DuckDuckGo s’est retrouvé en difficulté ce printemps, quand des reproches ont émergé contre lui. Le moteur de recherche a été accusé de ne pas bloquer certains outils de pistage de Microsoft. Aujourd’hui, DuckDuckGo annonce qu’il bloque les trackers litigieux.

C’est l’épilogue d’une controverse apparue ce printemps, et qui avait mis à mal l’image de marque de DuckDuckGo. Le moteur de recherche, qui s’est forgé une notoriété certaine sur le respect de la confidentialité et de la vie privée des internautes, avait été accusé de se montrer trop conciliant avec les outils de pistage utilisés par Microsoft.

Le problème avait été soulevé en mai 2022 par l’expert en sécurité informatique Zach Edwards, qui avait partagé un fil de discussion sur Twitter pour exposer le problème. Cette trouvaille avait suscité un vif mécontentement, compte tenu du positionnement de DuckDuckGo sur les questions de suivi en ligne. Il y avait une dissonance forte entre le discours et les actes. « Vous verrez que DuckDuckGo n’arrête PAS les flux de données vers LinkedIn de Microsoft ou de leurs domaines de publicité Bing », écrivait-il alors, en détaillant ses trouvailles.

DuckDuckGo. // Source : Numerama
DuckDuckGo est un moteur de recherche concurrent de Google, qui axe son discours sur la protection de la vie privée. Il est aussi éditeur d’un navigateur web désormais. // Source : Numerama

Les constats du spécialiste avaient trouvé un écho dans la presse anglophone et ailleurs. « Le navigateur DuckDuckGo autorise les trackers de Microsoft en raison d’un accord de recherche », avait titré Bleeping Computer. De son côté, 9to5Mac observait que « malgré sa solide réputation en matière de protection de la vie privée, DuckDuckGo donne l’autorisation à Microsoft d’utiliser des trackers ». « DuckDuckGo est confronté à un tollé à la suite de son accord de traçage avec Microsoft », écrivait The Next Web.

DuckDuckGo a lancé en décembre 2021 son propre navigateur web, axé sur la vie privée, dans l’espoir de venir défier Google Chrome sur ses terres. Et c’est dans ce logiciel que le nœud du problème résidait, pas dans le moteur de recherche en tant que tel. Il n’en demeure pas moins que cette affaire, même si elle ne concernait pas le produit principal de DuckDuckGo, jetait une ombre sur toute l’entreprise.

À l’époque, le fondateur de DuckDuckGo, Gabriel Weinberg, avait pris la parole pour expliquer la portée et les implications d’un contrat passé avec Microsoft, sur Twitter, mais aussi sur des plateformes comme Reddit — en témoigne cette longue réponse publiée sous l’un des articles de presse mentionnés plus haut. Il précisait que dans l’ensemble, les outils de pistage de Microsoft étaient neutralisés quand même, y compris les cookies tiers et le « fingerprinting ». Que ce n’était pas open bar non plus, d’une certaine façon.

Mais deux mois plus tard, changement de ton.

DuckDuckGo neutralise désormais Microsoft

Dans un billet de blog publié le 5 août sur le site officiel, Gabriel Weinberg admet que la situation précédente n’était pas adéquate. « Nous n’avons pas répondu à leurs attentes en ce qui concerne l’une des protections de notre navigateur en matière de suivi des sites web », reconnaît-il. Elle résultait « d’une exigence de politique liée à notre utilisation de Bing comme source pour nos résultats de recherche ».

DuckDuckGo n’avait pas les coudées franches pour appliquer ses outils de protection contre le chargement de traceurs tiers sur les scripts de suivi de Microsoft. Cette exigence n’est plus, assure Gabriel Weinberg, ajoutant à toutes fins utiles qu’il n’existe aucune autre limitation similaire avec une autre entreprise. En filigrane, il ne pourra plus y avoir d’autre polémique identique qui pourrait éclater prochainement.

« Nous n’avons pas répondu aux attentes du public en ce qui concerne l’une des protections de notre navigateur en matière de pistage des sites »

Gabriel Weinberg

Le nouveau régime de DuckDuckGo fait que les outils de Microsoft seront ajoutés à la liste des scripts de suivi tiers dont le chargement sur les pages est bloqué. Cela commence avec les applications pour mobile (iOS et Android), ainsi que les extensions pour navigateur (Chrome, Firefox, Safari, Edge et Opera). Suivront en septembre les applications en version bêta.

D’autres dispositions ont été annoncées.

Sur le pistage de la publicité, Gabriel Weinberg explique que les annonces peuvent être complètement désactivées dans la recherche de DuckDuckGo. L’entreprise est en train d’élaborer une solution semblable à ce que font déjà Firefox et Safari pour que les publicités ne soient pas traçables. Une fois en place, ce système pourra être un point d’équilibre entre respect de la vie privée des internautes et économie des sites.

Quant à la transparence et à la communication en direction du public, DuckDuckGo entend aussi progresser. L’entreprise a partagé sur GitHub sa liste de blocage des trackers et a actualisé ses pages d’aide pour renseigner les internautes sur ses moyens de limiter et bloquer le pistage en ligne. Quelques autres outils du moteur de recherche ont aussi été remis à niveau, pour plus de clarté.