L'album pop I Am AI est le premier à avoir été entièrement composé et produit par une intelligence artificielle. Une chanteuse s'est chargée d'écrire les paroles et de les chanter. Une situation qui repose la question du droit d'auteur pour les robots.

Les compositeurs n’ont qu’à bien se tenir ! Dans les années à venir, leur travail créatif sera peut-être concurrencé par des systèmes d’intelligence artificielle capables eux-aussi d’élaborer des musiques qui seront appréciées par le public. En fait, c’est déjà en partie le cas : il existe en effet plusieurs initiatives dans lesquelles des algorithmes sont mis à contribution pour générer des morceaux de musique.

La musique étant aussi une affaire de mathématiques, il n’est pas vraiment étonnant de voir l’émergence de projets comme Jukedeck, une IA qui compose de la musique libre de droits à la demande, FlowMachines, un système conçu par Sony pour créer du jazz et de la pop, DeepBach, qui cherche à imiter le génie de Jean-Sébastien Bach, Magenta de Google, qui vise à créer des chefs d’œuvre, ou encore Brain.fm.

Et la tendance ne paraît pas s’essouffler. Le site Futurism raconte que la chanteuse américaine Taryn Southern a mobilisé un système d’intelligence artificielle pour l’aider à composer un album pop I am AI. Il s’agit, selon nos confrères, du tout premier album pop à avoir été composé par une IA (la chanson phare, Break Free, est déjà sortie).

Dans cette « collaboration » d’un genre nouveau, les rôles ont été répartis comme suit : Taryn Southern s’est chargée d’écrire les paroles ainsi que de l’interprétation. En revanche, l’instrumentation a été confiée à Amper, le système d’IA, tout comme la production de l’album. À Futurism, Taryn Southern a déclaré croire que la collaboration artistique entre l’homme et la machine est l’avenir.

L’IA s’est chargée de l’instrumentation, la chanteuse des paroles et du chant

Et ce n’est pas tout.

Elle a même décidé de répartir ses royalties avec Amper, même s’il ne s’agit pas d’un humain (il n’est toutefois pas précisé si les gains seront divisés en deux, répartis en fonction du degré de contribution et si l’argent va aller à Amper ou à ses concepteurs). Son attitude vis-à-vis d’Amper tout comme l’implication de ce système dans la composition de la chanson reposent la question du droit d’auteur.

Dans la mesure où Break Free a été réalisée en partie par la chanteuse, tout comme le reste de l’album, la chanson n’est pas éligible pour entrer immédiatement dans le domaine public. Mais si elle avait été inventée de A à Z par Amper, peut-être que cette œuvre aurait automatiquement versée dans le domaine public, faute d’avoir un auteur investi d’une « personnalité juridique ». À moins que la chanson puisse  faire l’objet d’une appropriation par la personne qui possède l’IA ?

Et quid du droit des robots qui inventeraient un récit ?
CC Mirko Tobias Schäfer

Comme nous avons eu l’occasion de le faire remarquer, le tout premier article du code de la propriété intellectuelle dispose que pour être protégée au titre des droits d’auteur, une œuvre doit être une « œuvre de l’esprit ». La jurisprudence nous dit que n’est « de l’esprit » que ce qui est original, ce qui porte « l’empreinte de la personnalité » de l’auteur.

Or par définition, une IA n’est pas humaine et ne possède donc pas de personnalité juridique. Elle ne peut pas prétendre à être auteure. Pas plus que ses créateurs ne peuvent prétendre être les auteurs de ce que crée leur chose. On retrouve, avec les créations artistiques générées par un ordinateur selon des algorithmes autonomes, les mêmes problématiques que celles qui se posent aux créations artistiques d’animaux.

Droit d’auteur du robot ?

C’est de ce constat qu’est née la réflexion autour d’un « droit d’auteur du robot », qui aurait pour finalité de financer la création par des robots artistes, dont les œuvres passeraient très vite dans le domaine public.

C’était à la base l’idée du droit d’auteur pour les humains : donner aux auteurs un monopole de quelques années sur leurs œuvres, pour leur assurer temporairement de quoi créer de nouvelles œuvres, et ainsi de suite. Sauf qu’avec un droit qui survit 70 ans après leur mort, l’incitation à la création de nouvelles œuvres a disparu, au profit de l’exploitation continue des anciennes.

En 2016, un projet de résolution du Parlement européen a proposé de réfléchir à accorder des droits de propriété intellectuelle spécifiques sur les œuvres crées par des IA. Elle a aussi suggéré de discuter de l’opportunité de donner aux robots une personnalité juridique. Mais pour un certain nombre d’experts interrogés lors d’un séminaire à Bruxelles en début d’année, il faut avancer prudemment sur ce sujet.

À lire sur Numerama : Droit des robots  : «  a-t-on besoin d’une nouvelle personnalité juridique  ?  »

Partager sur les réseaux sociaux