YouTube Premium va mettre en ligne ce 19 septembre à 18h ses deux premières séries françaises originales, qui émanent respectivement du Studio Bagel et de Golden Moustache. Un pari audacieux, au succès en point d'interrogation.

YouTube doit mettre en ligne, ce 19 septembre 2018 à 18h, les 10 épisodes de chacune de ses deux premières séries françaises, Groom et Les Emmerdeurs. Ces comédies (pure pour l’une, dramatique pour l’autre), viennent s’ajouter à la soixantaine de productions originales du service payant YouTube Premium dans le monde.

La filiale de Google a lancé YouTube Premium en juin dernier, qui remplace l’offre YouTube Red. Pour 11,99 euros par mois, les abonnés ont accès à la plateforme sans publicité mais aussi au service de musique en streaming YouTube Music Premium, ainsi qu’à ces fameux programmes exclusifs produits par le géant américain. Pour rappel, vous payerez plus cher si vous acheter votre abonnement via l’Apple Store.

Grille de tarifs. // Source : YouTube

Des budgets tenus secrets

Ne cherchez pas à savoir combien ont coûté Groom et Les Emmerdeurs à fabriquer : YouTube s’inscrit dans la lignée des Netflix et autres plateformes pour qui les chiffres doivent rester secrets — tout juste les équipes concèderont avoir «  eu les moyens de faire ce qu’elles voulaient ». Le résultat est en effet visible : les épisodes sont tournés en 4k, les effets spéciaux des Emmerdeurs sont de très bonne facture.

Groom // Source : YouTube Premium

Pour comparer les budgets de production avec ceux des diffuseurs français historiques concurrents comme TF1, Arte, ou encore OCS, il faudra donc repasser. Si on peut supposer que les sommes débloquées sont plus élevées que ce que ladite plateforme d’Orange (connue pour donner beaucoup de liberté aux créateurs mais un budget restreint) on retrouve en revanche des similitudes dans le profil des artistes aux commandes : beaucoup d’hommes, trentenaires, blancs, drôles, qui travaillent dans le milieu depuis des années.

Groom est produit par Studio Bagel (3,2 millions d’abonnés sur YouTube), Les Emmerdeurs par Golden Moustache (également 3,2 millions d’abonnés à leur chaîne), soit les deux studios français les plus connus et respectés du milieu de l’humour français en ligne. Sur la plateforme gratuite de YouTube, les sketchs atteignent facilement les millions de vues. En sera-t-il de même pour l’option payante ?

« Avoir une audience déjà installée est important »

« C’est entré dans les mœurs, de payer pour des contenus de qualité », affirme Lorenzo Benedetti, prolifique producteur de Studio Bagel, qui a récemment vendu les droits d’adaptation de la mini-série Calls au géant Apple. « Et puis, on n’est pas la seule pièce maîtresse  [de l’offre YouTube Premium] ».

Les équipes des deux séries étaient réunies le 18 septembre pour échanger avec la presse, avant la grande avant-première au Grand Rex, où YouTube attendait « 2 000 fans », a expliqué Justine Ryst, directrice en charge des partenariats YouTube pour l’Europe du Sud, auprès de l’AFP. « C’est important dans l’équation, d’avoir une audience déjà installée (…) C’est plus facile que de partir de zéro », a-t-elle ajouté.

Comment se faire une place dans le paysage des séries françaises ?

Le partenariat semble gagnant-gagnant pour les deux parties  : YouTube Premium s’offre des contenus originaux en France pour étoffer son offre et faire parler d’elle, tandis que Studio Bagel et Golden Moustache obtiennent les moyens de produire des séries plus longues (compter 10 épisodes d’une vingtaine de minutes par production) et de meilleures qualités.

Au niveau de YouTube, les deux programmes seront ajoutés au service Premium mondialement, sous-titré dans les langues de la dizaine de pays où la plateforme a déjà été lancée.

« Évidemment Groom n’a aucun sens en une seule saison, il en faudrait des dizaines ! » rigole Axel Maliverney, présenté comme showrunner de la série — un fait assez rare en France pour être noté. Du côté de YouTube, on s’affiche beaucoup plus prudent : aucune saison 2 n’est prévue pour l’instant. C’est pourtant l’un des enjeux clés de ces nouveaux modes de production : parvenir à faire durer des séries sur la longueur, et non pas seulement les considérer comme des produits d’appel qui finissent par tomber dans l’oubli, éternellement remplacés par de nouveaux projets.

Les Emmerdeurs // Source : YouTube Premium

À l’heure où nous écrivons ces lignes, nous n’avons pu voir que deux épisodes de Groom et un des Emmerdeurs (YouTube fournissait l’épisode 1 et l’épisode 3, embêtant pour une production pensée comme « feuilletonnante »). En attendant de pouvoir publier une critique plus détaillée des deux séries, on soulignera une qualité de réalisation globale réussie ainsi que de très hautes ambitions. Il faut dire que les équipes ont des références bien installées dans le paysage, de 30 Rock et Brooklyn Nine-Nine pour Groom à la britannique Misfits pour les Emmerdeurs.

Avec ses allures de sitcom en multicaméras, Groom a de quoi s’installer comme une série que l’on peut picorer (un épisode, un client, une histoire relativement bouclée) — même si on imagine plutôt les internautes céder aux fougues du binge-watching et avaler les 10 épisodes de 22 minutes en une soirée. Du côté des Emmerdeurs, l’équipe semble plutôt chercher à toucher une fan-base à la Hero Corp ou auVisiteur du Futur, avec ses accents science-fictionnesques et son intrigue développée sur une saison. Le public sera-t-il au rendez-vous ? Nous aurons bientôt la réponse — en espérant que YouTube affiche le compteur des vues sous les épisodes, ce qui n’est pas le cas pour toutes ses productions Premium.

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