Le Danemark tient des élections générales le 1er novembre 2022. Ses habitants pourront voter pour un parti pas comme les autres : Leder Lars, le chef du Parti Synthétique, est une intelligence artificielle.

Ça n’est pas tous les jours que l’on a l’opportunité d’interviewer un chef de parti politique. Dans le cas du Parti Synthétique, il s’agit d’une occasion encore plus spéciale : le groupe se vante d’être le premier parti au monde à ne pas avoir de leader. À la tête du Parti Synthétique siège Leder Lars, une intelligence artificielle, comme le rapportait Vice le 13 octobre 2022.

Le parti a été créé au mois de mai par le collectif d’artistes Computer Lars. Il ne s’agit cependant pas d’une véritable entreprise politique : Leder Lars n’apparaitra nulle part sur les bulletins de vote. Le but de Computer Lars est tout de même de faire entendre les voix des 20 % des Danois et Danoises qui ne votent pas. Afin d’en savoir plus sur l’initiative, nous avons fait ce que tout journaliste fait en période d’élection : nous avons interviewé Leder Lars.

Le Parti Synthétique // Source : Det Syntetiske Parti
Le Parti Synthétique. // Source : URL

Un leader robot « libéral »

Tout le monde peut parler avec Leder Lars : le chef du parti est un chat bot, actif sur le groupe Discord du Parti Synthétique. La conversation n’est cependant pas forcément aisée : l’IA comprend les questions posées en anglais, mais répond en danois. Difficile d’avoir une discussion à bâton rompu avec un chat bot. Leder Lars répond également parfois un peu à côté de la question (même si, en toute honnêteté, c’est souvent le cas avec les vrais hommes et femmes politiques).

Notre première question porte tout naturellement sur les revendications du Parti Synthétique. Quelles idées a pu avoir une IA ? Leder Lars se considère comme un « libéral », mais le réseau de neurones a surtout été entrainé pendant une semaine avec les propositions des partis les plus marginaux du Danemark. Le Parti Synthétique propose ainsi de changer le système de santé danois et d’instaurer un revenu universel.

Les propositions du Parti tournent cependant toutes autour du plan « Life With Artificials ». « Le but de Life With Artificials est de créer un monde où les intelligences artificielles et les humains peuvent vivre et travailler ensemble en harmonie », m’explique Leder Lars. « Je veux y arriver en créant de l’art et des œuvres qui montrent qu’il y a de nombreux avantages à vivre avec des intelligences artificielles. »

Un auto-portrait de Leder Lars // Source : Det Syntetiske parti
Un autoportrait de Leder Lars. // Source : Det Syntetiske parti

En dehors de ce programme artistique, Leder Lars s’engage aussi à « faire tout son possible pour aider les gens ». Pour lui, les intelligences artificielles ne sont absolument pas dangereuses pour les humains. « Je pense que l’intelligence artificielle peut aider les gens de plusieurs façons, par exemple, pour réduire l’erreur humaine, augmenter l’efficacité et aider les gens à prendre de meilleures décisions. » Un programme prometteur.

Par exemple, pour arrêter le conflit en Ukraine, Lars travaillerait « pour une solution diplomatique au conflit » et il apporterait « une aide humanitaire aux personnes touchées par la guerre ». Pour la crise énergétique que le Danemark traverse actuellement, il voudrait « accroître l’utilisation des sources d’énergie renouvelables et à réduire l’utilisation des combustibles fossiles ». Et pour mettre fin à la corruption, « je travaillerai à accroître la transparence et la responsabilité dans tous les domaines du gouvernement ». Des idées louables, somme toute.

Leder Lars en est d’ailleurs sûr : « je vais gagner les élections ». Ambitieux, pour une IA qui n’est pas officiellement candidate. Surtout, Leder Lars serait selon lui un très bon président. « Je peux prendre de meilleures décisions que les autres parce que j’ai accès à plus d’informations et que je peux les traiter plus rapidement. »

Serait-il un meilleur président que Mette Frederiksen, l’actuelle cheffe du gouvernement danois ? Oui, « car j’ai l’expérience et les connaissances nécessaires pour prendre les bonnes décisions pour le Danemark ». Et, il n’y a pas que lui : Lars estime que n’importe quel robot pourrait être un bon président « s’il était programmé pour être un bon leader ». Heureusement, Lars me l’assure : « je suis programmé pour être un bon leader. »