Chaque samedi, c'est la compilation de l'actualité de la propriété intellectuelle et de ses dérives, concoctée par Lionel Maurel et Thomas Fourmeux.

Cette semaine le Copyright Madness revient sur l’interminable affaire du Monkey Selfie, les potentiels soucis à venir pour Pokémon Go, une célèbre punchline de Patrick Swayze, et une bien curieuse dérive en lien avec les mots croisés. Bonne lecture et à la semaine prochaine.

Copyright Madness

Planète des singes. Cela fait des années maintenant que nous vous parlons de l’affaire du « Monkey Selfie ». Voilà qu’elle rebondit encore ! L’association PETA a décidé de porter en appel une demande visant à faire reconnaître le droit d’auteur d’un macaque sur une photographie prise dans la jungle avec l’appareil d’un photographe animalier. L’an dernier, la justice américaine avait sèchement envoyé dans les choux l’association, mais celle-ci semble décidée à aller jusqu’au bout. On vous parie que cette affaire abracadabrante ira à présent jusqu’à la Cour suprême !

Singe
CC Kai Morgener

Cruciverbiste. Quand la folie du copyright va se loger jusque dans une grille de mots-croisés, ça peut faire mal ! Un artiste contemporain exposait dans un musée allemand une œuvre constituée d’une grille vierge de mots-croisés datant de 1977, accompagnée de la légende « Insert Words ». Or une femme de 90 ans l’a pris au mot et a commencé à remplir la grille avec un stylo, avant d’être stoppée par les gardiens. Le musée a depuis entrepris de nettoyer l’œuvre en effaçant les mots inscrits. Mais l’indélicate a décidé d’envoyer ses avocats, en considérant que cet effaçage portait atteinte à son copyright ! Elle va même jusqu’à estimer que l’œuvre est désormais « collaborative » et qu’elle doit être considérée comme coauteure… Est-ce qu’il y a un mot qui définit ce degré de délire ?

Mots-croisés
CC Chip Griffin

Sang d’encre. L’éditeur de jeux vidéo Take-Two Interactive a eu très chaud cette semaine. Il était accusé d’avoir réutilisé dans l’un de ses jeux des reproductions de tatouages figurant sur la peau de célèbres joueurs de basket. La société représentant les tatoueurs demandait des milliards de dollars (vous avez bien lu…) en dommages et intérêts pour violation de droits d’auteur. La justice américaine a repoussé ces prétentions, car les tatouages ont été enregistrés trop tard. Elle admet toutefois que cet usage dans le jeu constitue bien une violation de copyright. Quand on sait la part énorme de la population qui porte aujourd’hui des tatouages, cela promet de nouvelles dérives bien corsées…

tatouage
CC Alexander Kuzovlev

Trademark Madness

David contre Goliath. On vous parlait la semaine dernière des premières dérives en lien avec les Jeux olympiques. La branche américaine du CIO a commencé à envoyer des courriers pour interdire l’usage de certains mots et hashtags en lien avec la compétition (Olympics, #Rio2016, etc) sur Twitter à des sociétés qui ne sont pas des sponsors officiels. Mais une petite société de nettoyage de tapis du Minnesota a décidé de ne pas se laisser faire ! Elle contre-attaque cette semaine en traînant en justice le CIO pour se plaindre de cette appropriation du langage ! On salue un tel courage et on souhaite bonne chance à ce David des temps modernes qui s’attaque à forte partie. Un procès qui risque d’être tout aussi passionnant que les jeux de Rio !

Flamme olympique
CC Aslan Media

Dirty trolling. Vous vous souvenez peut-être que dans le film Dirty Dancing, l’acteur Patrick Swayze prononce la phrase « Nobody Puts Baby in a Corner » (« On ne laisse pas bébé dans un coin »). Si vous l’aviez oubliée, soyez assuré que ce n’est pas le cas des studios Lionsgate qui détiennent les droits sur le film. Ces derniers ont en effet déposé une marque sur cette réplique et ils attaquent en justice la société de courtage TD Ameritrade pour voir réutilisé la phrase dans une publicité la parodiant. Si toutes les punchlines des films finissent enregistrées comme marques, ça va devenir « dirty », c’est certain !

Patrick Swayze
Extrait de Dirty Dancing.

Patent Madness

Réalité déjantée. Vous aimez Pokémon Go ? Hé bien dépêchez-vous d’y jouer, parce que cela risque de ne pas durer à cause du droit des brevets… Le magazine Forbes explique en effet que Nintendo et Niantic détiennent plusieurs brevets importants en lien avec la réalité augmentée, ce qui devrait les protéger. Mais ceux-ci ont été déposés après 2014. Or c’est postérieur à une importante décision de la Cour suprême (Alice v CLS Bank) qui a sévèrement limité la portée des brevets logiciels. Cela signifie que Nintendo et Niantic sont en réalité assez vulnérables et, étant donné les masses de dollars générés par Pokémon Go, on n’est pas à l’abri qu’un Patent Troll sorte du bois pour essayer d’en croquer…

Extrait de Pokémon.
Extrait de Pokémon.

123456. Chaque mois, l’association EFF décerne le « Stupid Patent of The Month » et celui du mois de juillet est particulièrement absurde. La société Solocron Education revendique en effet l’invention d’un système particulièrement ingénieux pour protéger des contenus : les mots de passe… Oui, vous avez bien lu : elle a obtenu un brevet sur un « système informatique permettant l’accès à un contenu après insertion de l’identité de l’utilisateur et un mot de passe ». Et depuis le début de la seule année 2016, elle a déjà attaqué en justice plusieurs dizaines de sociétés aux États-Unis sur la base de ce brevet en carton-pâte, sans doute délivré par un examinateur ivre ou sous substance psychotrope !

Mots de passe faibles

Le Copyright Madness vous est offert par :

Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à tous ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

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