Le hasard du calendrier fait parfois mal les choses. Alors qu’id Software était censé fêter l’arrivée de Revelations, grosse extension pour Doom: The Dark Ages, voilà le studio contraint de pleurer les dizaines et les dizaines de personnes sacrifiées dans le cadre du grand reset de Xbox. La restructuration, pilotée par Asha Sharma, n’épargne donc rien ni personne. Froidement, id Software ne rapporterait donc pas assez à Microsoft. Le voilà complètement exsangue et sans réelle perspective d’avenir, autre que de soutenir les projets des antennes davantage épargnées. id Software a quand même voulu éteindre l’incendie et rassurer sur X le 10 juillet 2026, mais son communiqué ressemble à du damage control.
On en vient même à se demander ce qu’il adviendra de la saga iconique Doom, maintenant que son développeur est devenu une ombre, entamant alors ce qui ressemble à une lente agonie. En attendant l’éventuel grand retour de l’un des pères fondateurs du genre FPS, Doom: The Dark Ages – Revelations apparaît comme l’ultime vestige d’un savoir-faire aujourd’hui sacrifié. Un testament qui vient conclure une trilogie majuscule, démarrée par un reboot dont la formule n’a cessé d’évoluer.

Doom: The Dark Ages termine sa carrière avec un DLC excellent
Revelations est la suite directe de Doom: The Dark Ages. Par conséquent, cette suite part du principe que vous avez terminé le jeu de base et, surtout, que vous vous souvenez de ses ressorts narratifs — un tantinet plus épais que les autres (notamment sur le lore autour du Slayer). Les premières secondes sont assez déroutantes pour qui n’aurait pas retouché au FPS depuis sa sortie, car le DLC considère que vos réflexes sont aussi intacts. Fort heureusement, il finit par opérer une mini-renaissance après une défaite bien sentie : voilà le Slayer sans bouclier et sans armure dans le Purgatoire, avec de nouvelles épreuves à remplir, guidé par une entité étrange prénommée l’Architecte.
Oui, vous avez bien lu : Revelations ose se débarrasser du bouclier, pourtant élément prépondérant du gameplay (spoiler : il finira par revenir). Il est en réalité remplacé par un nouvel outil tout aussi efficace et dévastateur : la lance à chaîne. Elle introduit tout un tas de nouveaux mouvements à apprendre, et vise à offrir un gameplay beaucoup moins ancré au sol qu’avec le bouclier. Soit de quoi retrouver — un peu — les voltiges de Doom Eternal.

La lance à chaîne peut effectivement permettre de foncer vers un ennemi (et le finir s’il est en mauvaise posture), de donner des coups avec une portée immense devant soi ou encore de dasher pour esquiver (et faire monter une jauge donnant accès à des attaques puissantes). La défense reste importante dans Doom: The Dark Ages – Revelations, puisqu’on pourra toujours renvoyer les projectiles verts avec la lance. Et on gagne indéniablement en mobilité avec cet équipement qui s’ajoute à l’arsenal de base. Si vous préférez le bouclier, il est possible de passer de l’un à l’autre à l’envi. Il est d’ailleurs impératif de le faire pour terminer les quelques puzzles qui jalonnent le parcours du Slayer.
id Software a brillamment conçu les environnements de Doom: The Dark Ages – Revelations. On pense au Gouffre de Xal’goroth, véritable labyrinthe à la direction artistique renversante — littéralement. Le FPS reste d’ailleurs un maître-étalon graphique saisissant, sans jamais faillir techniquement. Les niveaux invitent autant à l’extase qu’à l’exploration, en quête des nombreux secrets disséminés un peu partout. Il y a d’ailleurs un endgame prévu et pensé pour qu’on retourne sur les lieux déjà visités, muni d’une clé qui ouvre des salles supplémentaires.

Mais avant de se coltiner au endgame, encore faut-il déjà survivre aux hordes de démons que crache le jeu dans des arènes clairement identifiées — et sans réel effort d’introduction. Sur ce point, on sent une forme de machiavélisme poindre dans l’esprit des développeurs d’id Software (et là, on repense au combat contre les deux Maraudeurs du DLC de Doom Eternal). Ils ne lésinent pas sur la qualité des adversaires, encore moins sur la quantité. Et les nouveaux venus — le démon invocateur en tête — en donnent pour leur argent et la crise de nerfs. Heureusement que le Slayer est armé comme il se doit et pourra gagner quelques capacités et renforcements auprès d’autels dédiés.
En somme, Doom: The Dark Ages – Revelations clôture une trilogie brillante dans le genre FPS, avec une maîtrise inouïe du rythme, une violence jubilatoire à l’écran et quelques nouveautés qui empêchent la formule de faire du surplace. id Software sait comment faire honneur à sa saga pionnière, et on espère sincèrement que Microsoft finira par le comprendre.
Cofondateur d’id Software, John Carmack s’est lamenté autant qu’il a porté un constat lucide sur son compte X, dans un message publié le 9 juillet 2026 : « Ma déclaration ‘Microsoft sera probablement un bon gardien de la marque’ ne vieillit pas bien (…). Je suis attristé, mais je ne parviens pas à ressentir de la colère ou de l’indignation à ce sujet. Je n’ai pas accès aux comptes, mais je soupçonne qu’id Software était une activité marginale du point de vue de Microsoft. »
Les chiffres lui donnent raison : sur Steam, le dernier Doom n’a hélas pas rameuté les foules. Il espère en tout cas que « la partie n’est pas terminée ». Doom et id Software ne méritent pas un game over aussi soudain, et Doom: The Dark Ages – Revelations le prouve à chaque démon étrillé.
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