L’entreprise américaine Rainmaker affirme avoir fabriqué de la pluie au-dessus de l’Alaska, en mesurant exactement la quantité d’eau tombée. Une réalisation qui relance un vieux débat : peut-on vraiment contrôler la météo ?

Le 24 août 2026, l’entreprise californienne Rainmaker a publié un rapport sur deux jours d’opérations menées au-dessus de la péninsule de Kenai, en Alaska. Ses drones ont dispersé de l’iodure d’argent dans les nuages les 22 et 23 août, et la société affirme avoir généré entre 45 et 65 acre-pied d’eau en plus, 57,6 en moyenne.

L’acre-pied est utilisé comme unité de volume aux États-Unis. Un acre-pied correspond à environ 325 851 gallons d’eau, soit 1 233 m3.

Cette unité américaine parle peu en France : cela correspond à environ 70 000 m³, soit un peu moins de 30 piscines olympiques de pluie et de neige supplémentaires, sur trois heures. La nouveauté réside surtout dans la mesure, car Rainmaker affirme pouvoir chiffrer précisément cette pluie artificielle.

« Pour vous donner une idée, nous avons fourni une quantité d’eau correspondant à la consommation annuelle d’environ 150 foyers américains. En 3 heures. Avec 2 drones », résume sur X Augustus Doricko, fondateur et patron de l’entreprise.

L’ensemencement des nuages n’est pas une nouveauté. La technique a été découverte (accidentellement) en 1946 à New York au sein des laboratoires de General Electric, et une poignée d’États américains l’utilisent depuis des décennies pour gonfler l’enneigement.

Fondée en 2023 et installée à El Segundo, en Californie, Rainmaker propose de moderniser cette technique, avec sa propre flotte de drones et un système radar de suivi. Augustus Doricko en a fait son cheval de bataille : refaire monter le niveau du Grand Lac Salé et lutter contre la sécheresse dans l’Ouest. « Ce qui compte, c’est de mesurer physiquement que nous avons influencé l’atmosphère, assure-t-il dans un tweet, de prouver que nous avons produit de l’eau. »

Créer la pluie : comment fonctionne l’ensemencement des nuages

Comment fait-on tomber la pluie, concrètement ? Ce qu’on a découvert à la fin des années 1940, c’est que les cristaux d’iodure d’argent (un composé inorganique et photosensible) peuvent former des cristaux de glace en présence d’un peu de vapeur d’eau. En effet, l’iodure d’argent possède une structure cristalline très proche à celle de la glace naturelle. Dispersé dans un nuage — dans certaines conditions atmosphériques spécifiques – , il attire les gouttelettes d’eau qui s’y fixent. Elles s’agglomèrent en cristaux qui grossissent, puis finissent par tomber en neige ou en pluie lorsqu’elles sont suffisamment lourdes.

Un point, qui fait parfois l’objet de polémiques, est martelé sur le site même de l’entreprise : cette technique ne permet jamais de créer un nuage à partir d’un ciel bleu. « Notre technologie agit sur les nuages existants ; il est impossible de provoquer des précipitations s’il n’y a pas de nuages au départ », souligne Rainmaker.

Le défi : prouver qu’une pluie est vraiment artificielle

C’est le grand défi de toute cette discipline. Comme la météo est chaotique et qu’il n’existe aucun nuage témoin, il est impossible de dire avec certitude qu’une averse donnée vient de l’ensemencement plutôt que du hasard. Aux États-Unis, le Government Accountability Office, l’organe d’audit du Congrès, classe d’ailleurs les bénéfices de la technique comme difficiles à évaluer, avec un gain de précipitations estimé entre 0 et 20 %.

Face à cette difficulté, Rainmaker propose une parade. Une fois que les drones ont largué les matériaux d’ensemencement dans les nuages ciblés, la validation se fait par un système de radars, qui « surveillent et vérifient en temps réel l’augmentation des précipitations », explique Rainmaker sur son site. Des « signatures d’ensemencement », des motifs distincts de la pluie naturelle, sont repérées au sein des précipitations.

Un drone utilisé par Rainmaker. // Source : Capture YouTube Rainmaker Technology Corporation
Un drone utilisé par Rainmaker. // Source : Capture YouTube Rainmaker Technology Corporation

La méthode s’appuie sur SNOWIE, une campagne de recherche de 2017 qui avait démontré au radar l’effet du procédé. En avril, l’entreprise s’était déjà présentée comme la première société privée à valider ses résultats, avec 82 signatures et 143 millions de gallons d’eau – environ 540 000 m³ – revendiqués pour l’Utah et l’Oregon, l’équivalent de la consommation annuelle de quelque 1 750 foyers américains. L’opération d’Alaska sert de démonstration supplémentaire, dans une nouvelle région et à une autre période de l’année.

Pas un remède miracle contre la sécheresse, mais c’est mieux que rien

Les volumes restent modestes, et Rainmaker l’assume d’ailleurs, expliquant sur sont site que « l’ensemencement des nuages permet d’obtenir, à court terme, des augmentations modérées et prévisibles des précipitations ». Mais le pari est fait au long terme, avec l’espoir que ces gains accumulés permettent de véritables changements (recharger les nappes phréatiques).

Mais il faut des nuages au départ, déjà formés, pour que cela soit possible. L’ensemencement n’est donc pas une réponse clé en main à la sécheresse. En période de sécheresse, justement, il y a moins de nuages exploitables, donc moins d’occasions d’agir. Comme le raconte le New York Times, ces opérations se multiplient malgré tout dans un Ouest américain frappé par la sécheresse, où chaque goutte compte.

Le choix de l’Alaska n’est pas non plus anodin : la région est déjà en première ligne du réchauffement, entre records de chaleur et glaciers qui fondent à vue d’œil. Modifier la météo, ou carrément le climat, fait fantasmer les ingénieurs depuis longtemps – jusqu’à imaginer un barrage géant entre la Russie et l’Alaska pour sauver les courants océaniques.

Au final, l’ensemencement est présenté comme une façon d’extraire un peu plus d’eau de nuages qui auraient de toute façon donné de la pluie. Il ne fera pleuvoir aucun ciel dégagé et ne mettra pas fin à une sécheresse à lui seul. L’avancée de Rainmaker tient surtout à la mesure, précieuse pour les États qui décident d’y mettre de l’argent ; elle reste un complément aux économies d’eau. Le remède miracle, lui, n’existe toujours pas.

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