Jon von Tetzchner, créateur des navigateurs Opera et Vivaldi, accuse Google d'avoir suspendu ses publicités AdWords en mai 2017 en réaction à ses critiques contre les pratiques du géant en matière de collecte de données. Son témoignage vient s'ajouter aux derniers en date sur les mesures de « répression » adoptées par Google contre ses détracteurs.

Après les charges de l’ex-membre d’un think tank financé par Google et d’un organisme américain à but non lucratif, c’est au tour de Jon von Tetzchner de dénoncer les pratiques de Google. Dans un article publié sur le site de son nouveau navigateur, Vivaldi, le créateur d’Opera appelle le géant de Mountain View à mettre fin à ses méthodes jugées déloyales vis-à-vis de tout esprit critique (ou concurrent) de ses services.

Jon von Tetzchner y fustige les dérives du géant : « Le monopole de Google dans le domaine de la recherche et de la publicité montre malheureusement que [l’entreprise] ne résiste pas à des abus de pouvoir ». Après avoir retracé son histoire avec Google, qui remonte aux débuts du navigateur Opera — le premier à avoir intégré directement la recherche Google –, Jon von Tetzchner explique que Google a suspendu sans le moindre avertissement préalable la campagne publicitaire AdWords organisée pour promouvoir Vivaldi.

Outre les conditions d’utilisation assez floues invoquées par Google pour justifier cette suspension, l’entrepreneur norvégien souligne surtout un hasard de calendrier pour le moins surprenant : « C’est la seconde fois que ça m’arrive. Mais cette fois-ci, le timing en dit long. [En mai 2017] je venais de donner plusieurs interviews dans lesquelles j’exprimais mes inquiétudes au sujet de la collecte de données et du ciblage publicitaire, notamment tels qu’ils sont réalisés par Google et Facebook. »

Jon Von Tetzchner, créateur des navigateurs Opera et Vivaldi.

« Coïncidence ou message délibéré ? »

Il feint de s’interroger : « Deux jours après la publication de [ma critique contre cette collecte de données massive] dans Wired, nous avons constaté que toutes les campagnes menées via notre compte Google AdWord étaient suspendues […]. S’agissait-il d’une simple coïncidence ? Ou bien d’une décision délibérée, pour nous envoyer un message ? »

Face à ce blocage aux répercussions conséquentes, compte tenu de la position leader de Google dans les services publicitaires, Jon von Tetzchner contacte le géant de Mountain View afin de résoudre la situation. En échange de sa réintégration au système publicitaire leader de l’entreprise, Google lui suggère comment communiquer avec les utilisateurs de son service ou encore comment agencer son contenu sur le site de Vivaldi.

C’est le début d’un processus qui va traîner en longueur : « Nous avons fait notre possible pour comprendre leurs explications et collaborer avec eux sur leurs multiples demandes insensées (dont certaines ne sont même pas appliquées par Google). Après 3 mois d’allers-retours, la suspension de notre compte a pris fin, mais uniquement après que nous nous soyons pliés à leurs exigences. »

CC Spiros Vathis

« Une régulation de Google est nécessaire »

Jon von Tetzchner déplore la mentalité de Google, qu’il exhorte à revenir à son slogan informel, « don’t be evil » (« ne soyez pas malveillant ») : « Cette métamorphose d’une entreprise positive et geek en la brute qu’elle est aujourd’hui, en 2017, m’attriste. À mon sens, faire barrage à ses concurrents pour des raisons aussi ténues crédibilise les accusations sur les pratiques anticoncurrentielles [de Google]. Il est aujourd’hui légitime d’affirmer qu’une régulation de Google est nécessaire au vu de sa position. »

L’entreprise, connue pour son lobbying intense à Washington comme à Bruxelles, a connu un été particulièrement difficile. Après s’être vu infliger, en juin, une amende record de 2,4 milliards d’euros par la Commission européenne pour ses pratiques anticoncurrentielles, Google s’est vu accusé de financer des études universitaires qui servent ses intérêts.

Fin août, Eric Schmidt, président exécutif d’Alphabet (compagnie-mère de Google), était quant à lui soupçonné d’avoir poussé vers la sortie l’employé d’un think tank largement financé par Google. Son tort : s’être félicité, sur le site du groupe de réflexion, de l’amende record subie par l’entreprise. Google a aussi dû faire face à la polémique provoquée par la publication interne du plaidoyer sexiste signé d’un salarié — depuis licencié par l’entreprise.

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