Alors que cela fait bientôt un an et demi qu’on attend (au moins) une date de sortie pour The Duskbloods, la première exclusivité Nintendo Switch 2 conçue par un tiers capable de créer l’événement n’est autre que le très prometteur Orbitals, premier jeu du studio japonais Shapefarm. Annoncé en pleine cérémonie des The Game Awards, il a immédiatement capté l’attention de nombreux joueurs fascinés par une proposition en écran splitté rappelant évidemment It Takes Two ou Split Fiction, deux titres acclamés par la critique mais résolument pensés pour des joueurs expérimentés.
Cependant, lors de notre preview du titre édité par Kepler (qui, décidément, semble sentir les bons coups), nous avions eu le sentiment d’une proposition plus accessible que les deux chefs-d’œuvre du studio de Josef Fares.
Points forts
- Un mariage technico-artistique génial comme rarement vu dans un jeu vidéo
- Hyper ingénieux et rempli de bonnes idées de gameplay asymétrique
- Une expérience accessible à beaucoup plus de profils que It Takes Two ou Split Fiction
Points faibles
- Scénario beaucoup trop prévisible en dépit de personnages attachants
- Le framerate (volontaire) peut perturber durant les phases d’action
- Trop court (et trop facile pour les habitués du genre), et dénué de rejouabilité
Orbitals, ou Voyager Superheroes
Développé par une toute nouvelle équipe basée à Tokyo, mais constituée en bonne partie de développeurs occidentaux, Orbitals est donc un jeu d’action-aventure exclusivement coopératif s’inspirant ouvertement de la référence du genre que constitue It Takes Two. Son autre influence majeure, encore plus visible, est basée de manière plus qu’assumée sur l’animation japonaise à la Cowboy Bebop ou Neon Genesis Evangelion, quand elle ne rappelle pas Interstella 5555 (vous savez, cette fusion magique entre le dessinateur d’Albator et la musique de l’album Discovery de Daft Punk). L’objectif : nous faire vivre l’aventure de deux explorateurs de l’espace, au style mi-Sailormoon mi-Ranma ½, en quête de ressources permettant de sauver toute une colonie spatiale.

Orbitals ayant l’intention d’impliquer autant les deux joueurs l’un que l’autre, vous n’aurez qu’un seul choix à faire au moment de débuter votre aventure : incarner Maki ou Omura, deux personnages attachants, et non dénués de personnalité. L’expérience peut se vivre aussi bien en local sur le même écran, que chacun sur sa console via GameShare (en local ou en ligne) mais dans tous les cas, elle se vivra en écran splitté 99 % du temps et il ne faudra payer le jeu qu’une seule fois. Il n’y a aucune différence entre les deux héros d’un point de vue aptitudes, ceci d’autant plus que les outils dont vous vous équiperez (que ce soit dans le vaisseau servant de « hub » central ou au sein même des niveaux constituant les chapitres) sont identiques. Cela constitue un point positif plus que notable : à moins d’avoir tous deux un crush sur le même personnage, votre choix n’impactera en rien l’expérience.

Bruce Splitscreen
Le schéma de progression d’Orbitals est assez simple, puisqu’il consiste en des allers-retours entre les niveaux du jeu et ce vaisseau central où s’équiper d’outils de base. À noter que l’on peut aussi y jouer à des mini-jeux que l’on débloque durant l’aventure, constituant le seul « collectible » récompensant vaguement une exploration que l’on qualifiera d’inexistante. L’intérêt du jeu est ailleurs : progresser au sein d’une aventure très linéaire, mais semée d’embûches qui nécessiteront de réfléchir à deux, le temps de cerner comment résoudre les énigmes conçues par Shapefarm. À ce niveau, le studio fait vraiment merveille tant les puzzles sont intelligents, variés et jamais inutilement tordus. On les résout avec satisfaction, sans jamais ressentir de frustration, et même les phases de plateforme requérant un peu de coordination sont rapidement domptées.

Entre chaque niveau / chapitre, il arrive que notre duo soit amené à se déplacer dans l’immensité de l’espace, soit en flottant dans leurs combinaisons, soit en dirigeant le vaisseau en duo (l’un pilote, l’autre utilise une tourelle pour attaquer les potentielles menaces). Cela permet de bien rythmer une aventure qui ne souffre d’aucun temps mort, et se voit régulièrement entrecoupée de cinématiques super chouettes, dont on ne saurait vous vendre la direction artistique qu’avec des trailers cinématiques qui parlent mieux que des mots. Rassurez-vous, la séquence ci-dessous ne spoile rien puisqu’il s’agit de l’introduction :
Et puisqu’on en parle, sachez que Orbitals jouit de doublages français d’excellente facture, s’étant même permis le luxe d’accueillir la légende Brigitte Lecordier dans son casting. Nous étions initialement partis pour la version japonaise avant de tenter une VF finalement excellente qui nous a accompagnés jusqu’au bout de l’aventure. Sur le plan audio, Orbitals est également un régal, offrant également une bande-son là encore totalement dans l’esprit de sa direction artistique « années 80 », faite de synthétiseurs ringards mais si réconfortants. Là où It Takes Two et Split Fiction constituaient des œuvres matures parfois carrément anxiogènes, Orbitals est le dessin animé réconfortant du goûter. C’est peut-être du côté de cet aspect « jeu canapé tout gentil » que se situent d’ailleurs l’ensemble de ses rares défauts, mais qui nous ont un peu fait tiquer.

Easier, better, shorter, stronger
Tout d’abord, l’écriture d’Orbitals manque un peu de profondeur. Si les personnages sont franchement attachants, le seul ressort scénaristique majeur du titre de Shapefarm est ultra prévisible, et nous l’avons cramé dès sa première faiblesse. Cela n’empêche pas l’histoire d’être touchante, mais on a alors fini par comprendre que le jeu n’avait pas d’ambitions folles à ce niveau. C’est d’ailleurs sans doute pour cette raison qu’il se plie en une demi-douzaine d’heures (on écrit comme ça pour ne pas dire « à peine six heures »), ce que la quasi-absence de rejouabilité n’aide pas à gonfler. On ne va pas vous mentir, autant on n’avait pas envie que cela s’éternise à coups de longueurs injustifiables, autant c’est vraiment court.

Si l’efficacité indéniable de la proposition de Shapefarm va clairement ravir de nombreux profils de joueurs plus occasionnels, offrant au passage la possibilité de courtes sessions à deux qui s’apprécient comme une bonne série, il y a fort à parier que les plus expérimentés en ressortiront un chouia frustrés. Les idées de gameplay sont tellement nombreuses et malines que l’on regrette régulièrement de ne pas en profiter plus longtemps, voire de les voir réutilisées plus tard dans l’aventure.

Bon, et finissons sur un détail de vieux grincheux. À l’heure où le 60 fps est devenu quasiment la norme (oui, même chez Nintendo), et où seul Grand Theft Auto VI se permet de rappeler que 30 fps, ce n’est pas si mal, le choix de framerate d’Orbitals pose un peu question. Oui, limiter le taux d’images par seconde avec des personnages animés en slow-motion, c’est cohérent avec la direction artistique et les cinématiques. Le souci, c’est que cela a vraiment tendance à ralentir l’action, et à rendre certaines séquences de plate-forme ou de tir un peu molles. Cependant, on comprend l’intention artistique derrière, et il y a fort à parier que la grande majorité des joueurs s’en accommodera très bien, d’autant plus qu’on n’a jamais autant eu l’impression de jouer dans un anime des années 80. Et vu que c’est ça avant tout, le projet de Shapefarm avec Orbitals, il est plus que réussi et nous serions vraiment de mauvaise foi si nous ne recommandions pas chaudement cette expérience vraiment très cool, qu’on aurait juste aimé voir durer un peu plus longtemps…

Le verdict
On a aimé
- Un mariage technico-artistique génial comme rarement vu dans un jeu vidéo
- Hyper ingénieux et rempli de bonnes idées de gameplay asymétrique
- Une expérience accessible à beaucoup plus de profils que It Takes Two ou Split Fiction
On a moins aimé
- Scénario beaucoup trop prévisible en dépit de personnages attachants
- Le framerate (volontaire) peut perturber durant les phases d’action
- Trop court (et trop facile pour les habitués du genre), et dénué de rejouabilité
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