En France, quelque chose a changé dans le rapport de la jeune génération à la course à pied. En 2025, le nombre de coureurs « Gen Z », soit les 13-28 ans actuels, enregistrant des marathons sur Strava a bondi de 45 %, bien au-dessus de la moyenne mondiale de 33 %. Mais ce qui distingue vraiment cette génération, ce n’est pas l’intensité de l’effort : c’est la raison pour laquelle elle court.
Selon les données Strava consultées par Numerama, avant et après le marathon de Paris, la Gen Z française est 220 % plus susceptible que la Gen X (45-61 ans) de déclarer que l’événement lui-même (l’ambiance, la foule, le vécu partagé) constitue sa principale motivation : un écart trois fois plus fort qu’à l’échelle mondiale. Elle ne vient pas chercher un chrono, elle dit venir chercher une expérience.
L’astuce repérée par Strava pour ne pas se prendre le mur
Cette logique communautaire se lit aussi dans les chiffres de clubs, qui n’ont rien à voir avec les fédérations d’athlétisme, mais tout à voir avec le fait de se retrouver à plusieurs pour faire de la course un moment social : en 2025, le nombre de nouveaux clubs de running sur Strava en France a été multiplié par 5,2. Et courir en meute a des effets bien concrets : les coureurs ayant effectué au moins une sortie en groupe pendant leur préparation ont 24 % moins de risque de « bonker » le jour de la course — en français, se prendre le mur, le moment où les réserves de glycogène s’épuisent brutalement, généralement après le trentième km en marathon.

Cet engouement se retrouve directement sur la ligne de départ. Au Marathon de Paris 2026, on apprend que 61 % des coureurs Gen Z en étaient à leur tout premier marathon, ce qui fait plus d’une personne sur deux sur cette tranche d’âge. Pas une mise en jambes, pas un test — directement les 42 km, sans références chronométriques ni héritage de cadence. Le parcours parisien confirme d’ailleurs son statut de course des premières fois toutes générations confondues : près d’1 finisher sur 2 (47 %) franchissait la ligne pour la toute première fois, avec un temps médian de 4h02:31.
Là où l’histoire devient vraiment intéressante, c’est que les montres et Strava ont des données de course précises, au segment près. La Gen Z a souffert comme tout le monde : 45 % d’entre eux ont tapé dans le mur dans les 10 derniers kilomètres, leur allure ralentissant de plus de 10 %. Mais ils ne se sont pas arrêtés. Parmi ceux qui avaient déjà un record personnel, 84 % ont franchi la ligne en établissant un nouveau record et 18 % ont réussi un negative split, courant la seconde moitié plus vite que la première. Et 10 % de courageux ont gardé leur kilomètre le plus rapide pour le tout dernier.
Bref, de quoi redessiner l’idée reçue d’une génération de tire-au-flanc qui abandonnerait face à l’obstacle. Les données post-course de Strava dessinent une image radicalement différente : cette tranche d’âge qui rencontre le mur, qui souffre, et qui finit quand même… souvent plus vite qu’elle ne l’avait jamais fait.
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