La directrice financière de Huawei, géant des télécoms venu de Chine, a été arrêtée au Canada. Cette arrestation a été demandée par les USA, qui l'accuse d'avoir violé l'embargo contre l'Iran.

Il a suffi d’une arrestation pour susciter l’émoi de Beijing et plonger dans le même temps trois pays dans un face-à-face diplomatique dont l’issue reste à écrire. Samedi 1er décembre, la police canadienne a procédé à l’arrestation de Sabrina Meng Wanzhou. Ce nom ne vous dit sans doute rien, mais il s’agit d’une femme très puissante en Chine : elle est en effet la directrice financière de Huawei.

Et Huawei, c’est l’un des fleurons chinois. Géant des télécommunications, l’entreprise est à la fois un constructeur majeur de smartphones et de tablettes pour le grand public, mais aussi un acteur-clé dans la fabrication de réseaux et d’équipements, que ce soit dans le fixe ou dans le mobile. La société est notamment très impliquée dans la 5G, qui sera la future génération de la téléphonie mobile.

Ce que l’on reproche à Sabrina Meng Wanzhou ne semble toutefois pas avoir directement un lien avec les activités classiques de son groupe. Ce qui ressort de la presse canadienne, comme le Globe and Mail, c’est que l’intéressée aurait violé l’embargo américain sur l’Iran. Son arrestation au Canada a été déclenchée à la suite d’une demande de Washington, en vue de procéder à son extradition aux États-Unis.

Huawei Mate 20 Pro // Source : Numerama

Les USA font pression sur le monde

Les USA ont décidé cette année de rétablir une large palette de sanctions envers l’Iran, au motif que le pays ne respecte pas l’accord de 2015 sur le programme nucléaire iranien à des fins militaires — ce que les autres pays impliqués dans l’accord contestent, ainsi que les organisations internationales compétentes — et que celui-ci ne serait de toute façon pas assez large.

Sabrina Meng Wanzhou
Sabrina Meng Wanzhou // Source : Huawei

Washington souhaite aussi inclure les questions des missiles balistiques et l’influence du pays dans la région. Le pays a donc quitté l’accord et, dans la foulée, une mise en garde a été adressée à l’ensemble des pays du monde qui voudraient continuer, eux, de traiter avec Téhéran. S’ils persistent, notamment dans certains secteurs spécifiques, par exemple liés au nucléaire, des représailles seront prises.

La nature de la violation qui est reprochée à Sabrina Meng Wanzhou n’est pas précisée par le Globe and Mail. Naturellement, Pékin a vivement protesté auprès d’Ottawa. L’ambassade de Chine au Canada a notamment réclamé la libération sans délai de sa ressortissante, estimant qu’elle n’a enfreint aucune loi. Demande qui est pour l’instant restée lettre morte, malgré les répercussions sur la relation bilatérale.

On sait que l’un des conseillers de Donald Trump, John Bolton, avait déclaré, en évoquant les Européens, qu’ils « vont devoir faire face à des sanctions américaines efficaces, car une grande partie de ce qu’ils voudraient vendre à l’Iran implique une technologie américaine, pour laquelle les licences ne seront pas disponibles ». La Chine étant partie à l’accord, c’est peut-être ce qui s’est passé pour cette affaire.

On peut supposer par exemple que Huawei entendait vendre des équipements à l’Iran dont des composants ou des brevets dépendent des USA et qu’en conséquence, des sanctions ont été déclenchées. Ou alors, mais cela parait moins probable, un deal entre l’Iran et Huawei s’est peut-être fait en dollars américains, ce que Washington interdit — sa monnaie est aussi un outil de sanction.

En plein doute sur la 5G

Le contexte de l’arrestation est évidemment particulier. Outre le cas spécifique de l’Iran (le Canada n’est pas partie à l’accord sur le nucléaire iranien, mais il peut être atteint par les mesures extraterritoriales que Washington a décidé de mettre en place pour arriver à ses fins), les relations entre la Chine et les États-Unis sont minées par une guerre commerciale qui a des répercussions indirectes sur les autres pays.

Plusieurs aspects de cette bataille concernent le Canada, puisque le virage protectionniste impulsé par Donald Trump frappe tous azimuts : les taxes sur les importations d’acier et d’aluminium en sont l’exemple le plus saillant. À cette situation s’ajoutent les suspicions qui existent à l’encontre de Huawei, qui serait un cheval de Troie de Pékin dans les télécoms.

5g
L’ultra haut débit mobile. // Source : Kārlis Dambrāns

Les États-Unis affirment que les infrastructures déployées par Huawei sont un risque pour la sécurité nationale et font depuis plusieurs semaines maintenant un lobbying remarqué auprès des alliés les plus proches pour les convaincre de ne pas traiter avec l’entreprise. La Nouvelle-Zélande et l’Australie, deux des cinq membres de l’accord des Five Eyes, qui est une alliance sur le renseignement, ont suivi ce conseil.

Le Canada, qui est aussi membre des Five Eyes, n’a pour l’instant pas pris de mesures de cette nature, mais il est possible qu’il fasse de même bientôt. D’autres capitales seraient aussi sollicitées dans le même sens : c’est le cas de Rome et de Berlin. Dans le cas de la France, une exclusion n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour, mais certaines installations pourraient être limitées géographiquement.

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