Le MWC 2016 aura été pour nous l’occasion de mettre les mains sur la tablette Ubuntu de BQ, la fameuse Aquaris M10. Petit retour d’expérience.

Nous n’aurions pas pu être à Barcelone et au Mobile World Congress sans faire un tour sur le stand de la marque espagnole BQ. Car à défaut d’avoir connu un franc succès en France, on ne peut pas dire qu’elle n’innove pas. C’est chez elle qu’on trouve à peu près la seule tablette sous Ubuntu conçue avec une idée de convergence. Pour le dire vite, l’Aquaris M10 de BQ est à Ubuntu ce que la Surface Pro est à Windows : un hybride entre une tablette et un ordinateur de bureau qui dispose de deux interfaces distinctes pour l’une ou l’autre des configurations.

Caractéristiques techniques

Passons rapidement sur les caractéristiques techniques : la tablette de BQ fait tourner la version 15.04 d’Ubuntu sur un processeur quadruple cœur MediaTek MT8163A cadencé à 1,5 Ghz, épaulé par un GPU Mali-T720 MP2 et 2 Go de RAM. L’écran 10 pouces est défini en 1920×1200 pixels et l’Aquarius embarque, entre autres, un appareil photo 8 Mpix et une webcam de 5 Mpix . Côté stockage, vous aurez 16 Go dans la tablette et un port microSD qui permet d’étendre le stockage jusqu’à 200 Go. À part la RAM qui est un peu faiblarde pour un modèle censé faire tourner un véritable PC, la configuration n’est pas révolutionnaire mais paraît adaptée.

Au niveau d’Ubuntu, il s’agit d’une version un peu étrange. Canonical assure que LibreOffice, Firefox, Gimp et d’autres logiciels seront disponibles et la quasi-totalité des logiciels libres sont compilés pour X86 et processeurs ARM. Vous devrez donc retrouver la plupart des logiciels que vous utilisez au quotidien, à l’exception des logiciels propriétaires disponibles sur Linux. On pense par exemple à Steam : c’est au choix de Valve d’adapter son logiciel aux processeurs ARM, mais cela implique également une disponibilité des jeux… bref, une chaîne de conséquences qui nous fait nous dire que Steam n’est pas prêt d’être compatible avec Ubuntu sur processeur ARM.

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Ubuntu Touch, puisque c’est son petit nom, est livré sans le serveur graphique X.org mais embarque plutôt celui de Canonical, Mir, avec l’interface convergente Unity 8 et des applications en Qt et HTML — quand les logiciels de type Gimp restent en GTK. C’est une hybridation étrange que Canonical espère faire survivre tout seul : les technologies sont libres, mais pas grand chose n’est communautaire… à part le bug tracking. Voilà pour les informations de base, passons maintenant à la prise en main.

Prise en main de l’Aquaris M10

Le premier contact avec la tablette Ubuntu est déconcertant pour une raison bien simple : BQ a choisi de mettre le logo Aquaris à l’endroit où se trouve un bouton physique sur des tablettes plus mainstream. Et le logo de la gamme est… rond. En découvrant la tablette, on se prend donc à appuyer sur ce logo plusieurs fois en espérant que cela ramène au bureau ou que ce soit une sorte de fonction retour arrière. Mais ce n’est, bien entendu, que de l’encre injectée dans du plastique.

L’interface d’Ubuntu Touch est perturbante. Les différentes fenêtres qu’on fait passer de droite à gauche sont autant d’espaces dédiés à des univers : applications, news, vidéos, lecteur audio. C’est assez confus dans l’ensemble dans la mesure où il y a extrêmement d’information à l’écran : on a l’impression que l’efficacité a primé sur le confort. On ne peut pas dire non plus que l’ensemble est particulièrement joli, mais l’interface a le mérite d’avoir joué sur la neutralité. Des tons gris et blancs pour le fond, des icônes et des images pour les interactions : cela ne fera rêver personne mais conviendra à tout le monde.

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Les applications se lancent en plein écran : c’est plutôt chouette, mais il faudra prendre le coup pour revenir aux autres parties de l’interface (et ne pas retomber dans le piège du logo-faux-bouton). On passe d’une application à l’autre grâce à des glissements de doigts ou en faisant apparaître la barre de gauche, sorte de launcher personnalisé qui rappelle ce qu’a fait Samsung avec ses barres d’applis coulissantes ou Apple sur son iPad Pro. L’interface souffre de problèmes de lag à l’usage et la latence entre le passage d’une fenêtre à l’autre rappelle les heures sombres d’Android 3.0 : espérons que Canonical, qui s’intéresse aussi aux mobiles, améliore très rapidement son système… et en priant pour que ce ne soit pas à cause des petits 2 Go de RAM embarqués.

Quand la tablette détecte un clavier avec trackpad ou un duo clavier-souris, elle transforme l’interface en un Ubuntu traditionnel. Vous retrouverez toutes les fonctionnalités et les menus de la célèbre version de Linux. Les logiciels retrouvent un mode fenêtré, vous pouvez les minimiser ou les fermer et le système devient un véritable outil de productivité avec des logiciels déjà installés comme la suite bureautique LibreOffice ou l’éditeur de photo Gimp. Nous ne nous sommes pas attardés trop longuement sur ces derniers, mais tout a l’air de fonctionner sans aucun problème.

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Le clavier attaché par BQ à sa tablette était malheureusement très cheap et le trackpad, un enfer qui ne reconnaissait même pas le clic quand on tapait n’importe où sur sa surface (il fallait aller en bas à droite ou à gauche selon la fonction désirée) : difficile de se faire un avis éclairé sur l’ergonomie générale dans ces conditions. On espère simplement que la tablette ne rechignera pas à faire fonctionner des périphériques plus mainstream.

Conclusion

Pour conclure cette première prise en main de l’appareil, on ne peut pas dire que le système d’exploitation libre nous ait fait rêver dans sa version tactile ni que la tablette soit un bijou de technologie capable de rivaliser avec les grands du marché. Et c’est bien dommage de croire que les utilisateurs de Linux se contenteront d’un éternel lot de consolation : peut-être que le grand public serait plus touché par la distribution si elle était installée sur des modèles irréprochables. Mais c’est aussi un risque pour un constructeur d’entrer sur un marché de niche et on ne peut que saluer la tentative de BQ qui semble avoir livré un modèle de tablette Ubuntu bien fini et maîtrisé qui n’attend qu’à évoluer.

La tablette sortira en France un peu plus tard dans l’année et nous avons hâte de pouvoir vous fournir un test complet dans de meilleures conditions — et peut-être, avec une version plus aboutie du système !

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