Le 29 avril 2026, nous vous relations une découverte au premier abord absurde, mais en réalité instructive. Dans les instructions internes de Codex CLI, l’agent de programmation d’OpenAI, une même consigne apparaissait à plusieurs reprises, interdisant explicitement au modèle de mentionner certains animaux et créatures fantastiques :
« Ne parle jamais de gobelins, de gremlins, de ratons laveurs, de trolls, d’ogres, de pigeons ou d’autres animaux ou créatures, sauf si cela est absolument sans ambiguïté dans la demande de l’utilisateur. »
Sans surprise, la communauté tech sur X s’est rapidement emparée du sujet. En quelques heures, les flux d’actualité se sont remplies de scènes de gobelins dans des datacenters générées par IA, d’un plugin « mode gobelin » pour Codex, et même Sam Altma, le patron d’OpenAI, s’est prêté au jeu. Les théories ont alors fleuri : responsabilité d’OpenClaw, contamination des données, simple hallucination collective.
OpenAI a entretenu le flou pendant quelques jours, avant de publier, le 30 avril 2026, un billet de blog au titre évocateur : « D’où viennent les gobelins ? »



L’obsession de ChatGPT expliquée
Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut revenir à la manière dont OpenAI façonne le comportement de ses modèles. Au-delà de leur entraînement sur des milliards de textes, ceux-ci reçoivent des retours humains destinés à évaluer la qualité de leurs réponses, c’est le principe de l’apprentissage par renforcement. Cette méthode permet notamment de définir différents profils de personnalité : « professionnel », « cynique », « joueur » ou encore « nerd », conçu pour adopter un ton geek, enthousiaste et ludique.
Le problème, c’est que le signal de récompense utilisé pour entraîner ce profil « nerd » a progressivement dérivé. Sans que personne ne s’en aperçoive, il s’est mis à favoriser les réponses intégrant des métaphores de créatures fantastiques. Les gobelins et gremlins se retrouvaient ainsi mieux notés que les réponses qui n’en contenaient pas, dans 76 % des cas analysés.
Ce biais s’est alors auto-renforcé : les réponses jugées pertinentes servent de données d’entraînement pour les versions suivantes, qui reproduisent à leur tour ces motifs. Résultat, une boucle où les références aux gobelins génèrent… toujours plus de références aux gobelins. Le phénomène ne s’est d’ailleurs pas limité au profil « nerd » : il s’est progressivement diffusé à d’autres styles. Entre GPT-5.2 et GPT-5.4, les mentions de « goblin » ont ainsi bondi de 3 881 % chez les utilisateurs de ce profil, au point que 66,7% des occurrences dans ChatGPT provenaient d’un mode ne représentant pourtant que 2,5 % du trafic total.

Le profil nerd mis de côté, le système prompt comme rustine
OpenAI a annoncé avoir retiré le profil « nerd » en mars, nettoyé les données d’entraînement contaminées et supprimé le signal de récompense problématique. Mais GPT-5.5 avait déjà commencé son entraînement avant la découverte de la cause profonde, d’où la ligne dans le system prompt de Codex qui se révèle donc être une mesure d’urgence en attendant un vrai correctif en amont.
L’entreprise tire elle-même la leçon : un tic stylistique récompensé dans un contexte précis peut se généraliser bien au-delà de ce contexte, de façon totalement invisible jusqu’à ce qu’il devienne flagrant. Pas forcément rassurant sur la capacité à contrôler finement ce qu’un modèle apprend, mais ça a le mérite d’être transparent.
Enfin, si vous souhaitez retrouver un chatbot obsédé par les gobelins, c’est tout à fait possible. Il vous suffit de copier-coller les instructions suivantes :
instructions=$(mktemp /tmp/gpt-5.5-instructions.XXXXXX) && \
jq -r ‘.models[] | select(.slug== »gpt-5.5″) | .base_instructions’ \
~/.codex/models_cache.json | \
grep -vi ‘goblins’ > « $instructions » && \
codex -m gpt-5.5 -c « model_instructions_file=\ »$instructions\ » »
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