En 2026, le monde entier a les yeux rivés vers la Lune et la mission Artemis II. Notre satellite naturel n’a pas attendu le 21e siècle pour fasciner. En 1902, le public découvre, éberlué, Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès. Pendant 14 minutes, ce film muet propose une vision féerique et irréelle de notre satellite naturel. De cette œuvre reste surtout aujourd’hui l’image iconique de la Lune avec une fusée plantée dans l’œil. Un moment culte, repris à de multiples reprises, et une image forte, évocatrice du pouvoir de la fiction sur l’imaginaire collectif.
Ainsi personnifiée, notre bonne vieille Lune tient davantage de l’être mystérieux qui nous observe là-haut, dans l’espace, que du morceau de Terre ayant pris son indépendance il y a 4,51 milliards d’années.

Nombreuses sont les fictions qui dépeignent l’astre comme une figure énigmatique veillant sur nos nuits. Depuis notre plus tendre enfance, nous sommes abreuvés d’images de la Lune souriante dans les livres de contes, où elle apparaît comme une figure maternelle et bienveillante, tantôt ronde et accueillante, tantôt malicieuse en forme de croissant.
Gâteaux et animation
L’une des premières représentations de l’astre dans un conte remonte d’ailleurs au 3e siècle avant notre ère : Chang’e, une figure majeure de la mythologie chinoise et épouse de l’archer Hou Yi, héros qui sauva la Terre en abattant neuf des dix soleils qui brûlaient le monde, but l’élixir d’immortalité destiné à son mari. Elle s’éleva aussitôt dans le ciel jusqu’à la Lune, où elle devint immortelle et y réside seule, accompagnée d’un lapin de jade qui prépare l’élixir de vie.
La légende est intimement liée à la fête de la Mi-Automne, l’une des célébrations les plus importantes en Chine et dans plusieurs pays d’Asie de l’Est, où, chaque année, la pleine lune devient un symbole de réunion, et, surtout, l’occasion de manger de délicieux gâteaux de lune jusqu’à défaire quelques boutons à sa ceinture.

Mais pourquoi des gâteaux alors que la Lune est faite de fromage, comme tout le monde le sait… du moins chez nos amis anglais ? Il s’agit en réalité d’une vieille expression populaire de là-bas, issue du folklore médiéval, qui imagine l’astre comme une immense meule de fromage.
Une idée brillamment exploitée dans l’excellent court-métrage Wallace et Gromit : Une grande excursion, dans lequel les deux compères, en rade de fromage, s’envolent jusqu’à la Lune à bord d’une fusée pour agrémenter leurs crackers de quelques tranches lunaires. Sorti en 1989, le court-métrage d’Aardman Animations est le premier film mettant en scène Wallace et Gromit, et un succès immédiat pour le studio spécialisé dans la stop-motion.

Aussi appétissante que soit l’idée du fromage, notre voisine n’a pas que cela à offrir. La surface de la Lune a accueilli de nombreux astronautes au cinéma, depuis La Femme sur la Lune de Fritz Lang, sorti en 1929, jusqu’au magnifique First Man de Damien Chazelle en 2018, en passant par les robots géants de Transformers 3 : La Face cachée de la Lune en 2011, ou encore la silhouette d’Elliott et d’E.T. se détachant devant l’astre dans le film E.T. l’extra-terrestre de Steven Spielberg. Autant d’œuvres qui ont fait les belles heures du satellite dans les salles obscures. Mais aucun d’entre eux n’a su évoquer le mystère de la Lune avec autant de puissance que Stanley Kubrick dans 2001 : L’Odyssée de l’espace.
Voyage astral
2001 : L’Odyssée de l’espace est une œuvre connue des cinéphiles du monde entier, mais aussi de celles et ceux qui pensent que l’humain n’a jamais marché sur la Lune. L’œuvre de Stanley Kubrick est tellement convaincante que certains détracteurs de la mission Apollo 11 vont jusqu’à croire que c’est le réalisateur lui-même qui aurait filmé l’alunissage et les premiers pas des astronautes, en utilisant les décors du film et son équipe en charge des effets spéciaux.

Bref, rassurez-vous : l’humain a bien marché sur la Lune en 1969, et Stanley Kubrick a bien réalisé l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma en 1968. Jamais un long-métrage n’avait retranscrit le silence et la solitude de l’espace avec autant de puissance que 2001 : L’Odyssée de l’espace, et peu ont réussi depuis.
L’œuvre du réalisateur américain comporte un passage mémorable où une équipe de scientifiques explore un site de fouilles lunaire, sur lequel le fameux monolithe noir est enterré depuis des millénaires. Ce monolithe émet un signal radio puissant pointant vers Jupiter, donnant le départ à la mission qui occupera la seconde partie du film.
La découverte du monolithe sur sa surface est à la fois fascinante et inquiétante, revêtant un caractère presque religieux. La surface lunaire est représentée avec un réalisme saisissant, grâce à des maquettes très détaillées et à un jeu d’ombre et de lumière bluffant, soutenu par un ensemble vocal imposant, pour ne pas dire flippant, qui accentue le mystère.
Mais, ici, la Lune n’est pas simplement un satellite perdu dans le noir de l’espace, éloigné de la Terre et de ses habitants. Elle symbolise l’évolution de l’homme et la quête de réponses à ses innombrables questions. Pour Stanley Kubrick, la Lune représente dans cette scène la dernière frontière entre la Terre et le reste de l’espace : un monde que l’homme peut voir et appréhender, mais dont les secrets le dépassent complètement. C’est peut-être l’une des rares œuvres capables de nous faire ressentir la beauté froide du satellite, tout en évoquant la solitude et l’isolement qu’il inspire.
Souvenir de la Lune
Mais il serait faux de croire que notre satellite naturel n’a reçu que respect et admiration craintive. La Lune a régulièrement été malmenée au fil des ans par de nombreux personnages, que ce soit pour y installer un gigantesque espace publicitaire, comme Zorglub dans l’album Z comme Zorglub de Franquin, ou dans le roman de 1950 L’Homme qui vendit la Lune de Robert A. Heinlein.

C’est également un simple caillou bon à détruire pour des êtres mal intentionnés qui veulent montrer qu’ils sont les plus balèzes de la cour de récréation. Dans le manga Akira de Katsuhiro Otomo, Tetsuo, antagoniste principal de l’histoire, n’hésite pas à se rendre jusqu’à la surface de la Lune, afin de la détruire partiellement grâce à ses capacités télékinétiques. L’astre se retrouve ensuite entouré en permanence d’un anneau de débris, sa forme étant ainsi changée à jamais.
C’est également la Lune qui permet à Goku — tel le mythe du loup-garou, omniprésent dans la culture populaire — de se transformer en gorille géant lors de scènes mémorables du manga Dragon Ball d’Akira Toriyama. Elle sera finalement détruite par Jackie Chun, alias Kamé Sennin, grâce à un puissant Kamehameha, mettant fin à la transformation de son disciple.

En Belgique, c’est Hergé qui en parle le mieux avec son cultissime Tintin : On a marché sur la Lune, publié en 1954. L’auteur y met en scène Tintin et ses compagnons dans un voyage vers la Lune, avec une précision fascinante, bien avant les premiers pas de Neil Armstrong. Encore aujourd’hui, le diptyque qu’il forme avec Objectif Lune s’impose comme l’une des plus grandes représentations de l’astre dans la bande dessinée mondiale, rien que ça. La fusée rouge et blanche est, elle aussi, devenue l’une des icônes absolues du neuvième art.
L’industrialisation du satellite
Les années 50 et 60 constituent d’ailleurs une période favorable à l’émergence d’une nouvelle science-fiction en littérature. Isaac Asimov nous entraîne très loin dans le temps et dans l’espace avec ses cycles de Fondation et des Robots. L’auteur intègre la Lune comme un élément important de son univers dans le cycle des Robots, où des machines y travaillent sans relâche. Sous sa plume, l’astre est en effet représenté comme un espace industriel, dédié à l’exploitation minière.

Cette situation est d’ailleurs au cœur de la trilogie Le Cycle Luna de l’écrivain britannique Ian McDonald. Publié en 2015, le premier tome, intitulé Luna : Nouvelle Lune, explore les intrigues autour de la puissante dynastie des Corta, l’une des cinq familles qui contrôlent l’industrie lunaire.
Dans ce futur dystopique, la Lune est colonisée et fortement industrialisée. Une société quasi féodale s’y est développée autour de l’exploitation de ses ressources, envoyées vers la Terre et générant d’importants profits pour les industriels installés sur la Lune.

Dans Luna, la Lune n’est ni représentée comme un nouvel Éden ou une terre de tous les possibles. Elle apparaît au contraire dans toute sa froideur et son aridité. Nés sur le satellite, les Luniens n’éprouvent aucun sentiment d’appartenance envers la Terre, leur voisine pourtant admirée. Leur véritable monde est celui des plaines désolées et des cratères silencieux, ainsi que des cités gigantesques qui tentent de recréer les conditions de vie de la planète bleue.
Nous évoquions plus tôt la figure maternelle et bienveillante que représentait la Lune dans ses premières représentations fictionnelles. Mais, au fil des décennies, elle a progressivement perdu son romantisme et sa chaleur apparente. C’est un constat que l’on retrouve dans la plupart des œuvres contemporaines qui abordent notre satellite.
Au cri de la Lune
L’industrialisation de l’espace et l’esprit corporate sont des notions qui caractérisent fortement les jeux Outer Worlds, où la Lune constitue d’ailleurs une figure marquante de cet univers. À l’image du Pip-Boy dans la série Fallout, Moon Man, l’Homme de la Lune, sert à la fois de logo du jeu et de mascotte pour Spacer’s Choice, une puissante entreprise pharmaceutique. Dans le jeu The Outer Worlds 2, l’Homme de la Lune incarne plusieurs rôles : il symbolise à la fois la réussite et la richesse, tout en représentant également les ouvriers comme les classes les plus pauvres.

L’Homme de la Lune est omniprésent dans l’aventure et nous nargue de son sourire narquois à chaque écran de chargement, se moquant allègrement de nos choix au cours du jeu. Son visage n’est pas sans rappeler la grimace lunaire de Georges Méliès évoquée plus tôt, avec ses traits tirés et fatigués, comme ceux d’un artiste de spectacle vivant las d’incarner un personnage et de mentir à son public. Un masque que l’Homme de la Lune revêt pour se moquer des joueurs, de lui-même et, plus largement, du monde qu’il représente.
Dans le jeu The Legend of Zelda: Majora’s Mask, l’astre arbore justement un visage grimaçant qui s’approche inexorablement de Termina, un monde parallèle à Hyrule, créant une pression constante sur les joueuses et les joueurs à travers le compte à rebours de la fin du monde. Cette Lune menaçante, figée dans une expression de douleur et de folie, renforce l’idée d’un astre devenu hostile, loin de toute image romantique.

Qu’elle nous regarde avec bienveillance ou avec rancœur, la Lune, dans la pop culture, du cinéma muet à nos jours, est toujours bien plus qu’un simple corps céleste flottant dans l’immensité de l’espace. Elle est une scène à ciel ouvert, le théâtre de mille récits fantasmés dont il nous faudrait bien du temps pour en ériger la liste.
Les récentes images de la mission Artémis II prouvent d’ailleurs que l’astre n’a rien perdu de son aura et qu’il demeure, encore aujourd’hui, une source intacte d’émerveillement. Plus d’un siècle après les premiers contes pour enfants et ses apparitions dans le cinéma populaire, la Lune continue de nourrir notre imaginaire collectif, entre fascination scientifique et puissance symbolique.
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