Sur Instagram, on ment tous un peu en embellissant son quotidien. Mais dans certains cas, c'est illégal, et cela peut coûter très cher.

Ce n’est pas pour rien qu’Instagram est parfois surnommé le « royaume du fake ». Que ce soient des retouches (plus ou moins excessives), des montages, des vols de photos ou des faux partenariats, beaucoup mentent pour conserver leur notoriété. Ce que peu savent en revanche, c’est que certains mensonges peuvent être punis par la loi. Voici un petit aperçu de ce que vous risquez.

Republier des photos trouvées sur un autre compte

Ce mardi 23 juillet, Florian Allister, un influenceur et photographe qui a 60 000 abonnés sur Instagram, a été vivement critiqué pour avoir publié sur son compte des photos qui ne lui appartenaient pas.

C’est le compte Atleast qui a remarqué sur Twitter que certaines de ses photos ressemblaient à celles d’autres comptes. Dans les commentaires ou descriptions, Florian Allister [l’ex petit-ami de Marie Lopez alias EnjoyPhoenix, d’où le hashtag] prétendait être l’auteur des clichés. Il expliquait par exemple avoir acheté ses baskets d’occasion car elles auraient couté trop cher si elles étaient neuves. En fait, tout était faux : la photo ne lui appartenait pas, et donc les chaussures non plus.

D’autres exemples ont été publiés : l’un sur un Bottle Challenge (qui consiste à ouvrir le bouchon d’une bouteille avec ses pieds), un autre sur un chaton que le photographe présentait comme étant celui de sa cousine, ce qui était aussi faux.

Épinglé, Florian Allister s’est finalement expliqué dans ses stories Instagram.

Captures d’écran Instagram / Florian Allister

Il s’y excuse et reconnaît qu’il aurait «  oublié de taguer » les personnes qui avaient pris les photos originales. « Je reconnais qu’il m’est arrivé de mentir sur des photos, écrit-il. Mais de voir sa ‘communauté’ partir un peu plus chaque jour provoque des complexes. On se demande si sa petite vie normale ne devient pas lassante ? » Les photos ont depuis été supprimées.

Violation de droits d’auteur ou contrefaçon

Publier la photo d’un autre compte sur le sien peut en fait coûter cher, car cela peut être, dans certaines conditions, considéré comme une violation de droits d’auteur et une forme de contrefaçon. Ceci est puni par le Code de la propriété intellectuelle.

L’article L335-3 punit ainsi «  toute reproduction, représentation ou diffusion (…) d’une œuvre de l’esprit en violation des droits de l’auteur ». En contrevenant à cette règle, vous risquez jusqu’à 300 000 euros d’amende et 3 ans d’emprisonnement. Si l’auteur lésé estime que vous avez gagné de l’argent sur son dos, il peut aussi demander le versement d’une partie de ces revenus.

Accessoirement, vous pouvez aussi perdre tous vos partenariats, comme le photographe Daryl Aiden, qui publiait des photos de banques d’images en faisant croire qu’il s’agissait des siennes. Les marques avec qui il travaillait alors comme Uniqlo et Sony ont annulé ses contrats.

Pour éviter des poursuites :

  • Si vous prenez la photo sur une banque d’images, jetez un œil aux autorisations. Certains auteurs acceptent les republications à condition que vous mentionniez leur nom ou que vous mettiez un lien vers leur site, mais c’est rare. D’autres refusent ou demandent à être rémunérés.
  • S’il s’agit d’une photo Instagram sans indications de ce type, demandez toujours l’autorisation à l’auteur de la photo avant de la republier sur votre compte. Demandez lui s’il ou elle souhaite être créditée, et si oui, sous quelle forme.
  • Renseignez-vous aussi sur la possibilité de retoucher l’image, même si vous souhaitez uniquement y appliquer un filtre : l’auteur est en droit de s’y opposer.
  • Adoptez un vrai chaton.

Faire croire que l’on est parti en vacances

D’autres instagrammeurs et instagrammeuses n’hésitent pas à faire croire à leurs abonnés qu’ils sont en vacances… alors qu’ils publient tout depuis leur canapé. Ce fut le cas d’Amelia Liana (qui a aujourd’hui 500 000 abonnés et a passé son compte en privé), épinglée pour ses fausses images de voyages, ou de Johanna Olsson, une Suédoise qui avait grossièrement photoshoppé ses photos à Paris. Cette dernière a assuré être vraiment partie en vacances dans la capitale française, mais avoir fait un peu (beaucoup) de montage car les clichés qu’elle avait pris étaient décevants.

Si vous voulez faire de même, veillez bien à ne pas utiliser n’importe quelle photo pour votre montage. Prenez soit une photo que vous avez prise vous-même, soit une photo libre de droits. Sinon, vous vous exposez, là encore, à des poursuites pour violation de droits d’auteur.

Il vaut aussi mieux éviter d’utiliser de fausses photos pour vendre un produit ou un service. Par exemple, si vous faites semblant d’avoir adoré votre séjour dans un hôtel à New York, que vous utilisez une fausse photo pour vanter ses mérites, que vous incitez vos abonnés à s’y rendre et qu’ils sont très déçus de ses prestations une fois sur place, ils peuvent techniquement vous attaquer pour publicité mensongère.

C’est le code de la consommation qui régit ceci. Il sanctionne «  les allégations, indications ou présentations fausses ou de nature à induire en erreur ». Mentir sur « les caractéristiques essentielles du bien ou du service », notamment sa qualité, peut être passible de deux ans d’emprisonnement et une amende de 300 000 euros.

Pour éviter des poursuites :

  • Utilisez votre propre fond de photo ou une image libre de droits,
  • Ne faites jamais l’éloge d’un bien ou service que vous n’avez pas testé.

Faux partenariats et partenariats non signalés

Il y a de nombreux écueils à éviter.

Ne pas signaler un partenariat

Certaines marques en font expressément la demande. Parfois, c’est l’influenceur lui-même qui décide de ne pas signaler un partenariat.

La pratique est répandue mais elle n’est pas légale pour autant. Cacher le fait qu’on ait été rémunéré pour parler d’un produit est contraire au code de la consommation. « Une pratique commerciale est trompeuse si (…) elle omet, dissimule ou fournit de façon inintelligible (…) une information substantielle ou lorsqu’elle n’indique pas sa véritable intention commerciale », est-il indiqué. Vous risquez jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende.

Ci-dessous, voici un exemple de partenariat bien signalé :

Instagram / Sananas2106

S’inventer un faux partenariat pour avoir l’air crédible

Cela peut paraître étonnant, mais certains font croire à de faux partenariats avec des marques pour se donner plus de crédibilité. Ils pensent ainsi que d’autres marques leur feront confiance et signeront avec elles de vrais contrats, comme l’expliquait The Atlantic dans une enquête.

Vos abonnés peuvent vous attaquer pour publicité mensongère si vous faites semblant d’avoir adoré un bien ou service dont la qualité n’est finalement vraiment pas à la hauteur.

Si vous connaissez bien le produit et que cela ne vous inquiète pas, sachez que les marques peuvent aussi se retourner contre vous. Il n’existe pas de délit spécifique mais elles pourraient notamment vous poursuivre pour diffamation si elles estiment que votre mensonge leur a porté préjudice. Ceci peut être puni d’un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

À l’inverse, vous pouvez aussi attaquer une marque qui laisse entendre qu’elle a travaillé avec vous. En juillet, Kim Kardashian a obtenu 2,8 millions de dollars de la part de la marque Missguided. Cette dernière vendait des copies des tenues de l’influenceuse en la tagguant sur Instagram, comme s’il s’agissait d’une collaboration.

Pour éviter des poursuites :

  • On les signale bien, avec une mention claire et évidente dans la barre de description, ou grâce aux outils spécifiquement dédiés sur Instagram (tutoriel ici),
  • Au lieu de vous inventer des partenariats, contactez des petites marques qui seront peut-être ravies d’avoir de la publicité sur un compte à 500 ou 1 000 abonnés.

S’inventer une relation avec quelqu’un

Les faux mariages, les faux couples ou les fausses grossesses sont devenus légion, sur Instagram ou YouTube. Ils permettent de gagner des abonnés et des vues… mais à quel prix ? Si vous faites cela en accord avec la personne concernée et sans intérêt commercial direct, il n’y a pas de risque — à part de rompre, comme cela a été le cas pour Danielle Cohn, une instagrammeuse qui avait feint un mariage et une grossesse.

Si l’autre personne n’est pas au courant, ça se complique. L’intéressé pourra vous attaquer en diffamation, un délit punissable d’un an de prison et 45 000 euros d’amende. Il ou elle peut également plaider le droit à l’image. Chaque citoyen a en effet un « droit exclusif sur [son] image et l’utilisation qui en est faite ». Publier un montage avec une personne sans son consentement est puni d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.

Pour éviter des poursuites :

  • On admet son célibat,
  • Ou on triche avec une personne consentante (la rédaction déconseille toutefois).

À lire sur Numerama : Faux mariages, fausses grossesses  : pourquoi les «  canulars sérieux  » des influenceurs se multiplient

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