Plan Procu, le site de mise en relation des électeurs lancé par l’ONG A Voté, est critiqué pour ses liens avec le gouvernement d’Emmanuel Macron par de nombreux militants en ligne. Le président de l’ONG réfute tout lien.

C’est « le Tinder de la procuration », et un « site de rencontres démocratiques ». Plan Procu promet de mettre en relation des électeurs et électrices ne pouvant pas se rendre aux urnes avec des électeurs prêts à prendre leur procuration. Depuis l’annonce surprise de la dissolution de l’Assemblée nationale et la tenue de nouvelles élections législative les 30 juin et 7 juillet, Plan Procu connait un vrai succès. L’initiative est également beaucoup reprise dans la presse.

Pourtant, il est aujourd’hui de plus en plus critiqué pour ses liens avec le gouvernement d’Emmanuel Macron. Sur X (ex-Twitter), de nombreux internautes disent ne pas faire confiance à l’outil, et les appels à l’éviter se multiplient. Certains militants ont même « fact-checké » une vidéo de TF1 sur Plan Procu, en y rajoutant une note. La raison de leur colère ? Plan Procu aurait des liens avec le gouvernement d’Emmanuel Macron, et ne serait pas fiable.

Plan Procu, un site critiqué pour ses liens avec la Macronie

Sur le papier, le principe de Plan Procu, qui a été lancé par l’ONG A Voté, est simple : mettre en relation les personnes ne pouvant pas se rendre aux urnes lors des prochaines élections législatives, et des électeurs prêts à prendre leur procuration. Mais ce n’est tant le but de Plan Procu que son origine qui dérange certains militants. La journaliste Nora Bouazzouni a ainsi partagé sur son compte X que le nom de domaine de Plan Procu avait été déposé par un certain Titouan Galopin. Les données WhoIs, que Numerama a consulté, indiquent en effet que c’est lui qui a enregistré le nom de domaine le 27 février 2024.

Or, ce Titouan Galopin est lié à la campagne d’Emmanuel Macron : dans un article publié en 2017, il était décrit comme « l’architecte internet » du futur président. Il dirigeait également la coordination des équipes techniques, et a participé au développement de la plateforme de gestion de la campagne utilisée par les militants, comme il le précise sur son compte LinkedIn.

Sur X, cette découverte suffit pour alimenter les doutes sur la fiabilité de la plateforme, et pour appeler au boycott. Ce n’est pas le seul lien qui peut être fait entre A Voté et le gouvernement d’Emmanuel Macron : l’ONG a été cofondée par Grégoire Cazcarra, comme on peut le voir sur les statuts. Or, il n’est pas un inconnu de la politique : Grégoire Cazcarra s’est fait connaitre en 2022, avec Elyze. L’app, qui avait été comparée à un « Tinder de la politique », proposait aux utilisateurs de « swiper » les propositions avec lesquels ils étaient d’accord, avant de leur dire de quel candidat ils étaient le plus proche.

L’app avait également fait polémique, car elle faisait apparaitre Emmanuel Macron en premier lorsque les scores des candidats étaient ex-aequo. Certains experts en cybersécurité s’étaient aussi rendu compte que l’app aurait été peu protégée, et facilement piratable.

L'app Elyze avait été accusé de mettre Emmanuel Macron en avant dans ses résultats // Source : X
L’app Elyze avait été accusé de mettre Emmanuel Macron en avant dans ses résultats // Source : X

Depuis 2022, Grégoire Cazcarra travaille pour le gouvernement. Tout d’abord nommé en tant que conseiller en charge de la communication numérique et de la prospective, au cabinet de la porte-parole du Gouvernement, il est depuis février 2024 le chef de cabinet de Thomas Cazenave, le ministre délégué aux Comptes publics.

« A voté » se dit apolitique

Contacté par Numerama Dorain Dreuil, le coprésident d’A Voté, réfute les accusations de collusion avec le gouvernement. « Il n’y a pas de lien », assène-t-il, « il n’y a pas de gens dans notre équipe qui font une campagne secrète ou autre. » Il explique également que « Grégoire Cazcarra était l’un des cofondateurs d’A Voté en juin 2021, et il a été membre du conseil d’administration jusqu’en mai 2022. Mais lorsqu’il a rejoint le cabinet ministériel, il a quitté l’administration d’A Voté de lui-même. » Numerama a tenté de joindre Grégoire Cazcarra, mais n’a pas réussi au moment de la publication de cet article.

Quant à Titouan Galopin, « il n’est pas membre d’A Voté », assure Dorian Dreuil. « Il travaille pour Citipo, une Civic tech [une entreprise spécialisée dans la création d’outil numérique en lien avec les campagnes politiques, ndlr] qui a développé l’outil qu’on utilise sur Plan Procu. » Citipo précise d’ailleurs sur son site avoir mis au point le « logiciel Tout-En-Un des organisations militantes. »

D’après Dorian Dreuil, c’est Citipo qui fournit les outils utilisés par tous les partis politiques pour mettre en place leurs systèmes de procuration pour les militants. « Citipo a fait l’outil pour A Voté, et cet outil, c’est le même que celui qu’utilisent le Parti Socialiste, Les Verts et Les Républicains. Titouan n’est pas dans l’association, il travaille simplement dans une boite qui est prestataire. »

Comment s’assurer que les gens voteront bien pour le bon candidat ?

« Je pense que les gens ont peur de nous à cause du partage du ministère de l’Intérieur », estime Dorian Dreuil. Le coprésident fait notamment allusion au partage, par le compte X officiel du ministère de l’Intérieur, du reportage de TF1 réalisé sur Plan Procu.

Source : X/Porte-parole ministère de l'Intérieur et Outre-mer
Source : X/Porte-parole ministère de l’Intérieur et Outre-mer

En dehors des questions sur les liens de l’ONG avec le gouvernement, il reconnait tout de même qu’il reste « la question de la confiance. » Rien ne permet de garantir que les personnes mises en relations pour faire une procuration respecteront bien le vote. « Elle ne se pose pas que sur Plan Procu, parce que personne ne pourra vérifier ce qu’il se passe dans l’isoloir », souligne Dorian Dreuil. À la différence près que lorsqu’un électeur passe directement par un parti politique, il est plus assuré que la personne qui prendra sa procuration partagera ses opinions politiques…

Il indique que l’association reste vigilante sur les questions de manipulation de vote. Chaque inscription est acceptée manuellement, afin de voir si beaucoup d’électeurs et électrices d’un même bureau de vote se seraient enregistrées en même temps. Tous les autres comportements sont également passés au peigne fin pour éviter les opérations d’influence, assure Dorian Dreuil. « On a le même niveau de sécurité que pour les partis politiques sur le site, et on s’engage à supprimer toutes les données à la fin de la campagne. »

Un site en pause

Pour l’instant, 4 000 personnes seraient inscrites sur la plateforme Plan Procu, indique-t-il. « On ne parle pas de gros volume, notre outil est surtout serviciel, mais grâce à la communication qu’il y a eu, on a été vu par 600 000 personnes. Ça ne veut pas dire qu’il y a 600 000 inscrits, mais que 600 000 personnes ont vu les dates de scrutin, et ça, c’est déjà une victoire. »

Malgré ce faible nombre d’inscrits, le site Plan Procu a dû se mettre en pause, depuis le 12 juin 2024. « Les inscriptions sont temporairement mises en attente pour gérer les mises en relations actuelles », peut-on lire sur le site.

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