagème, appelé « domain fronting », qui consiste à masquer le point de terminaison réel d’une connexion. Dans le cas du logiciel de discussion, ce plan passe par Google et Amazon, deux géants du web qui vendent notamment des solutions d’hébergement à une importante clientèle.

Pour l’autorité en charge d’appliquer la censure, cette tactique est évidemment très embêtante : si elle veut effectivement neutraliser Telegram, il lui faut non seulement bloquer ses adresses IP mais aussi, et de manière massive, celles d’Amazon et de Google. Plus de 17 millions d’entre elles ont été ainsi neutralisées en Russie, l’extrême majorité appartenant aux deux entreprises américaines.

CC antjeverena

Plus de domain fronting

Les conséquences sont évidentes : de nombreux sites et de services deviennent alors inaccessibles, ou très difficilement utilisables.

Or, il s’avère que Google a procédé à une modification sur l’App Engine, ce qui a eu pour effet de rendre inopérant le « domain fronting ». Cette ajustement technique doit certes éviter que la bataille que mène Telegram contre le régulateur des télécoms de la Russie ne déborde sur des sites tiers qui n’ont rien à voir, mais cela a aussi pour résultat de ne pas simplifier la tâche des outils anti-censure.

Cette décision a évidemment été abondamment commentée. « Google a longtemps prétendu soutenir la liberté de l’Internet dans le monde entier, et à bien des égards, l’entreprise a été fidèle à ses croyances. Le fait d’autoriser le fronting de domaine a permis à des millions de personnes de bénéficier d’un Internet plus libre et de jouir de leurs droits de l’homme », a réagi un cadre d’Access Now.

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CC John Marino

Google avait prévu d’y mettre fin

« Nous demandons instamment à Google de se souvenir de son engagement en faveur des droits de l’homme et de la liberté d’Internet et de permettre que le domain fronting se poursuive » ajoute le responsable, dont le groupe se consacre depuis plusieurs années à la défense d’un Internet ouvert et gratuit. Mais manifestement, l’entreprise américaine ne compte pas changer sa politique.

« Le domain fronting n’a jamais été une fonction supportée chez Google », a dit un porte parole de l’entreprise, sollicité par The Verge « Jusqu’à récemment, cela marchait à cause d’une bizarrerie de notre pile de logiciels. Nous faisons constamment évoluer notre réseau, et dans le cadre d’une mise à jour logicielle planifiée, il ne fonctionne plus. Nous n’avons pas l’intention de l’offrir en fonctionnalité ».

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Tor.

Hasard du calendrier

Ici, l’efficacité de la méthode reposait pour partie sur une relative complicité passive de la firme de Mountain View. À en croire l’entreprise américaine, cette modification était prévue de longue date, ce qui est peut-être vrai — toujours est-il que la survenue de cette mise à jour, en avril, le même mois où survient le bras de fer entre Google et Telegram, ne peut qu’alimenter les suspicions.

Selon Access Now, au moins une douzaine de technologies dédiées aux droits de l’homme reposent, totalement ou partiellement, sur l’engagement de Google à les protéger et à accroître la liberté sur Internet. Ces programmes et services comprennent : Signal, Psiphon, Lantern, Telex (en développement), Tor, obsf4, ScrambleSuite, meek, meek_lite, Collateral Freedom, et GreatFire FreeBrowser.

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