On en avait entendu parler pour la première fois au détour d’une fuite, à la fin du mois de mars. Le monde découvrait alors l’existence de Claude Mythos, le prochain modèle d’intelligence artificielle générative concocté par la société américaine Anthropic. Depuis, le modèle est souvent revenu dans l’actualité de la tech, en raison de ses puissantes capacités.
Claude Fable 5, un modèle de classe Mythos
Un peu plus de deux mois après, surprise : Anthropic reparle de Mythos, et cette fois avec une communication maitrisée.
Pas de fuite ici, mais l’annonce de Claude Fable 5 ce 9 juin 2026, un nouveau modèle d’IA que la firme fondée par Dario Amodei et plusieurs anciens d’OpenAI (ChatGPT) décrit bien volontiers comme le plus puissant jamais mis à disposition du grand public par ses soins. Car ce Claude Fable 5 est, selon Anthropic, de niveau Mythos.

Bien sûr, Fable 5 affiche « performances exceptionnelles dans l’ingénierie logicielle, le travail de réflexion et la vision », relève son concepteur, dans le billet de blog. Mais surtout, un fait notable : plus les tâches demandées sont longues et complexes, plus l’écart se creuse en sa faveur face aux autres modèles du marché, d’après lui.
Pour appuyer ses dires, Anthropic avance des exemples concrets qui marquent un véritable bond en avant.
Testée en avant-première par la plateforme de paiement Stripe, l’IA a réussi à migrer une base de code Ruby de 50 millions de lignes en seulement 24 heures — un chantier titanesque qui aurait normalement mobilisé une équipe entière d’ingénieurs pendant plus de deux mois.


Plus insolite, mais tout aussi révélateur — car on sait que Pokémon est une sorte de benchmark pour l’IA : Fable 5 est parvenu à terminer entièrement le jeu Pokémon Rouge Feu en analysant uniquement les captures d’écran brutes, là où les précédentes versions de Claude échouaient, même avec des outils d’assistance à la navigation.
Des garde-fous pour dompter une IA « trop dangereuse »
L’arrivée de Fable 5 marque une certaine rupture dans la récente actualité d’Anthropic. En effet, c’est la première fois que le groupe sort à grande échelle un modèle directement associé à la famille de modèles Mythos. Or, cette classe était jusqu’à présent jugée trop dangereuse pour être « lâchée » dans la nature, en raison de ses compétences trop avancées.
Qu’est-ce qui change, alors ? Anthropic a opté pour un déploiement adapté au grand public, c’est-à-dire bridé par de nombreux garde-fous censés pouvoir bloquer les requêtes dans certains domaines présentant des risques substantiels. En clair, s’il détecte un danger, l’outil bascule sur un modèle de moindre qualité — en l’occurrence Claude Opus 4.8.
En l’espèce, deux secteurs sont particulièrement sous contrôle : la biologie et la cybersécurité (sa mise en œuvre pour déceler des failles dans Firefox et son emploi sur l’infrastructure de Cloudflare ont impressionné, et le secteur bancaire prend aussi le sujet très au sérieux). Dans ces deux cas (mais pas que), les filtres de sécurité s’activeront.
À cela s’ajoutera aussi une restriction spécifique liée à la « distillation ». Ici, Anthropic explique qu’il s’agit de bloquer les tentatives d’aspiration de données visant à copier les capacités de son IA pour entraîner des modèles rivaux, notamment de la part de pays autoritaires. Mais il y a aussi, plus prosaïquement, des raisons de concurrence.
Ces rétrogradations vers un modèle moins spectaculaire seront-elles assez courantes ? D’après les essais préliminaires d’Anthropic, non : 95 % des sessions se sont passées entièrement sur Fable 5, sans jamais avoir besoin de rétrograder vers Opus 4.8. Il reste à voir si ce ratio demeurera semblable avec une disponibilité beaucoup plus large.
Claude Mythos 5 : la version sans filtre pour les initiés
En parallèle de cette mouture grand public, un mystérieux Claude Mythos 5 fait également son entrée. Anthropic indique simplement qu’il s’agit exactement du même moteur sous-jacent que Fable 5, mais avec des « barrières de sécurité levées dans certains domaines ». Typiquement, c’est le cas des garde-fous cyber.
Cette version beaucoup plus débridée n’est pas à destination de n’importe qui. L’accès reste strictement réservé aux organisations membres de l’initiative privée Project Glasswing — un programme mené en collaboration avec le gouvernement américain. Le programme est actuellement ouvert à des organisations provenant de plus de quinze pays.
À terme, la start-up prévoit d’élargir ce cercle restreint via un programme d’accès sécurisé plus systématique, notamment pour la recherche biomédicale.
Le mystère du chiffre « 5 » et une facture qui double
Au-delà de l’annonce et des promesses techniques, ce lancement traîne un dernier mystère : pourquoi diable estampiller ces modèles du numéro « 5 », alors qu’aucune version 1 à 4 de Fable ou de Mythos n’a jamais été rendue publique ? À ce stade, Anthropic n’a pas communiqué particulièrement sur le sens à donner à ce chiffre.
Côté tarification, cette nouvelle débauche de puissance va avoir aussi des répercussions. Sur l’API, la facture s’annonce salée : comptez 10 dollars par million de tokens en entrée et 50 dollars en sortie. C’est pile le double des tarifs de Claude Opus 4.8, même si cela représente une réduction de moitié par rapport à ce que coûtait la version d’évaluation Mythos Preview.

Pour les particuliers, Anthropic a mis en place une stratégie afin d’éviter la surchauffe de ses serveurs. Fable 5 sera accessible sans surcoût dans les abonnements payants (Pro, Max, Team) du 9 au 22 juin.
Passée cette date de test, le modèle sera temporairement retiré des forfaits de base pour basculer sur un système de crédits payants à la consommation. L’entreprise promet de le réintégrer définitivement dans les abonnements standards plus tard dans l’année, dès que ses infrastructures réseau le permettront.
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