De la légitimité du droit d'auteur et du domaine public
Guillaume Champeau -
publié le Lundi 14 Novembre 2011 à 15h56 -
posté dans Société 2.0
![]() Petite réflexion sur le droit d'auteur et le domaine public, ou comment un contrat social vieux de moins de trois siècles a été oublié et perverti en quelques générations...
C'est le nouveau slogan de l'UMP, pour la campagne 2012 : "le parti des droits et des devoirs". L'occasion pour nous de rappeler que s'il faut effectivement un équilibre entre droits et obligations, il serait temps d'ouvrir un grand débat sur le droit d'auteur à l'aune des devoirs des créateurs. Quels sont et quels devraient être, vis à vis de la société, les droits et les devoirs de ceux qui se sont donnés comme profession le fait de créer des oeuvres ? Ce débat est particulièrement crispant sur la question du domaine public. Nous l'avons ressenti avec une certaine stupeur lors du débat organisé au MaMa 2011 par CD1D, où étaient presque exclusivement présents des professionnels de la musique. Le fait de rappeler qu'une oeuvre appartient par principe non pas à l'auteur mais à la société tout entière, et que c'est par l'effet d'un contrat social (le droit d'auteur) que l'oeuvre est d'abord gérée en exclusivité par l'auteur pendant une période strictement limitée, a été vécu comme un véritable affront d'éffronté par les auteurs, artistes, producteurs et éditeurs présents. C'est pourtant bien cela ; l'oeuvre appartient au domaine public, mais par la loi la société accorde à l'auteur un monopole temporaire dont l'idée originelle était qu'il devait permettre à l'auteur de créer d'autres oeuvres. Le temps de ce monopole, l'auteur touche les droits qui lui permettent de vivre pendant la création de la prochaine oeuvre. Et ainsi de suite. Depuis, ce principe originel qui reste inscrit dans la construction juridique du droit d'auteur a été totalement oublié par les auteurs et ceux qui les défendent. Surtout, il a été totalement galvaudé. Au point que la durée du monopole est devenu une variable d'ajustement des prestatations sociales, dont on voudrait compenser la pauvreté par un affaiblissement du domaine public. Dans l'esprit des créateurs professionnels, le domaine public n'est plus vu comme une normalité, mais comme une exception anormale. Comme une forme d'expropriation qu'il faudrait refuser. "Je m'y emploie", nous répondait presque sérieusement la représentante de la Sacem, Mme Kerr-Vignale, lorsque nous redoutions que dans 400 ans, les oeuvres réalisées aujourd'hui seraient toujours couvertes par le droit d'auteur exclusif, sous l'effet des prolongements successifs. Depuis le Statute of Anne de 1709 (ce qui était hier à l'échelle de l'humanité), la durée du monopole est passée de 14 ans après la création de l'oeuvre à 70 ans après la mort de l'auteur. Par ailleurs, les auteurs ont oublié que ce n'est pas parce qu'ils ont un droit qu'ils ont le devoir de le faire respecter. L'affaire Paroles.net est à cet égard révélatrice. Voilà un site dont l'activité ne causait aux ayants droit qu'un préjudice minimal, qui ne générait pas de revenus suffisants pour permettre sa légalisation dans les termes financiers voulus par les ayants droit, qui ne connaît aucune concurrence "légale" véritable, et qui a dû fermer ses portes parce que les ayants droit ont décidé qu'il fallait payer (et si possible cher) toute exploitation de leurs oeuvres. Même les plus insignifiantes sur le plan économique. L'absurdité est telle que même l'Hadopi s'en est emparée pour tenter de comprendre, via ses Labs, quelle pouvait être la motivation des ayants droit. Que cela plaise ou non, que ce propos paraisse juste ou injuste, il reste que l'auteur ne vit bel et bien que grâce au monopole temporaire que lui accorde le public sur son oeuvre. C'est le citoyen, à travers le législateur, qui permet à l'auteur de créer et d'en être rémunéré. C'est ce qui rend d'autant plus absurde le fait que ce même législateur permette aux auteurs d'attaquer les citoyens, à travers l'Hadopi ou des actions judiciaires. Les deux mouvements opposés ne sont guère compatibles. Or il faut rappeler ici, une nouvelle fois, les propos de Victor Hugo lorsqu'il prononçait en 1878 son discours d'ouverture de l'Association littéraire et artistique internationale (ALAI) :
Il ajoutait ensuite : "mais, je viens de le dire, ce sacrifice n’est pas nécessaire". Il ne l'est pas davantage aujourd'hui. Mais l'on est en train progressivement de sacrifier "l'intérêt public" sur l'autel du droit de l'écrivain. Il faut revenir aux fondamentaux, ouvrir un grand débat public sur la légitimité des droits des auteurs, et rééquilibrer les deux plateaux de la balance. Une mission toute trouvée pour le "parti des droits et des devoirs". A moins que les droits ne soient que d'un côté, et les devoirs de l'autre ?
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Commentaires à propos de «De la légitimité du droit d'auteur et du domaine public»
Hélas aujourd'hui, c'est toute une société qui est basé sur cette pervertion du droit d'auteurs. Aujourd'hui, de mon point de vue, le reve americain c'est quoi... inventer ou ecrire un truc qui te permettra d'en tirer une rente toute ta vie.
Le jour où vous raconter un projet de livre que vous etes entrain d'ecrire a votre coloc, et que sa premiere reaction c'est "ah bah je peux t'aider, a deux c'est plus vite! comme ça on le sort, on le vend et si ça marche on va pouvoir arreter de travailler"... bah c'est etrange Demian, le 14/11/2011 - 16:13 Leur nouveau slogan ne prouve qu'une chose: leur dédain croissant envers la population et tout ceux qui ne sont pas des "amis du Fouquet's". S'il y a un parti qui a le plus bafoué les lois en France, c'est bien l'UMP. ouai, alors la par contre, j'ai beau ne pas supporter la droite, c'est un terrain sur lequel je m'avancerais pas Draak, le 14/11/2011 - 16:14 Demian, le 14/11/2011 - 16:13 Leur nouveau slogan ne prouve qu'une chose: leur dédain croissant envers la population et tout ceux qui ne sont pas des "amis du Fouquet's". S'il y a un parti qui a le plus bafoué les lois en France, c'est bien l'UMP. ouai, alors la par contre, j'ai beau ne pas supporter la droite, c'est un terrain sur lequel je m'avancerais pas Ne pas élargir à un autre contexte que celui de l'article, à savoir les lois sur le droit d'auteur. J'aurais dû préciser dés le départ. Toutes mes confuses. Très bon article, mais son titre ne le met vraiment pas en valeur. Je m'attendais à un article à la limite du troll contre l'UMP et je trouve un article bien pensé sur les problématiques liées au droit d'auteur. Du coup j'aimerais partager l'article via Facebook, mais tout ce que les gens verront c'est le titre, qui ne les incitera pas à lire l'article.
Très bon article de fond qui remet les choses dans leur contexte...
Et forcément, y'en a qui sont gênés de se voir "rabaissé" au rang qu'ils n'auraient jamais du quitter. A diffuser ! Merci Guillaume pour ce salutaire rappel de l'origine des principes que les busards de l'UMP tordent et retordent (mais pas qu'eux). Le droit d'auteur, à l'origine et jusqu'il y a peu, c'était bien un monopole provisoire et personnel, une simple parenthèse dérogatoire au principe général de domaine public : la "récompense", la contrepartie qu'accorde la société à un créateur qui lui apporte son art, afin de l'encourager à recommencer.
Le problème, c'est que de plus en plus, les clientélistes qui rédigent les lois contemporaines n'ont jamais ouvert un bouquin de droit. Ou s'ils l'ont fait, ils se sont empressés de l'oublier en adoptant les thèses de quelques corporations... ces industries qui se sont justement appuyées sur le droit d'auteur pour créer un "droit d'éditeur" à l'ère de la musique enregistrée. La musique enregistrée étant en passe de disparaître, le "droit d'éditeur" aussi. Il est même très urgent que disparaissent les prérogatives des éditeurs pour rendre aux auteurs la rémunération qui n'aurait pas dû leur échapper à ce point. Deux exemples des effets bénéfiques : ramener la durée du monopole à quelques années, au lieu des décennies actuelles. Et rendre aux artistes les 80 à 90% de rémunération qu'absorbent les intermédiaires économiques devenus inutiles. J'ajoute un article, sur des questions un peu voisines mais plus centrées sur l'audiovisuel : http://culturevisuelle.org/icones/2191 tout à fait d'accord, très bon article de fond, alors que pourtant au départ on s'attend à un petit troll sur le slogan UMP! enfin si j'avais le choix je voterai pour Victor Hugo sans hésiter :-) comment la société actuelle fait tout pour faire passer à l'oubli ce genre de règles élémentaires ?
Personnellement, depuis que les majors en tout genre se sont lancées dans la répression à tout va, je considère qu'à partir du moment où
- je suis allé voir un film au cinéma - qu'un film est passé à la télé Je m'octroie le droit de le télécharger afin de le revoir quand j'en ai envie. Malheureusement c'est ma loi, et pas LA loi yonux, le 14/11/2011 - 17:18 Personnellement, depuis que les majors en tout genre se sont lancées dans la répression à tout va, je considère qu'à partir du moment où - je suis allé voir un film au cinéma - qu'un film est passé à la télé Je m'octroie le droit de le télécharger afin de le revoir quand j'en ai envie. Malheureusement c'est ma loi, et pas LA loi db La prolongation des droits continuera tant que personne n'aura dit "merde" à Disney malheureusement.
je pense que le galvaudage du droit d'auteur est principalement du à l'émergence du droit de propriété intellectuelle, principalement sponsorisé par de grosses boites commerciales qui ont les moyens (dans tous les sens du terme) de défendre et de modifier ce droit à leur profit.
d'autre part, on constate aujourd'hui que les principaux bénéficiaires du droit d'auteur (ou plutot de l'exploitation des oeuvres, bref des droits voisins) sont justement de grosses boites commerciales, voire de très très grosses (vivendi universal), lesquelles sont totalement sourdes à toute considération sociale de l'oeuvre ou du droit en question. bref, sinon pour le parti "des droits et des devoirs", c'est dans la même ligne que la "république irréprochable" ou ce genre de truc militant pour un monde tout bleu ou tout le monde est beau et gentil. personne n'y croit, vu le nombre de casserolles que l'UMP se trimballe depuis 5 ans, et va continuer de se trimballer. Parce que c'est bien gentil de se la jouer les pères la vertu, encore faut-il se l'appliquer afin d'être crédible. Je suis musicien. Compositeur en fait. Ecrire et vendre ma musique, c'est mon gagne-pain. J'ai bossé très dur, et je continue de bosser dur pour pouvoir gagner ma vie avec ma création.
Et parce que j'ai bossé et que je bosse très très dur pour y arriver, moi seul, j'aimerais beaucoup que ma musique ne serve qu'à faire vivre ma famille et moi-même. Certainement pas une bande de glands qui s'enrichira sur mon travail pendant plus d'un demi siècle après ma mort... J'ai beau être auteur, je trouve les réactions de la génération qui me précède totalement scandaleuses et vides de sens. JIl est normal qu'un auteur puisse vivre de sa musique, de ses films, de ses livres et de n'importe quel domaine dans lequel il exerce.... il est aussi normal d'avoir des organismes, sociétés qui aident dans ce sens. Mais il est beaucoup moins normal que des sociétés, des personnes n'ayant à aucun moment fait partie du processus créatif ou représentatif se remplissent les poches d'une manière indécente voire malsaine... Et je parle même pas de certaines pratiques d'organismes que je ne citerai pas.... "Tiens, ce musicien là est mort, on a deux héritiers potentiels.... Et si on faisait en sorte que les héritiers se foutent sur la gueule, comme ça nous on continue d'encaisser tranquillement les droits pendant que les héritiers se battent pour savoir qui y aura droit ?" J'attends sincèrement une solution un poil plus équilibrée dans le futur... Pas envie qu'une bande de robots cravatés bouffe sur mon cadavre. ChainSW, le 14/11/2011 - 17:47
Je suis musicien. Compositeur en fait. Ecrire et vendre ma musique, c'est mon gagne-pain. J'ai bossé très dur, et je continue de bosser dur pour pouvoir gagner ma vie avec ma création. Et parce que j'ai bossé et que je bosse très très dur pour y arriver, moi seul, j'aimerais beaucoup que ma musique ne serve qu'à faire vivre ma famille et moi-même. Certainement pas une bande de glands qui s'enrichira sur mon travail pendant plus d'un demi siècle après ma mort... J'ai beau être auteur, je trouve les réactions de la génération qui me précède totalement scandaleuses et vides de sens. JIl est normal qu'un auteur puisse vivre de sa musique, de ses films, de ses livres et de n'importe quel domaine dans lequel il exerce.... il est aussi normal d'avoir des organismes, sociétés qui aident dans ce sens. Mais il est beaucoup moins normal que des sociétés, des personnes n'ayant à aucun moment fait partie du processus créatif ou représentatif se remplissent les poches d'une manière indécente voire malsaine... Et je parle même pas de certaines pratiques d'organismes que je ne citerai pas.... "Tiens, ce musicien là est mort, on a deux héritiers potentiels.... Et si on faisait en sorte que les héritiers se foutent sur la gueule, comme ça nous on continue d'encaisser tranquillement les droits pendant que les héritiers se battent pour savoir qui y aura droit ?" J'attends sincèrement une solution un poil plus équilibrée dans le futur... Pas envie qu'une bande de robots cravatés bouffe sur mon cadavre. Ben, tu rêves éveillé ! L'équilibre se fera sans doute à travers le copyright Anglo-Saxon, et non plus avec le Droit d'Auteur à la française... Tu vas devoir renouveler régulièrement tes compositions, pour vivre et faire vivre ta famille avec ! Les anciens ont trop abusé ... Oui je sais, c'est dur la vie ! Mais, c'est bon la vie !
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