Présentée comme une taxe de 3 € sur les petits colis, la nouvelle mesure européenne paraît relativement simple en apparence. Une commande passée sur Shein, Temu ou AliExpress, trois euros supplémentaires, et l’affaire serait réglée.
Son fonctionnement est en réalité un peu plus complexe et peut vous coûter plus cher si vous n’y prêtez pas attention — et ce, sans vraiment régler le problème de fond.
La taxe de 3 € ne s’applique pas par colis, mais par catégorie de produit
C’est toute la nuance de cette loi : on ne parle pas du colis, mais de ce qu’il contient. Cependant, il ne s’agit pas nécessairement de chaque objet physique placé dans le carton, mais de chaque ligne de marchandise déclarée, déterminée selon sa catégorie douanière. Le montant final dépend donc de la diversité du panier, pas de sa valeur.

Un colis contenant plusieurs t-shirts identiques pourra, s’ils sont regroupés sous la même référence douanière, ne générer qu’une seule ligne à 3 €. En revanche, une commande composée d’un t-shirt, d’une paire de chaussures et d’une coque de smartphone peut relever de trois catégories différentes. Le droit de douane pourrait alors atteindre 9 €, alors même que tous les produits voyagent dans un seul colis comme le souligne LeoTechMaker sur X.
Plus le panier contient différents produits, plus les 3 € sont donc susceptibles de se multiplier. Ce mécanisme devrait en réalité s’appliquer plus de fois que l’on ne croit. Les commandes sur Shein, Temu ou AliExpress cumulent souvent vêtements, accessoires, bijoux et petits objets électroniques vendus quelques euros.



Le calcul exact dépendra toutefois de la déclaration douanière transmise par le vendeur ou la plateforme, mais aujourd’hui la plupart semblent répercuter automatiquement la taxe dans le panier.
Pourquoi la taxe française de 2 € a été remplacée ?
La France avait devancé la taxe à 3 € de l’Union européenne en instaurant sa propre taxe sur les petits colis dans la loi de finances pour 2026. Entrée en vigueur le 1er mars, elle prévoyait déjà un prélèvement de 2 € par article de marchandise déclaré pour les envois de moins de 150 € provenant d’un pays extérieur à l’UE. Le fonctionnement était le même et s’appliquait à plusieurs catégories douanières.
Cette taxe nationale était toutefois temporaire. La taxe française de 2 € comportait une faille liée à son périmètre national : les plateformes pouvaient faire dédouaner leurs colis dans un autre État membre, notamment en Belgique ou aux Pays-Bas, avant de les acheminer vers la France. Une fois mis en libre circulation dans l’Union européenne, les produits n’étaient plus considérés comme des importations lors de leur arrivée sur le territoire français et échappaient ainsi au prélèvement français.

Le nouveau droit forfaitaire de 3 € corrige entre autres cette parade puisqu’il s’applique désormais dès le dédouanement dans l’ensemble de l’Union européenne, quel que soit le pays d’entrée choisi. Passer par un aéroport voisin ne permet donc plus de l’éviter. Les plateformes peuvent toujours importer leurs marchandises en gros dans des entrepôts européens avant de livrer leurs clients, mais elles basculent alors vers le régime douanier classique et doivent acquitter les droits et taxes correspondants en amont.
1 € en plus qui ne règle finalement toujours pas le problème
Le montant fixe de 3 € n’a rien d’anodin : il est justement dans la fourchette pour rendre les achats à très bas prix beaucoup moins attractifs. Dans certains cas, l’addition augmente encore. En effet, lorsque la TVA est calculée à l’arrivée du colis, elle porte aussi sur le droit de douane. Au taux français de 20 %, les 3 € entraînent alors 60 centimes supplémentaires, soit un surcoût de 3,60 € par catégorie de marchandise.
Lorsqu’une coque vendue 2 € supporte un droit supérieur à sa propre valeur, le modèle économique promis par Temu ou Shein n’a plus vraiment d’intérêt. L’objectif dissuasif est donc évident, mais la méthode manque de proportionnalité et risque surtout de déplacer le problème plutôt que de le résoudre.
Sur le principe, la mesure poursuit pourtant un objectif défendable, à savoir limiter l’afflux de millions de petits colis expédiés individuellement, avec le coût écologique que cela implique, et rétablir une concurrence plus équitable avec les commerçants européens. En 2025, 5,9 milliards d’articles de faible valeur sont entrés dans l’Union européenne, soit plus de 16 millions de colis dédouanés chaque jour.
Mais le souci, c’est que les produits visés ne disparaîtront pas pour autant du sol européen avec cette mesure. Beaucoup restent disponibles sur d’autres plateformes (notamment sur Amazon), souvent auprès de vendeurs qui les ont importés en gros et stockés en Europe.

Dans ce cas, le client ne paie pas directement les 3 € : les frais d’importation ont été réglés en amont et peuvent être intégrés au prix de vente. La mesure risque ainsi moins de supprimer ces produits que de favoriser Amazon, les vendeurs et plateformes disposant d’entrepôts européens. Le résultat, c’est que vous paierez plus cher en bout de course, pour les mêmes produits low-cost.
L’autre point de crispation concerne son champ d’application, qui dépasse en réalité largement Shein, Temu et AliExpress, pourtant régulièrement présentés comme ses principales « cibles ». Un particulier qui commande une pièce détachée introuvable en Europe, une création artisanale ou un produit vendu par une petite boutique étrangère subit le même forfait qu’un panier de fast fashion. La taxe ne distingue donc pas l’achat impulsif du produit nécessaire que l’on ne peut pas trouver ailleurs.
Cette absence de nuance semble d’ailleurs reconnue, en creux, par le calendrier européen lui-même. À partir de 2028, le forfait de 3 € doit être remplacé par des droits de douane variables, calculés selon le prix, la nature et le pays d’origine du produit. Un article vendu 2 € ne devrait donc plus être taxé de la même manière qu’un produit à 100 €. Mais en attendant, le consommateur risque de supporter le coût d’un outil volontairement rudimentaire.
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