L’Opabinia regalis était connue comme la seule espèce de son genre, en plus d’avoir une morphologie très étrange. L’analyse d’un fossile montre qu’elle n’était pas seule.

C’est une découverte paléontologique merveilleuse et bizarre à la fois : en analysant un fossile, une nouvelle espèce a été identifiée dans l’un des genres désormais éteints les plus étranges du monde animal.

Jusqu’à présent, on ne connaissait qu’une seule espèce au genre, désormais éteint, des Opabinia. Appelée Opabinia regalis, cette espèce qui habitait dans les fonds marins avait été documentée pour la première fois en 1912, puis popularisée par le célèbre biologiste Stephen Jay Gould. Les fossiles avaient été retrouvés dans des dépôts datant du Cambrien — située entre −541 millions et −485,4 millions d’années avant notre ère.

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Illustration de ce à quoi pourrait ressembler l’Opabinia regalis. // Source : Junnn11/Wikimédias/illustration d’artiste

Chaque espèce a ses particularités, mais celle-ci peut aisément être définie comme n’étant pas « comme les autres ». Opabinia regalis avait cinq yeux : deux paires pédonculées sur les côtés, et l’un au centre. Son corps est celui d’un arthropode au corps mou, mesurant entre 43 et 70 mm. Aux cinq yeux, s’ajoute une longue trompe (qui ne trouve aucun équivalent parmi les espèces du Cambrien), dont la flexibilité lui permettait d’atteindre la bouche. La trompe lui permettait sans doute de se nourrir, d’autant qu’il y avait des épines au bout.

Exactement un siècle après la découverte de cette espèce, des travaux publiés le 9 février 2022 documentent une nouvelle espèce appartenant au genre Opabinia. Son nom : Utaurora comosa.

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Illustration d’artiste d’Utaurora comosa, à partir du fossile. // Source : Artwork de F. Anthony

« La merveille la plus étrange du Cambrien n’est plus seule »

Les fossiles d’Utaurora comosa avaient été initialement trouvés en 2008, dans des sédiments du Cambrien vieux de 500 millions d’années. L’espèce avait alors été classifiée comme appartenant au genre des Radiodonta, qui faisait partie des plus dominants, en nombre, à l’époque cambrienne. Mais c’était une erreur, et le biologiste Stephen Pates en a eu l’intuition dès qu’il en a vu un spécimen — qui, selon lui, ne ressemblait pas vraiment au genre Radiodonta.

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Fossile d’Utaurora comosa // Source : Photographie par S. Pates.

C’est ce qui l’a conduit, avec son équipe, à lancer une étude mobilisant les dernières méthodes établies de phylogénétique — approche qui retrace l’arbre généalogique des espèces. Toutes les analyses et les tests morphologiques menés ont confirmé qu’Utaurora comosa relève bel et bien de l’Opabinia. Énormément de spécimens du genre Radiodonta ont également été découverts depuis 2008, ce qui permet aux scientifiques de mieux connaître ce genre. De fait, les différences de ce spécimen en particulier devenaient bien plus visibles. Résultat, les analyses ont permis de déterminer une proximité de 68 % avec les Opabinia regalis, mais de seulement 0,04 % avec les Radiodonta, ce qui laisse assez peu de place au doute.

Cela signifie qu’il y a désormais deux espèces identifiées du genre Opabinia qui, en tant que genre (un ensemble d’espèces) demeure unique. « La merveille la plus étrange du Cambrien n’est plus seule », écrivent les scientifiques dans leur étude.