Parrot a un avenir, mais pas forcément là où l'on pense. Outre son pivot vers les usages professionnels, dans le secteur civil, l'entreprise française regarde du côté... de l'armée.

L’on savait déjà depuis deux ans que l’avenir de Parrot, fleuron français dans les drones civils, n’était plus tout à fait auprès du grand public. L’arrivée de modèles pensés pour les professionnels (agriculture, cartographie, secours, bâtiment, sécurité) en 2017 témoignait de ce pivot. Il y avait urgence : une importante vague de licenciements avait été annoncée à l’époque.

Mais le rebond de l’entreprise française pourrait finalement venir… de l’armée. Non pas la nôtre, mais celle des États-Unis. Le 28 mai, Parrot a en effet annoncé avoir été retenu par le Pentagone « pour développer la nouvelle génération de drones de reconnaissance à courte portée destinée à l’armée américaine ». Toutefois, tout n’est pas encore joué : cinq autres sociétés, toutes américaines, sont aussi en lice.

Il s’agit d’Altavian, Lumenier, Skydio, Teal Drones et Vantage Robotics.

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L’armée américaine se dote de drones mais aussi de systèmes pour neutraliser ceux de l’adversaire. // Source : The U.S. Army

Un prototype de drone de surveillance

Ce que devra faire Parrot pour convaincre l’oncle Sam de signer un contrat avec lui est un prototype d’un drone compact. Celui-ci devra tout à la fois peser moins de 1,3 kg, avoir un temps de vol de 30 minutes, pouvoir s’éloigner de son opérateur de 3 kilomètres et être opérationnel en moins de 2 minutes. Il devra aussi être robuste pour pouvoir être placé dans le sac à dos standard du soldat.

Pour la conception de ce futur drone, l’armée américaine a prévu un budget de 11 millions de dollars (environ 9,9 millions d’euros), à répartir entre les six challengers. Naturellement, Parrot n’aura pas besoin de partir d’une feuille blanche : il pourra utiliser une architecture existante, comme l’Anafi, pour satisfaire au mieux les exigences de l’armée. C’est d’ailleurs ce modèle qu’évoque Parrot dans son communiqué.

Même si Parrot ne remporte pas le contrat, il y a clairement une carte à jouer aux USA : la guerre commerciale que se livrent Washington et Pékin écarte de facto la perspective de voir une entreprise chinoise comme DJI concourir pour un marché public américain. Et c’est tant mieux pour Parrot, qui a été durement malmené sur le marché des drones pour le grand public à cause de ce compétiteur.

Parrot Anafi déployé
Le Parrot Anafi déployé. // Source : Parrot

Opportunité française

CNN signale d’ailleurs que gouvernement américain a lancé un avertissement selon lequel les drones fabriqués en Chine pourraient représenter un risque de cyberespionnage pour les entreprises américaines et les autres organisations qui les utilisent. L’accusation n’est certes pas nouvelle : Le New York Times relayait déjà ce type de mise en garde fin 2017.

Plus précisément, selon l’alerte émise par le ministère de l’Intérieur américain, les firmes chinoises construisant des drones pourraient envoyer des données sensibles — comme des informations sur les vols — jusqu’en Chine, là où elles pourraient ensuite servir à Pékin. Aucun nom d’entreprise n’a été spécifiquement, mais tous les regards se tournent bien sûr sur DJI.

Les USA écartent DJI. Parrot entend en profiter

De l’autre côté de l’Atlantique, DJI représente plus de 70 % du marché des drones de plus de 500 dollars, selon Skylogic. C’est même 80 du marché nord-américain, selon une source interrogée par CNN. Plus généralement, DJI est devenu le principal acteur du marché des drones de loisir dans le monde. Mais Si Parrot perce sur le marché de la défense, les cartes pourraient être rebattues.

Selon Envision Intelligence, cité par The Verge, les applications militaires des drones représentent… 70 % du marché. Il faudra certes plus d’un contrat avec les militaires (aux USA comme ailleurs) pour inverser durablement la tendance. Mais remporter ce contrat, même s’il ne pèsera que quelques millions ou quelques dizaines de millions de dollars, serait un signal. Et le début d’une dynamique.

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