Le directeur de l'agence du renseignement intérieur allemand estime que les géants du web comme Facebook représentent une menace pour la démocratie. Il leur reproche de relayer des contenus mensongers - les fameuses fake news - sans assumer la responsabilité de leur vérification.

Selon Hans-Georg Maassen, directeur de l’agence du renseignement intérieur allemand, les géants du web tels que Facebook menacent la démocratie dès lors qu’ils relayent des fake news sans vérification. À l’occasion d’une conférence dédiée à la cybersécurité, le patron de l’Office de protection de la Constitution a en effet fustigé l’attitude de certaines grandes plateformes, qui fuient à ses yeux leurs responsabilités en matière de désinformation.

Si Facebook n’est pas nommé directement, la critique est limpide : « Nous sommes en train de découvrir qu’il existe un cinquième pouvoir, qui met en avant des affirmations mais, à ce stade, ne souhaite en assumer aucune responsabilité sociale. Ces grandes entreprises numériques se voient uniquement comme des relais d’information et se cachent derrière les avantages légaux [qui leur sont octroyés] puisqu’elles ne veulent pas se charger de la vérification de leur contenu ».

Depuis plusieurs mois, le réseau social aux 2 milliards d’utilisateurs — et aux 30 millions en Allemagne — multiplie les annonces autour de ses partenariats avec des journalistes et fact-checkers chargés de vérifier la véracité des contenus partagés sur sa plateforme. Mais plusieurs d’entre eux dénoncent le manque d’investissement réel de Facebook en la matière — qui y voit surtout une manière de communiquer positivement. En outre, l’entreprise de Mark Zuckerberg refuse d’être considérée comme un média, même si cette défense semble de plus en plus difficile à tenir.

L’Allemagne, particulièrement stricte à l’égard des réseaux sociaux

Cette posture s’avère d’autant plus stratégique pour Facebook que l’Allemagne, connue sa fermeté de longue date avec les réseaux sociaux, a adopté cet été une loi remarquée en Europe, qui pourrait servir de modèle à d’autres gouvernements.

Elle permet d’infliger une amende pouvant s’élever jusqu’à 50 millions d’euros aux plateformes telles que YouTube, Twitter et Facebook dès lors qu’elles ne suppriment pas sous 24 heures les contenus haineux — appels à la violence, propagande terroriste, insultes… — et les fake news qui leur sont signalés par les internautes.

La mesure est applaudie par certains mais décriée par d’autres, comme l’ONG Reporters sans frontières : « RSF craint que cette loi mène à des dérives et à la multiplication de cas de censure dans la mesure où les réseaux sociaux pourraient être tentés de supprimer plus de contenus pour payer moins d’amendes, ce qui est bien entendu incompatible avec les textes internationaux en matière de droits de l’Homme.  »

Hans-Georg Maassen n’a pas manqué non plus de dénoncer la campagne d’influence russe menée sur Facebook pendant la dernière élection présidentielle américaine, autre signe, selon lui, des dangers représentés par un réseau social dépourvu de garde-fous suffisamment stables : « Le pluralisme démocratique perd ses racines s’il n’est plus basé sur des faits comme sur la réalité et se retrouve [à la place] réduit à de simples opinions ».

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