Des applications mobiles se sont emparées de la tendance slow cosmétique. Leur promesse : décrypter les substances chimiques dans la composition de vos produits. L'efficacité est-elle au rendez-vous ?

Résorcinol, Sodium Lauryl Sulfate, Triclosan, Butylparaben… ces molécules aux noms compliqués sont toutes considérées comme toxiques par Que Choisir. L’union fédérale des consommateurs pointe cependant que de tels composés « indésirables » peuvent se trouver dans les cosmétiques. Si vous avez déjà essayé de déchiffrer la liste des ingrédients de l’un des produits de votre salle de bain, vous avez pu constater que, bien souvent, ces mots sont écrits dans une police minuscule au coin d’une étiquette. Et même si vous parvenez à les lire, vous ne saurez probablement toujours pas lesquels représentent un danger potentiel pour votre santé et/ou l’environnement.

La santé est devenue un domaine largement exploré par les développeurs, avec, par exemple, des applications mobiles pour suivre ses menstruations. Les géants du smartphone intègrent aussi des apps dédiées à la santé dans leurs systèmes d’exploitation. Pour les créateurs d’applications mobiles, la composition des cosméthiques est un marché à saisir. Les consommateurs demandent davantage d’informations sur les produits de beauté, et plus largement de consommation.

Peut-on se fier aux applications mobile pour déchiffrer la composition des cosmétiques ? // Source : Pixabay/CC0 photo recadrée

La tendance de la « slow cosmétique » en témoigne : elle vise à créer des produits plus respectueux de la peau et de la planète. Les accusation de « greenwashing » pleuvent cependant à l’encontre de grands groupes industriels, dont la démarche présentée comme écologique et responsable s’avère bien souvent n’être qu’une façade ou un argument publicitaire.

Face à cela, que proposent les applications mobiles pour décrypter les substances présentes dans les produits cosmétiques ? Premier constat : le marché francophone est en plein développement. Certaines des applications que nous avons pu tester sont en anglais. Ensuite, toutes n’ont pas su identifier les produits que nous leur avons soumis.

La majorité d’entre elles fonctionne à l’aide d’un système de scanner : l’appareil photo du smartphone permet de capturer le code barre du produit. Là encore, l’offre s’avère fort alléchante, parfois décevante. Tous les services ne trouvent pas la référence du produit une fois le code bar scanné. Ces applications sont gratuites, même s’il ne s’agit sans doute pas de la seule raison expliquant leur relative efficacité.

Yuka

Cette application s’est d’abord lancée pour aider ses utilisateurs à mieux manger. Depuis juin 2018, Yuka analyse aussi les cosmétiques et les produits d’hygiène. Comme pour ses analyses sur l’alimentaire, Yuka promet que ses observations sur les cosmétiques sont « 100 % indépendantes ».

L’application mobile revendique aujourd’hui une base de 1 500 000 produits, dont 30 % de cosmétiques (soit 450 000 produits cosmétiques), incluant des gels douches, crèmes, shampooing, dentifrice ou du maquillage. Lorsque Yuka ne connait pas le produit, les usagers peuvent enrichir sa description.

À l’intérieur de l’application, l’onglet synthèse est dédoublé pour permettre le suivi des produits scannés dans les catégories alimentation et cosmétiques. Les codes couleurs sont limpides (du vert au rouge) et des notes sont attribuées à chaque produit sur 100. Sur la fiche de chaque cosmétique ou produit d’hygiène, la composition permet de avoir pour quelles raisons un composant est jugé dangereux : on apprend par exemple que le propylparabène est classé comme perturbateur endocrinien.

L’outil permettant de scanner les codes barre est assez simple et efficace. Les quelques emballages que nous avons présentés à l’app ont été reconnus, y compris un produit acheté à l’étranger. Yuka propose également des produits alternatifs à ceux qui sont les moins bien notés.

Vous pouvez télécharger Yuka sur iOS et Android.

Yuka sur iOS. // Source : Captures d’écran

Inci Beauty

Inci Beauty, qui a vu le jour en novembre 2017, fonctionne elle aussi assez bien. Le scanner est rarement mis en difficulté sur un code barre, que vous lui présentiez un produit acheté en supermarché ou en pharmacie.

Dans les rares cas où les produits n’ont pas été identifiés, nous avons eu la possibilité de soumettre une photo du cosmétique afin qu’il soit intégré à une liste « en cours d’analyse. » La quasi totalité des autres articles a été reconnue. L’un d’eux est apparu « en cours de création ». L’app affiche de manière claire la composition et les ingrédients de chaque produit.

Une signalétique colorée permet de savoir aisément si le cosmétique que vous avez scanné est plutôt à ranger dans la catégorie « bien », « satisfaisant », « pas terrible » voire « controversé/à risque. » Pour chaque produit, vous savez combien de composants sont recensés dans chacune de ces catégories, avec la possibilité d’accéder à une fiche détaillant chaque ingrédient.

Si Inci Beauty permet enfin de savoir où acheter chaque cosmétique, on peut regretter qu’elle ne propose pour l’instant pas d’alternative lorsque le produit est jugé peu recommandable pour votre peau. Il vous reste néanmoins la possibilité de mener votre petite enquête sur le moteur de recherche de l’application.

Vous pouvez télécharger Inci Beauty sur iOS et Android.

INCI Beauty sur iOS. // Source : Captures d’écran

CosmEthics

Comme ses homologues, l’app CosmEthics repose sur le fait de scanner les codes barre des produits. L’app n’a pas pu identifier tous les produits que nous lui avons soumis, mais nous a invité à renseigner les informations de ceux qui n’étaient pas répertoriés dans sa base de données.

Une fois le cosmétique identifié, une icône indique clairement s’il contient des substances qui doivent vous alarmer, avec un code couleur simple. Si vous voyez du vert, c’est plutôt bon signe. En revanche, un gros point d’exclamation rouge vous alertera sur un défaut potentiel du produit. Nous avons même eu une alerte « Ingrédient(s) interdit(s) » sur certains, avec une précision sur les exceptions en vigueur. Dans tous les cas, la liste des ingrédients qui composent le cosmétique est consultable.

Par ailleurs, l’application permet de constituer des listes d’alertes personnalisées, par ingrédients ou types de produits (il faut pour cela se connecter au préalable). Ainsi, vous pouvez choisir de suivre l’alerte « Toxicité », « Allergène » ou créer votre propre alerte personnalisée.

Vous pouvez télécharger CosmEthics sur iOS ou Android.

CosmEthics sur iOS. // Source : Captures d’écran

Think Dirty

L’application Think Dirty nous a fait le même effet qu’un cadeau joliment emballé, mais décevant une fois ouvert. Nous lui attribuons la première place pour ce qui est de son ergonomie et de son design, plutôt élégant. Après avoir créé un compte directement sur l’application, Think Dirty nous a accueilli avec cette phrase plutôt sympathique en anglais « Is you bathroom as dirty as your mind ? ». Et oui, pas de version francophone pour cette application qui semble pourtant tenir la place de leader dans son domaine.

Dès la première utilisation, l’interface invite son utilisateur à scanner l’intégralité de ses produits, qu’il s’agisse de cosmétiques ou de produits du quotidien (ménagers, alimentaires). Et là, grosse déception. Nous avons eu beau arpenter les allées d’une célèbre boutique de cosmétiques, présente dans les pays anglo-saxons, et les scanner frénétiquement, seul un d’entre eux a été reconnu par l’application (sur trente huit produits scannés en tout). Tous les autres codes barres ont été enregistrés dans l’historique de l’application, mais Think Dirty n’a pas réussi à identifier le produit correspondant. Dans ce deuxième cas, nous avons été invité à soumettre nous même le produit, pour enrichir la base de données de l’application.

Malgré ce regrettable échec, nous avons tout de même pu parcourir la liste des produits répertoriés sur l’application, et avons noté que la plupart des informations étaient indiquées dans un langage relativement simple. Un système de notifications permet de rester informé des éventuels changements dans la formulations des produits associés à votre compte.

Think Dirty a su également exploiter le potentiel lucratif du service qu’elle propose. Ainsi, il est possible de commander directement depuis l’application les produits les plus clean (ou se revendiquant comme tels) sur le site de, devinez qui ? Amazon.

Vous pouvez télécharger Think Dirty sur iOS ou Android.

Think Dirty

Clean Beauty

À la différence des applications précédentes, Clean Beauty ne vous propose pas de scanner le code barre de vos produits, mais plutôt de photographier la liste des ingrédients (la fameuse liste illisible qui se trouve, le plus souvent, au dos de vos cosmétiques).

Étrangement, la manœuvre n’a pas fonctionné sur un iPhone 5C : chaque pression sur le bouton permettant de capturer une photo faisait invariablement planter l’application, qui se fermait. Nous avons réessayé sur un modèle plus récent : cette fois-ci, la lecture des ingrédients fonctionnait, mais restait tout de même largement à retravailler, ne parvenant que très rarement à lire quoi que ce soit.

Dans une interface rose layette dont on avoue que l’on se serait bien passé, Clean Beauty propose un glossaire des principaux ingrédients employés dans la formulation des cosmétiques. Des logos indiquent lesquels sont controversés, et un court texte résume pour quelles raisons. Les explications sont sourcées à l’aide d’une bibliographie scientifique très complète. Et, cela est suffisamment rare dans notre sélection pour le souligner à nouveau, le tout est en français.

Vous pouvez télécharger Clean Beauty sur iOS ou Android.

Clean Beauty

Healthy Living

Ne comptez pas sur l’application Healthy Living pour vous parler dans la langue de Molière : elle ne connaît que celle de Shakespeare. Toute de verte colorée, cette application indique recenser 128 000 produits dans sa base de données. Or, aucun des codes barres que nous ne lui avons donné à scanner n’a fonctionné.

À chaque fois, le même message s’est affiché, en anglais : « Désolé ! Nous n’avons pas trouvé votre produit. Nous travaillons constamment à l’élargissement de notre base de données, merci de revenir vérifier plus tard. » Personnellement, c’est plutôt le genre de message qui nous donne envie d’abandonner à tout jamais.

Heureusement, il est tout de même possible de se promener à travers la base de données de Healthy Living pour consulter la composition des produits qui y sont répertoriés. Les listes sont plutôt bien organisées, avec un niveau de détail intéressant. Dans la rubrique maquillage, par exemple, si vous sélectionnez le maquillage pour les lèvres, il est encore possible de préciser sa nature (baume, gloss, crème, avec ou sans protection solaire).

Vous pouvez télécharger Healthy Living sur iOS ou Android.

Healthy Living

Beat the Microbead

L’idée de départ de cette application en anglais est plutôt intéressante. Beat the Microbead met tout particulièrement l’accent sur le plastique qui s’accumule dans nos produits. Son objectif affiché est également de sensibiliser à la pollution des océans, qui chargent les matières plastiques présentes dans des cosmétiques aussi anodins que des savons et dentifrices.

Malgré une interface très mignonne à base de fond bleu et bulles de couleurs, l’application ne passe pas l’épreuve fatidique de la reconnaissance des produits scannés. C’est bien simple, aucun de nos codes barres n’a été reconnu.

S’il faut cependant reconnaître une qualité à Beat the Microbead, outre son petit nom, c’est qu’elle a fait l’effort de mentionner des produits trouvables en France dans sa base de données (grandes surfaces y compris). Cependant, impossible de paramétrer l’application en français, ce qui diminue largement son potentiel à nos yeux. À l’image des autres applications de notre test, Beat the Microbead s’avère plutôt décevante en dépit de ses belles promesses.

Vous pouvez télécharger Beat the Microbead sur iOS ou Android.

Beat the microbead

Article publié initialement le 12 décembre 2017 et mis à jour le 20 mai 2021

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