Après un été à s'échauffer, le front syndical des coursiers Deliveroo est désormais une réalité. Paris, Bordeaux, Lyon et Nantes vivront le weekend prochain les premières manifestations d'un mouvement national de grogne contre la startup anglaise. Les coursiers demandent entre autres, la préservation de leur paiement à l'heure.

Dure impasse pour la startup anglaise Deliveroo : ses coursiers, désormais organisés en collectifs et syndicats, ne lâcheront pas l’affaire quant au passage au paiement à la course.

L’affaire a débuté à cause de la décision de la firme d’en finir avec ses vieux modes de paiement à l’heure, qui concernerait près de 1 000 coursiers en France selon les coursiers et 600 selon Deliveroo. Selon les collectifs formés spontanément pour protester contre ce changement, le paiement à la course serait avantageux pour Deliveroo et gravement désavantageux pour les cyclistes qui tentent de vivre de leur activité. Pour vous donner une idée, nous reprenions les différents calculs qui forment le revenu d’un coursier dans un papier précédent.

Et un front syndical fut

Aujourd’hui, les collectifs militants sont arrivés à maturité et l’idée d’une grève — on parle ici de déconnexion — nationale devient concrète. Pourtant éclatés sur le territoire, les groupes de coursiers ont construit, depuis le début du mois d’août, un mouvement qu’ils espèrent porteur — et national.

Le Clap à Paris lors de ses premiers rassemblements

À Bordeaux, il faut compter sur la CGT, à Lyon, sur le Club des Coursiers (2CL), à Paris, c’est le Clap dont nous parlions récemment, et à Nantes, c’est l’Asso des Bikers Nantais qui tient les banderoles ; certains de ces groupes ont posé des statuts en préfecture et se considèrent comme des syndicats, d’autres préfèrent une organisation moins stricte, plus naturelle pour cette génération, organisée via Facebook.

Selon Baptiste P., du 2CL lyonnais, c’est justement le réseau social qui a rendu possible une organisation spontanée et décentralisée alors que les coursiers apprenaient, les uns après les autres, qu’ils seraient touchés par les nouveaux tarifs de la startup.

« Quand Deliveroo a commencé à contacter les coursiers pour la rupture de contrat, ce fut notre élément déclencheur, résume-t-il. Sur Facebook, nous avons commencé chacun dans notre coin, puis Bordeaux a manifesté en premier, puis nous et enfin Paris.  » Aujourd’hui, tous les mouvements régionaux sont en contact et lorsque le groupe de Lyon rencontrait la direction locale de Deliveroo la semaine passée, c’était au nom de tous les coursiers lésés par le nouveau système de paiement.

« Tout se joue à Londres »

Depuis cette rencontre, les coursiers ont décidé de ne plus jamais se déplacer pour s’entretenir avec les directions régionales de la startup. Baptiste tente de résumer : « Ils se rendent compte que nous avons rien à perdre — si nous perdons la manche, la plupart d’entre nous devra arrêter de travailler avec Deliveroo –, ils nous écoutent, se montrent même sympa, mais c’est à Londres que tout se joue.  »

À Lyon, Deliveroo a pourtant tenté un geste : des barèmes minimums garantis tous les jours, de 14h30 à 18h30 pendant trois mois. « Une mesurette, s’impatiente notre coursier qui détaille : en après-midi, à Lyon, sur ce type de créneau vous avez 20 places maximum [pour que les coursiers s’inscrivent]. Donc pendant trois mois, Deliveroo va faire un geste pour une dizaine de coursiers par jourCe n’est pas une sortie de crise, mais nous savons qu’à Londres, ils s’arrachent les cheveux. »

Et en effet, dans la Capitale des Gaules les coursiers ont entendu François Klein de la startup expliquer qu’une « autre proposition  » serait bientôt sur la table, sans en dire plus. Les coursiers ont finalement obtenu de la direction lyonnaise qu’elle reconnaisse la fin de l’obligation de porter le matériel de la marque (payé par les coursiers) : ce sera le 28 août.

Livreuse Deliveroo / CC. AJW

« En régions, ils ignorent ou ne peuvent décider. Désormais, c’est à la direction de la startup que nous nous adressons  », tacle le syndicaliste déçu. Et pour s’adresser aux Britanniques, les différents collectifs espèrent rassembler dans leurs quatre villes françaises des coursiers, leurs soutiens et des restaurateurs pour aussi bien sensibiliser que se compter durant la première vraie manifestation nationale du mouvement.

Étalé sur deux jours, le mouvement ambitionne en outre déconnecter certains restaurateurs, de plus en plus critiques face à la startup : « Ils prennent peur en voyant comment Deliveroo agit avec nous, ajoute Baptiste. Si demain le prélèvement de Deliveroo passe de 30 à 40 % de manière unilatérale, les restaurateurs savent qu’ils auront besoin d’un rapport de force.  »

Un rapport de force bien difficile à trouver quand il s’agit de défendre des autonomes, mais la colère et l’urgence au ventre, les coursiers se sentent prêts.

En amont des manifestations, chaque coursier militant dépose un flyer A3 dans les halls d’immeuble qu’il visite. Le rendez-vous désormais fixé, « il faut que cela se sache  », et pour cela les jeunes collectifs multiplient les formats : la semaine dernière, à Lyon, c’était un clip pour les réseaux sociaux ou encore un contre communiqué de presse raillant le style Deliveroo. C’est dans la rue que les cyclistes veulent se mesurer au Goliath numérique.

Rendez-vous le 27 et 28 août.

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