Passer la nuit dans sa voiture quand il fait 30 degrés dehors, c’est tentant : une électrique peut tenir la clim toute la nuit, sans « allumer son moteur », contrairement à une thermique. Mais pas tout le monde est égal à ce sujet.

La question revient chaque été, depuis que la France commence à s’équiper en voitures électriques : peut-on dormir dans sa voiture pour échapper à la chaleur ? Dans notre pays, c’est en principe autorisé. Le Code de la route ne l’interdit pas. Il faut juste se garer sur un emplacement légal, sans gêner la circulation ni créer de trouble à l’ordre public. Le hic, c’est que certaines communes l’interdisent par arrêté municipal : Paris en fait partie, comme Lyon, Nice, Cannes ou Saint-Tropez, ainsi que les parcs et littoraux protégés. Et sur certains lieux, comme une aire d’autoroute, on peut rester dans la voiture sans dépasser la durée autorisée, souvent 24 heures (ce qui est large pour une nuit de sommeil, on en convient).

Là où la voiture électrique change la donne, c’est sur le confort. Une thermique ne peut pas maintenir la climatisation moteur coupé : le compresseur de clim tourne grâce au moteur. Pour avoir de l’air frais toute la nuit, il faudrait laisser tourner le moteur, ce qui consomme du carburant et fait du bruit. Une électrique, elle, pioche directement dans sa batterie. La clim peut donc fonctionner sans moteur, en silence, toute la nuit. En clair, si vous avez une voiture électrique, vous avez un petit espace climatisé à vous, qui peut théoriquement prendre le relai quand votre appartement non climatisé vous a mis à bout de nerf ou de fatigue.

Le mode Camping de Tesla, l’exemple le plus connu et le plus efficace

Tesla a popularisé l’idée de dormir dans une voiture électrique avec son mode Camping. Le principe est simple : la voiture en position parking maintient la température de l’habitacle, réduit ou éteint toutes les distractions lumineuses (l’écran passe en off au bout de 10 minutes) et alimente les ports USB, sans vider la batterie trop vite. Selon le manuel d’utilisation de la Model 3, ce réglage permet d’alimenter les appareils électroniques et de maintenir la température de l’habitacle tant que le niveau de charge le permet.

Tesla précise qu’il faut au moins 20 % de batterie pour activer ces fonctions, et qu’il vaut mieux les éviter quand la charge est faible. Notez en revanche que le roi du mode camping, c’est le Model Y : avec son coffre gigantesque, son hayon et son toit vitré, il permet d’avoir un lit vraiment confortable une fois les sièges rabattus. J’en ai fait l’expérience ce week-end, avec un bébé dans un cosy bien calé sur le siège avant passager et deux adultes à l’arrière, c’était royal.

Concrètement, ça consomme combien ? Tesla annonce environ 1 % de batterie par heure d’utilisation du mode camp. Sur une nuit, on tourne autour de 7 à 10 % perdus, selon la météo et les réglages. Autrement dit, vous vous réveillez avec largement de quoi reprendre la route. C’est l’argument que la marque met en avant face au camping-car : une nuit climatisée pour une poignée de pourcents. Et si vous êtes branchés, vous n’avez aucune question à vous poser, la voiture continuera sa charge tranquillement (c’était mon cas, car stationnement dans un parking privé non loin d’une résidence, avec ma fidèle rallonge de 20 mètres qui est un des achats indispensables de la conduite électrique).

Un Tesla Model Y en mode Camping // Source : Julien Cadot pour Numerama
Un Tesla Model Y en mode Camping // Source : Julien Cadot pour Numerama

Attention quand même, un point de vigilance souvent oublié, le mode Sentinelle (la surveillance par caméras) et l’alarme se coupent en mode camping. La voiture verrouille toujours ses portes, mais elle ne filme plus son environnement pendant que vous dormez.

La clim de nuit, vraiment indolore pour la batterie ?

La climatisation reste moins gourmande qu’on l’imagine — même celles dans nos appartements. En roulant, on estime qu’elle consomme 1 à 2 kW pour 100 km, soit 5 à 10 km d’autonomie grignotés. À l’arrêt, c’est encore plus raisonnable, surtout sur les modèles équipés d’une pompe à chaleur, comme les Tesla de série, plus économe qu’une simple résistance électrique. Pour vous donner un ordre de grandeur : refroidir consomme bien moins que chauffer en hiver, où le chauffage peut pomper 3 à 4 kW.

Mais la chaleur ne touche pas que le confort. Elle attaque aussi la batterie. Les cellules lithium-ion travaillent au mieux entre 20 et 25 °C. Selon Engie, elles commencent à se dégrader autour de 50 °C et supportent très mal les températures au-delà de 70 °C. Or, sous le soleil, l’habitacle d’une voiture peut dépasser 50 °C. Le système de gestion thermique de la batterie va donc se déclencher pour la refroidir, et ça consomme aussi de l’énergie. Tesla, encore eux, propose également une fonction de « protection de l’habitacle » qui déclenche la climatisation quand la température intérieure grimpe trop.

En clair, tant que le thermomètre reste sous 30 °C, l’autonomie n’est quasiment pas affectée. Au-delà, certaines études font état de pertes pouvant atteindre 30 % sur les modèles les moins bien équipés. Pour une nuit, le réflexe reste de se garer à l’ombre et d’utiliser des pare-soleil : moins l’habitacle chauffe, moins la clim et le refroidissement de la batterie ont à travailler.

Les bonnes pratiques avant de tenter le coup

  • Vérifier qu’aucun arrêté municipal n’interdit de dormir dans un véhicule à l’endroit choisi : à Paris… c’est non.
  • Se garer sur un emplacement autorisé et, sur un parking privé, demander l’accord du propriétaire ou de l’exploitant.
  • Ne pas transformer la voiture en campement : pas de chaises ni de table dehors, restez discrets.
  • Si vous avez bu, évitez de vous installer au siège conducteur : c’est bête, mais ça peut compliquer un contrôle de police.
  • Partir avec une batterie suffisamment chargée et se garer à l’ombre pour limiter la consommation de la clim.

Dormir dans une électrique par forte chaleur tient donc la route (haha), à condition de respecter le cadre légal et de garder un œil sur la charge. Pour une nuit de repos, visez un parking où le stationnement nocturne est toléré, batterie au moins à moitié pleine. Et si vous avez la chance d’avoir un accès à la nature autour de vous, c’est aussi l’occasion de faire une vraie nuit à la belle étoile, avec un réveil sympa en bonus.

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