Ce n’est décidément pas la meilleure période pour Anthropic. Déjà en froid avec le Pentagone en raison d’une divergence d’opinion sur ce que l’on s’autorise à faire en matière d’IA militaire, et alors que la startup américaine a subi fin mars une fuite révélant Claude Mythos, son prochain modèle d’IA, voilà qu’un nouveau problème vient d’apparaître.
Dans la journée du 31 mars, des comptes sur X ont en effet signalé la fuite accidentelle du code source complet de Claude Code, l’interface en ligne de commande (CLI) d’Anthropic pour les développeurs. Et d’après les éléments qui circulent, la bévue a de quoi faire sourire : une simple erreur de publication sur la plateforme npm.
Comme l’a d’abord repéré l’internaute Fried_rice sur X, confirmé ensuite par le chercheur en IA Yam Peleg, la version 2.1.88 du paquet « @anthropic-ai/claude-code » contenait un fichier .map. Celui-ci sert en principe de « plan » et doit normalement rester privé, car il effectue la jonction entre une version du code compressé et une version du code source original (et lisible).

Sauf qu’en la mettant en ligne par mégarde, Anthropic a techniquement révélé à la terre entière les plans complets de son interface. L’affaire a d’abord suscité une certaine suspicion, puisque le fichier qui circule ne pèse pas bien lourd (à peine moins de 10 Mo). Qui plus est, Anthropic n’a pas réagi à ce stade. La piste d’un faux n’était donc pas forcément à écarter.
En fin de compte, tout ceci s’explique très logiquement. Ce qui a fuité n’est pas le cerveau de l’intelligence artificielle mise au point par la société (les fameux poids du modèle, qui eux pèseraient des centaines de gigaoctets). Il s’agit « juste » du code source d’un outil en ligne de commande écrit en TypeScript, un langage de programmation dérivé de JavaScript.
Une fois toutes les lignes de texte brut compressées dans une archive, un poids final aux alentours des 10 Mo n’est plus tout à fait surprenant. C’est aussi, peut-être, une déception pour certains qui pensaient à la fuite du siècle pour Anthropic. Ce n’est pas avec ça qu’il sera possible de faire tourner Claude gratuitement et en local, sur son PC, avec ces fichiers.


Une feuille de route secrète cachée
Reste que si le savoir-faire stratégique d’Anthropic n’a pas leaké, le code de l’application regorge en revanche de secrets industriels.
D’aucuns pourraient trouver surprenant que la feuille de route à venir de la société figure dans un tel document. Mais en matière de développement, il arrive que l’on intègre le code de futurs projets directement dans la version principale, derrière des mécanismes censés les cacher. Cela, afin que les équipes d’Anthropic puissent les tester en conditions réelles.
Bien entendu, les internautes capables de farfouiller ce document se sont précipités dessus. En épluchant les fichiers disponibles dans l’archive, il a été possible de découvrir plusieurs axes de travail de la startup pour 2026. C’est ce que montre par exemple cette capture faite par un internaute sur X ou bien ce long fil de discussion sur Reddit.
Voici ce que l’on y trouve de plus notable :
- Le projet ULTRAPLAN (des tâches autonomes en arrière-plan) : Anthropic prépare un système permettant de déléguer des tâches complexes d’exploration à une instance de Claude à distance. L’IA pourra travailler en tâche de fond de manière autonome pendant 30 minutes avant de proposer un plan d’action détaillé à l’utilisateur, que ce dernier pourra approuver pour exécution ou rejeter.
- Projet KAIROS (Claude « Always-On ») : Fini l’obligation de repartir de zéro à chaque nouvelle fenêtre de discussion. Ce mode transforme Claude en un agent persistant, doté d’une mémoire à long terme. Plus fascinant encore, le code décrit un processus de « rêve nocturne » (Nightly dreaming) durant lequel l’IA va consolider, trier et nettoyer ses journaux de bord de la journée écoulée pendant que le développeur ne travaille pas.
- Le mode Coordinateur : L’outil pourra se cloner pour faire travailler plusieurs « sous-agents » en parallèle, avec un « Maître Claude » (Master Claude) qui distribue les tâches, gère l’orchestration globale et compile les rapports sous forme de fichiers structurés.
- Un nouveau modèle de langage : Le code révèle qu’Anthropic teste un modèle de langage nommé « Capybara ».
- La télémétrie de la frustration : L’entreprise a intégré des traqueurs pour mesurer très concrètement le niveau d’agacement des usagers : si vous insultez l’IA dans le terminal ou si vous tapez « continue » à répétition parce qu’elle s’arrête en plein milieu de sa tâche, les serveurs d’Anthropic l’enregistrent pour quantifier la frustration générée.
Un Tamagotchi IA prévu pour… le 1er avril
Mais il y a également une curieuse trouvaille qui a également été mise au jour : le projet BUDDY. Et le timing de cette fuite est assez savoureux : les notes laissées par les développeurs indiquent que cette fonctionnalité est censée être teasée entre le 1er et le 7 avril 2026. Soit à partir de demain ! Mais avec la fuite, peut-être qu’Anthropic va revoir ses plans.
Selon les descriptions qui circulent, BUDDY se présente comme un petit compagnon virtuel interactif, à la manière d’un Tamagotchi. Généré de façon aléatoire lors de son « éclosion », en se basant sur l’identifiant de l’usager, ce familier vivra directement dans l’interface de commande, dans une bulle de dialogue à côté de vos lignes de code.

On parle ici d’une créature virtuelle qui peut prendre 18 formes différentes, dont un canard, un capybara, un robot, un fantôme ou même un axolotl. Il doit être doté de ses statistiques (Patience, Sagesse, Chaos…) générées procéduralement, d’accessoires de rareté variable (chapeaux, halos) et de petites animations. Il doit aussi réagir aux actions du développeur.
Visiblement pensée comme un poisson d’avril au départ, la fonction doit a priori devenir permanente à partir de mai. Une touche ludique et décalée (il y a même un petit côté Pokémon, avec la possibilité d’en avoir un « shiny » — chromatique) qui peut avoir un certain charme auprès des internautes, et peut-être aussi une manière de les fidéliser un peu plus.
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