Lorsque des rumeurs (pour une fois fondées) ont évoqué le retour de la licence Star Fox quelques semaines avant un Nintendo Direct dédié (et improvisé de façon particulièrement ubuesque, pour rester poli), on s’était dit qu’il n’y avait rien de surprenant à revoir Fox McCloud sur Nintendo Switch 2, la machine se prêtant plutôt bien à un nouvel épisode spectaculaire de la franchise – et, pourquoi pas, à travers un retour de Star Fox Adventures ?
En revanche, on n’attendait pas à ce que cela se fasse à travers une nouvelle « révision » de Lylat Wars, titre mythique sorti sur Nintendo 64 en 1997 et qui avait déjà connu un remake sur Nintendo 3DS en 2011, affublé du suffixe « 3D » dans son titre. Tiens, mais en lisant ces deux dernières lignes, vous n’avez pas un sentiment de déjà-vu avec ce Star Fox ?
Points forts
- La mise en scène, les cinématiques et la VF, vraiment stylées
- Parfaitement fluide et ergonomie très bien repensée dans l’ensemble
- (Re)découvrir une licence Nintendo « arcade », fun et à l’ancienne
Points faibles
- N’attendez rien de résolument nouveau ni d’ambitieux
- Très court, rejouabilité loin d’être assurée, et multi anecdotique
- Les phases en char et en sous-marin sont toujours aussi nulles
Un remake de Star Fox pour entrer dans le futur ?
Lorsque Star Fox (baptisé Star Wing en Europe) sort sur Super Nintendo en 1993, c’est à l’époque une révolution technologique d’exception. En effet, cette nouvelle licence, signée Shigeru Miyamoto (imaginée lorsqu’il se promenait en traversant les célèbres « torii » de la colline de Fushimi Inari), constitua le précurseur du jeu en trois dimensions sur consoles, grâce à la fameuse puce Super FX intégrée dans la cartouche. Un authentique exploit pour l’époque, qui connut cependant un succès commercial moins important que Star Fox 64 (Lylat Wars en Europe), sorte de reboot spirituel écoulé à 4 millions d’unités, et qui fera lui-même l’objet d’un remake sur 3DS durant l’année de sortie de la console… puis d’une autre version « réimaginée » sur Wii U en 2016 — le bien-nommé Star Fox Zero.

Vous avez bien compris : ce jeu sur Switch 2, Nintendo nous le ressort donc pour la troisième, voire quatrième fois, selon votre seuil de tolérance aux reboots et remakes en tous genres. Mais de l’eau a coulé sous les ponts, et il faut bien l’admettre, la perspective de revoir un shoot’em up spatial spectaculaire et scénarisé, a fortiori sur une console aussi puissante que la Nintendo Switch 2, suscite un minimum d’intérêt. Confié aux New-Yorkais de Velan Studios (auteurs de Mario Kart Live: Home Circuit en 2020), ce remake moderne a tout, sur le papier, pour constituer un bel étalon graphique sur une console qui manque un peu, du côté de ses licences maison, d’une claque visuelle aisément identifiable. Pour être honnête, ce sera son principal atout…

Lylat Wars Remastered
Comme l’avaient laissé supposer la présentation du jeu puis ses premiers aperçus, Star Fox se « contente » de reprendre l’intégralité de la trame et du contenu de Lylat Wars, tel un remaster XXL dont les seuls changements in-game concerneront le confort de jeu et l’ergonomie. Ainsi, le titre est particulièrement beau et fluide (en mode TV comme nomade), sa maniabilité est très précise, et il offre la possibilité de jouer avec le mode souris du Joy-Con 2. Ce faisant, le point de vue bascule automatiquement en mode cockpit, ne laissant aucunement le joueur disposer de la possibilité d’essayer cet angle immersif en mode manette. On cherche encore à comprendre pourquoi. Notez que si vous voulez vous offrir un vrai trip rétro, sachez qu’il est jouable au pad Nintendo 64 officiellement commercialisé pour la « console virtuelle » du Nintendo Switch Online.

L’aventure de Star Fox se divise en sept missions, qui ne durent chacune pas plus de dix à quinze minutes, entrecoupées de très belles cinématiques (doublées en français, comme les dialogues in-game) qui laissent augurer du meilleur pour les prochaines productions Nintendo. Il est donc aussi court qu’en 1997, et même s’il faut faire le jeu deux fois pour accéder à sa vraie fin (et un peu plus pour en débloquer chaque zone, jouable ensuite dans le mode défi), il y a fort à parier qu’une conclusion s’impose chez de nombreux joueurs : même 20 € moins cher que les autres exclusivités de Nintendo sur sa console, ça fait un peu chiche. En outre, Star Fox étant un jeu de tir où le vaisseau du héros se déplace tout seul, et dont les améliorations ne se conservent pas d’un chapitre à l’autre, on aura un peu l’impression de refaire le même jeu en boucle, juste pour le plaisir d’améliorer son score et de débloquer la difficulté maximale.

Le renard n’est pas une poule aux œufs d’or
Mais puisque l’on parle de plaisir, y en a-t-il vraiment à passer des heures sur Star Fox ? Difficile de répondre par l’affirmative. Afin d’en débloquer toutes les zones, d’essayer quelques défis individuels ainsi qu’un mode combat clairement pensé pour le multijoueur, nous y avons quand même investi une dizaine d’heures avant d’aboutir à un constat quelque peu amer : Star Fox est un jeu de « tryharder », pensé avant tout pour le scoring et la complétion (il y a pas mal de choses à débloquer et de records à aller chercher), avec une « vibe » résolument arcade, pour ne pas dire d’un autre temps. S’il se trouvera sans doute un public, ce n’est sans doute pas celui qui aurait eu envie de suivre Fox McCloud et ses amis dans un titre d’action-aventure un peu plus dans le style, au hasard, d’un Ratchet & Clank.

En outre, s’il y a quelque chose d’une jolie volonté de proposer une performance technique solide pour la Nintendo Switch 2, il est honnêtement difficile de comprendre pourquoi ce remake ne l’a pas accompagnée, par exemple, à son lancement. On notera par ailleurs que le titre cherche à jouer les ambassadeurs d’une caméra (vendue séparément) très peu utilisée dans les autres jeux du constructeur japonais, sous forme de gimmick aussi rigolo que dispensable, et confiné au mode multijoueur. Et puisque l’on parle multi, oubliez l’espoir d’une campagne jouable intégralement en coopération telle qu’on aurait pu en rêver. Vous voulez parcourir le système de Lylat et ses planètes en duo ? Ce sera dans le même vaisseau, l’un le pilotant, l’autre tirant. Sur son aspect multijoueur, Star Fox paraît presque bâclé, comme s’il souhaitait juste cocher une case sur un cahier des charges peu ambitieux.


C’est en effet sur ce manque d’ambition global que Star Fox nous a au final laissé le plus gros goût d’inachevé : si la finition est au rendez-vous, et que les cinématiques inédites renforcent l’empathie envers l’équipe charismatique d’animaux anthropomorphes qui la constituent, il est un peu frustrant de ne jouer qu’à une version 2026 techniquement au poil (de renard) d’un classique de la N64, mais rien n’a bougé ou changé. À l’heure où des Resident Evil 2, Mafia ou Silent Hill 2 (et que dire de Final Fantasy VII…) voient leurs éditeurs remettre au goût du jour de grands classiques vieux de 25 à 30 ans avec brio et en osant de la nouveauté, Nintendo ne prend aucun risque avec le sien. On en vient à prier pour que le premier vrai trailer du remake de The Legend of Zelda: Ocarina of Time nous rassure en ce sens, car si c’est ainsi que la firme japonaise souhaite nous faire (re)découvrir ses classiques d’antan, on va passer des années, voire des générations, à rester sur notre faim.
Le verdict
On a aimé
- La mise en scène, les cinématiques et la VF, vraiment stylées
- Parfaitement fluide et ergonomie très bien repensée dans l’ensemble
- (Re)découvrir une licence Nintendo « arcade », fun et à l’ancienne
On a moins aimé
- N’attendez rien de résolument nouveau ni d’ambitieux
- Très court, rejouabilité loin d’être assurée, et multi anecdotique
- Les phases en char et en sous-marin sont toujours aussi nulles
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