Le vaisseau transportant l’équipage Crew-13 a rejoint la Station spatiale internationale après tout juste huit heures de vol. Du jamais vu pour les États-Unis, mais une réussite qui tient avant tout à la chance.

Pour rejoindre la Station spatiale internationale (ISS), un vaisseau doit rattraper une cible en mouvement. L’ISS file à 28 000 km/h, à environ 400 kilomètres d’altitude. Au sol, les fusées doivent attendre une météo favorable et respecter des fenêtres de tir précises. Selon la position de la station au moment du décollage, le trajet peut donc durer de quelques heures à plus d’une journée.

Le fait est que le dernier vol vers la station a été très rapide. Partie de Floride ce jeudi 1er octobre à 17h10 (heure de Paris), la capsule de l’équipage Crew-13, qui vient relever Sophie Adenot et ses coéquipiers, s’est amarrée à l’ISS à 1h05 dans la nuit de jeudi à vendredi, 7 heures et 55 minutes après le décollage.

D’habitude, une Crew Dragon met entre 15 et 30 heures environ pour rattraper la station. Mi-février, pour le vol de la Française, il avait fallu compter 34 heures entre le départ et l’amarrage à la station.

Des trajets de 34 heures, d’autres de 3 heures

Le vaisseau était le même, une capsule Crew Dragon, tout comme la fusée, une Falcon 9 de SpaceX.

Pourquoi un tel écart ? Julianna Scheiman, directrice des programmes Dragon et des missions scientifiques de la Nasa chez SpaceX, a donné quelques indications durant une conférence de presse après le lancement : « Nous avons été chanceux cette fois. L’ISS était à un emplacement pratique dans l’espace, et la mécanique orbitale, toute la physique autour… Tout a fonctionné pour obtenir le trajet le plus court entre le lancement et l’amarrage que nous ayons eu jusqu’ici. »

Ces 7 heures et 55 minutes battent largement le précédent record d’un vaisseau américain, 12 heures et 33 minutes, établi en novembre 2024 par une capsule cargo Dragon (mission CRS-31), rappelle Space.com. Pour un équipage, le record américain était de 14 heures et 43 minutes, signé Crew-11 en août 2025. Selon Julianna Scheiman, Crew-13 s’approche du trajet le plus court possible pour une Dragon. Cela dit, d’autres ont fait beaucoup mieux.

sièges spacex crew dragon
L’intérieur d’une capsule Dragon, pouvant accueillir 4 astronautes à son bord. // Source : SpaceX

Le record absolu appartient à la Russie. Le 14 octobre 2020, le vaisseau Soyouz MS-17 a rejoint l’ISS 3 heures et 3 minutes après son décollage de Baïkonour, au Kazakhstan. Une performance que l’on ne doit pas à la puissance du vaisseau ou de la fusée. Le lieu de lancement joue aussi, mais à la marge.

À Cap Canaveral, en Floride, d’où partent les fusées SpaceX, les orages sont fréquents et l’espace aérien et maritime autour du pas de tir est parfois encombré, ce qui réduit les fenêtres de tir. À Baïkonour, les opérateurs russes ont moins de contraintes de ce type pour choisir leur moment.

La vitesse n’est pas forcément le but recherché

La principale différence tient au vaisseau lui-même. Les capsules Soyouz, toujours en service, sont bien moins confortables que les Crew Dragon. Plus modernes et plus spacieux, les vaisseaux de SpaceX sont adaptés à des trajets longs. La sobriété des capsules Soyouz pousse au contraire à chercher les trajectoires les plus courtes. Le confort de l’équipage est l’un des avantages de ces profils rapides, relève une étude d’ingénieurs d’Energia, le constructeur du Soyouz, publiée en 2020. Les opérateurs cherchent donc à réduire le plus possible les temps de voyage, avec seulement deux orbites avant de rejoindre l’ISS.

Les Soyouz peuvent se permettre ces trajets rapides grâce à leur longue expérience. En 2020, Soyouz MS-17 était déjà le 145e vol habité de ce vaisseau, en service depuis 1967. Un retour d’expérience qui permet aux opérateurs de se lancer dans des trajectoires dites plus agressives. Malgré leur succès, les capsules Dragon, elles, ne transportent des humains que depuis 2020 et la Nasa ne veut pas encore prendre de risques supplémentaires pour gagner quelques heures.

capsule navette Soyouz
Le vaisseau Soyouz TMA-10M. // Source : NASA on The Commons

SpaceX et la Nasa laissent à l’équipage le temps de calibrer les instruments du vaisseau. Les deux partenaires retiennent la trajectoire la plus sûre. D’autant plus que le confort de la capsule rend un voyage long plus supportable que s’il s’agissait d’un Soyouz. Si un futur vol Dragon fait mieux que Crew-13, il le devra, lui aussi, à la position de l’ISS au moment du décollage.

Découvrez les bonus

+ rapide, + pratique, + exclusif

Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l'I.A, contenus exclusifs et plus encore.

Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.

S'abonner à Numerama+

Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci

Il y a une bonne raison de ne pas s'abonner à

Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.

Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :

  • 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
  • 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
  • 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.

Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.

S'abonner à Numerama+
Toute l'actu tech en un clien d'oeil

Toute l'actu tech en un clin d'œil

Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !


Un édito exclusif, un guide, une reco de lecture et l’agenda de la rédaction : c’est ce que vous trouverez tous les jeudis dans ToujoursPlus, la newsletter tech écrite par Julien Cadot. Inscrivez-vous gratuitement ici !