Le directeur de l'Anssi Guillaume Poupard a déjà pris des mesures pour la sécurisation des machines à voter, en amont de l'élection présidentielle d'avril 2022.

À l’occasion d’une conférence de presse tenue au forum international de la cybersécurité, à laquelle Numerama a assisté le 8 septembre 2021, le directeur de l’Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) Guillaume Poupard a évoqué l’utilisation des machines à voter dans l’élection présidentielle de 2022. Un sujet largement débattu, sur lequel le directeur ne se prononce que d’un point de vue sécuritaire.

« Nous prenons les devants pour sortir de la situation actuelle sur les machines de vote  », a-t-il annoncé. Depuis 2008, un moratoire empêche de nouvelles communes de s’équiper en machines. Résultat ? «  L’État n’agrée plus aucune machine, ce qui altère la sécurisation du dispositif », constate Guillaume Poupard. Les machines existantes sont vieilles et ne peuvent pas être renouvelées.

L’utilisation de machines apporte-t-elle plus d’avantages que de risques par rapport au vote papier ? // Source : Mohammed Hasan sur Pixabay

Seules 66 communes de plus de 3 500 habitants en sont équipées, mais elles réunissent tout de même près d’un million d’électeurs et électrices. En revanche, la moitié de ces villes n’utilise plus le dispositif et est revenue à des modalités de vote plus classiques. Pour les autres, Guillaume Poupard a annoncé que l’Anssi «  fixait déjà des règles avec le ministère de l’Intérieur », pour que les machines bien que vieillissantes soient utilisées « dans de bonnes conditions ».

Pas de retour pour les machines de vote ?

Début 2021, le gouvernement avait déposé au Sénat un amendement qui proposait de généraliser l’utilisation des machines à voter — en plus d’autres mesures –, en amont de l’élection présidentielle. Bien que refusée de façon écrasante au Sénat dans les jours suivants, la proposition de texte a rappelé la volonté du gouvernement de considérer cette option. Certains affirment que les machines permettraient de diminuer le risque de fraude, d’autres défendent qu’elles introduisent un risque de fraude supplémentaire, sur le plan de la cybersécurité. Le débat entre ces deux camps a mené à cet étrange statu quo, où des villes utilisent des machines dépassées alors que d’autres ont l’interdiction de s’en procurer.

L’intention du gouvernement peut surprendre, tant le sujet de la fiabilité des machines de vote, notamment celles de la marque Dominion, a largement alimenté la campagne de contestation des résultats de l’élection par le camp de Donald Trump aux États-Unis. Les chiffres de fraude présentés par le camp Républicain ont été réfutés, mais ce n’est pas pour autant que les machines à voter sont vues d’un bon œil. Elles n’ont pas passé les exigences de sécurité de certains États, ce qui a alimenté les discours complotistes. Reste que Dominion ne fait pas partie des 3 marques de machines utilisées dans les villes françaises, et n’en fera pas partie tant que le moratoire ne sera pas levé.

À côté des machines, d’autres enjeux

Pour ce qui est du reste de la sécurité de l’élection, l’Anssi a déjà commencé son travail, et s’estime « solide » dans la sécurisation des systèmes étatiques. C’est une bonne nouvelle, puisque l’agence va avoir d’autres questions à gérer en parallèle.

D’abord, le vote par internet, banni lors des dernières élections, devrait être de nouveau possible pour les Français à l’étranger lors des élections législatives (mais pas à la présidentielle). Les problématiques posées par cette modalité de vote sont distinctes de celles posées par les machines à voter, mais elles n’en restent pas moins épineuses.

« Communiquer, le meilleur moyen de lutte contre les manipulations »

Puis vient la question des fake news. Sur ce sujet Guillaume Poupard rappelle que son agence « protège les contenants, mais ne s’intéresse pas aux contenus », une garantie importante dans son rôle de défenseur de l’Assemblée nationale, du Sénat ou encore du Conseil d’État. Les enquêtes sur d’éventuelles campagnes de désinformation pour manipuler l’élection seront donc à la charge de Viginum, la toute nouvelle agence gouvernementale de lutte contre les manipulations de l’information. « Même si nous avons une séparation de nos missions, nous pouvons synchroniser les interventions », rappelle tout de même Guillaume Poupard, conscient que désinformation et cyberattaques vont souvent de pair.

Dernier élément de préparation : la sensibilisation des équipes électorales. Le directeur compte réitérer le fonctionnement de 2017 : tous les concernés seront réunis dans un même endroit, et l’agence leur présentera des mesures d’hygiène numérique à appliquer. « Surtout, nous leur disons d’être préparés à communiquer, car cela reste le meilleur moyen de lutte contre les manipulations », estime Poupard. Si l’objectif est d’éviter l’équivalent d’un nouveau « Macron leaks », le directeur préfère que les équipes de campagnes prévoient un plan d’urgence pour gérer des incidents de cette ampleur.

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